Cet article date de plus de 5 ans

Tsipras se dit "confiant" et appelle l'Europe à ne pas se "diviser"

La Grèce a promis mercredi de présenter un nouveau programme de réformes "crédibles", répondant à l'ultimatum lancé par des dirigeants européens, excédés, qui espèrent conclure avant dimanche un accord de la dernière chance pour maintenir le pays dans la zone euro.
A la tribune du Parlement européen à Strasbourg, le Premier ministre grec Alexis Tsipras s'est engagé à soumettre à ses créanciers "de nouvelles propositions concrètes de réformes crédibles" jeudi, comme le lui réclame la zone euro en contrepartie d'un troisième plan d'aide. "Ne laissons pas l'Europe se diviser", a lancé Alexis Tsipras. Son pays a adressé formellement mercredi à la zone euro, son principal créancier, une nouvelle demande d'aide, accueillie comme un geste "positif" par la France et l'Espagne, deux des pays les plus souples à l'égard de la Grèce, minoritaires face aux tenants d'une ligne dure, Allemagne en tête.

En pleine épreuve de force entre la Grèce et ses créanciers, exaspérés après des mois de négociations houleuses, le ton se fait de plus en plus alarmiste, les partenaires européens de la Grèce évoquant désormais sans tabou le "scénario noir" du Grexit, la sortie du pays de la zone euro. "Sans unité, nous allons nous réveiller dans quatre jours dans une Europe différente", a lancé Donald Tusk, le président du Conseil européen, appelant la Grèce comme les créanciers à un accord d'ici dimanche. "C'est notre dernière chance", a-t-il affirmé devant le Parlement européen.

"Ne laissons pas l'Europe se diviser", a répondu le Premier ministre grec. Mais Alexis Tsipras, issu de la gauche radicale et porté au pouvoir en janvier sur la promesse de ne pas imposer davantage d'austérité à la Grèce, a aussi défendu son "droit à choisir" la manière de redresser le pays. Il a affirmé qu'un accord devait être "socialement juste et économiquement viable". Après la rupture brutale de précédentes négociations fin juin, à l'annonce par Alexis Tsipras d'un référendum sur les propositions des créanciers, la zone euro va à présent étudier la nouvelle demande d'aide sur trois ans qu'elle a reçue d'Athènes. Mais cette requête, alors que le pays, dont les caisses sont vides ou presque, a déjà bénéficié de deux plans d'aide pour un total de 240 milliards d'euros, devra être assortie d'un solide paquet de réformes, ont prévenu les Européens. 

Jeudi minuit

Le "programme complet" promis par Alexis Tsipras devra être envoyé à ses partenaires avant jeudi minuit, puis examiné par les créanciers et soumis samedi aux ministres des Finances de la zone euro. Pour l'heure, la Grèce s'est engagée à des réformes des impôts et des retraites "dès la semaine prochaine", a indiqué mercredi le nouveau ministre des Finances, Euclide Tsakalotos. Si ce programme donne satisfaction, les dirigeants européens pourront officiellement donner le coup d'envoi des négociations sur ce nouveau programme d'aide dimanche, lors d'un sommet exceptionnel à Bruxelles élargi aux 28 pays de l'Union européenne, les conséquences politiques de la crise grecque s'étendant bien au-delà de la seule zone euro.

Dans le cas contraire, cette réunion pourrait se transformer en sommet de crise, amorçant une sortie de la Grèce de la monnaie unique. Des solutions urgentes et à court terme sont aussi nécessaires pour qu'Athènes puisse rembourser le 20 juillet la Banque centrale européenne, qui maintient en vie son économie par un goutte-à-goutte financier aux banques, toujours fermées. Faute d'accord, la BCE pourrait lâcher les banques grecques, conduisant inévitablement à un effondrement du système bancaire et à une banqueroute du pays, le propulsant hors de l'euro.

Mercredi, le conseil des gouverneurs de la BCE a décidé de maintenir inchangés les ELA, l'aide d'urgence aux banques grecques, selon une source proche des discussions. Mais une source bancaire européenne ne cachait pas que "l'exaspération et l'impatience montent (au sein de la BCE) face à l'attitude du gouvernement grec". Les dirigeants européens sont eux aussi gagnés par l'exaspération, après la victoire massive du non, à plus de 60%, lors du référendum du 5 juillet. 

"On a perdu beaucoup de temps et on arrive à une situation où, si on n'a pas de proposition concrète, on risque d'aller droit dans le mur", a commenté mercredi le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel. Pour le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew, un accord n'est possible que si des "décisions difficiles" sont prises par Athènes sur les réformes et par les Européens sur un allègement de l'énorme dette grecque, qui atteint 320 milliards d'euros, soit 180% du PIB du pays. Athènes, soutenu indirectement par le FMI, réclame un allègement de sa dette dont les Européens, Allemagne en tête, ne veulent pour l'instant pas entendre parler.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
institutions européennes politique