Le tableau jumeau de La Belle Strasbourgeoise vendu aux enchères pour 1,57 million d'euros chez Christie’s à Paris

Avec son grand chapeau, elle est l'emblème des musées strasbourgeois. La Belle Strasbourgeoise trône au musée des Beaux-Arts. Ce 15 septembre, le tableau jumeau de l'oeuvre de Nicolas de Largillierre a été vendu aux enchères chez Christie's à Paris. Il a atteint 1 570 000 euros.
 

La vente de La Belle Strasbourgoise s'est déroulée le 15 septembre chez Christie's à Paris
La vente de La Belle Strasbourgoise s'est déroulée le 15 septembre chez Christie's à Paris © Christie’s Images

A Paris, Christie’s proposait aux enchères ce mardi 15 septembre 2020 une partie des trésors amassés par le commandant Paul-Louis Weiller. Parmi eux figurait le tableau jumeau de la Belle Strasbourgeoise, une huile sur toile emblématique de Nicolas de Largillierre. Mise en vente par les héritiers du collectionneur d’art Paul-Louis Weiller,  il a été acquis pour 1 570 000 euros par un collectionneur asiatique privé. Il s'agit d'un record pour une oeuvre de ce peintre. 

Belle, mais qui était-elle ?

Vraie Strasbourgeoise ? Parisienne en costume ? Sœur, épouse ou fille du peintre ? L’identité du modèle reste encore aujourd’hui un mystère. Et c’est cela qui beau.

Redevenue française en 1681, l’Alsace et son folklore était très à la mode sous Louis XIV. C’est le cas notamment du costume de cette patricienne daté entre 1688 et 1730. Il est composé d’une jupe rouge, recouverte d’un grand tablier noir. Les larges manches sont serrées au coude par des rubans plissés et terminées par des manchettes de dentelles. Le châle, blanc bordé de dentelle, enserre un buste lacé. Le chapeau, extravagant, est garni de dentelle noire. C’est cette extravagance qui aurait incité l’artiste, Nicolas de Largillière, à en faire le nœud du tableau.

Le peintre n’a aucun lien direct avec l’Alsace. Aucune trace de son passage dans la région n’a été trouvée. Il aurait peint les deux tableaux conjointement dans son atelier parisien.

A y regarder de près, il y a peu de différence entre les deux œuvres. Sur le tableau jumeau vendu ce mardi chez Christie’s, on remarque une balustrade et en arrière-plan des citronniers et une végétation un peu plus développée.

Tableau emblématique des musées strasbourgeois

Le tableau de 1703 qui trône au musée des Beaux-Arts de Strasbourg a été acquis en 1963. Il en est même l'emblème. Cette acquisition avait fait grand bruit à l’époque. Acheté un million et demi de francs, c’était le tableau le plus cher en vente publique. Les musées de Strasbourg avaient pu l’acheter grâce notamment au soutien de la famille Rothschild et à une souscription publique.

 

A gauche, La Belle Strasbourgeoise vendue aux enchère, à droite l'oeuvre conservée au Musée des Beaux-Arts à Strasbourg.
A gauche, La Belle Strasbourgeoise vendue aux enchère, à droite l'oeuvre conservée au Musée des Beaux-Arts à Strasbourg. © Christie's Paris/musée des Beaux-Arts à Strasbourg

Le tableau jumeau, propriété de Paul-Louis Weiller, alias Paul-Louis XIV

Paul-Louis Weiller aimait les femmes, les œuvres d’art et faire du ski nautique pieds nus à 80 ans ! L’actrice Greta Garbo le surnommait Paul-Louis XIV tant sa collection était royale. Un amateur d’art comme il en existe peu. Amoureux du beau, bouillonnant, éclectique et philanthrope, ce capitaine d’industrie et protecteurs des arts a traversé le XXe siècle suivant une devise : "S’entourer de tout ce qui console sans aucune restriction".

Héritier d’une grande famille d’origine alsacienne, il a eu plusieurs vies : héros de l’aviation pendant la Grande Guerre, patron d’industrie (on lui doit la SNECMA et Air France), il est arrêté par le gouvernement de Vichy et s’enfuit en Amérique du Nord d’où il contribue à l’action de la France libre. Après la guerre, de retour en Europe, il consacre une grande partie de son énergie et de ses finances au mécénat artistique. Il soutient ainsi la rénovation du château de Versailles, crée une compagnie de ballets et entre à l’Académie des Beaux-Arts en 1965.

Ses amis sont têtes couronnées, hommes politiques, comédiens, actrices ou écrivains. Sa vie, intense, mondaine et bouillonnante s’achève le 6 décembre 1993. Mort à l’âge de 100 ans, il laisse derrière lui mobilier, tableaux anciens et modernes, orfèvrerie, livres anciens, objets d’arts chinois, bijoux et bien sûr de nombreuses propriétés. C’est d’ailleurs de l’une de ses maisons de Versailles que provient le tableau jumeau visible au palais Rohan.
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