VIDEO. Chef d'entreprise, il a construit un village pour ses ouvriers à proximité de leur usine

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Sujet Rund Um en alsacien sous-titré. ©France Télévisions

Il y a tout juste 75 ans s'installaient les premiers habitants de Kientzville (Bas-Rhin). Une cité ouvrière, imaginée par un chef d'entreprise pour ses employés et vite devenue une véritable station touristique connue dans toute l'Europe.

C'est un petit coin d'Alsace qui a attiré des touristes de toute la France et même d'Europe. Un village, sorti tout droit du rêve d'un utopiste, Robert Kientz, un industriel du textile installé à Scherwiller (Bas-Rhin). Son ambition : créer une cité pour ses ouvriers, à proximité de leur usine. Il lui a donné son nom : Kientzville.

"Monsieur Kientz ne voulait pas que ses ouvriers soient obligés de faire de la route pour aller travailler", explique Pierre Kreuter, encore plein de reconnaissance et d'émotion. À l'époque, son papa était veilleur de nuit au sein de l'entreprise. "Il a participé à la construction des chalets avec des prisonniers de guerre allemands qui avaient été réquisitionnés", poursuit Pierre, qui se présente volontiers comme la mémoire de Kientzville, dont il est le plus ancien habitant en termes de longévité. Il avait cinq ans quand sa famille y a déménagé. 

45 chalets ont été édifiés sur un terrain vague de 54 hectares, acheté 200.000 francs à la commune de Scherwiller en 1947.

Chacun disposait du double de surface en jardin. "Robert Kientz souhaitait que chaque famille puisse entretenir un potager pour que ses ouvriers aient de bonnes conditions de vie. Il voulait le meilleur pour chacun, on n’aurait pas pu rêver mieux", assure Pierre Kreuter.

De cité ouvrière à station touristique

L'industriel a financé tous les travaux, y compris l'aménagement des routes, l'adduction d'eau, l'électricité. "Rares étaient les gens qui bénéficiaient de tout cela à l'époque, notamment de l'eau. Même à Scherwiller, peu de foyers avaient l'eau courante", affirme Mathieu Danner, historien, passionné par "l'incroyable histoire de Kientzville" à laquelle il a consacré un livre (Kientzville, le plus jeune village de France).

Robert Kientz a vu encore bien plus grand que le seul bien-être de ses ouvriers. Il a fait de sa cité une station touristique plébiscitée, aménagée par le célèbre architecte Gustave Stosskopf. Avec un restaurant, un hôtel, une épicerie, un aérodrome, une piste de danse, un terrain de sport et même un lac artificiel. 

"Des musiciens venaient de partout. Chaque dimanche, il y avait une buvette à côté de la piste de danse. On venait voir les gens danser, nos parents notamment. Nous, enfants, étions autour de la piste, derrière une palissade en bois. Parfois, on avait droit à une limonade", s'émerveille encore Pierre Kreuter, qui se souvient aussi de l'école déjà équipée d’un projecteur de cinéma, d’un piano et d’un tourne-disque. 

Tout cela pour à peine 100 habitants... mais de nombreux visiteurs. Le village faisait parler de lui dans la presse nationale et même européenne. Une ligne de bus avait été mise en place depuis la gare de Sélestat.

"On parlait de « Kientzville, son lac, sa plage ». Cela attirait des Belges, des Luxembourgeois..., raconte Alphonse Glock. Nous, on venait de Scherwiller. On se baignait et quand on était sages, on avait parfois le droit de faire du pédalo. Pour nous, gamins, c’était une totale découverte. Je vois encore le pédalo… Le lac n’était pas très profond mais pour un pédalo, cela suffisait."

Une effervescence éphémère

Une grande effervescence, qui n'a duré que dix ans. La crise du textile au milieu des années 1950 a coupé Robert Kientz dans son élan. Impossible pour lui de subvenir aux besoins de sa cité. Il a d'abord vendu les chalets à ses ouvriers, puis en 1957, cédé Kientzville à Scherwiller.

"Cela n'a pas toujours été simple entre les deux, car c'étaient deux mondes différents, expose Mathieu Danner. À Scherwiller, les habitants étaient essentiellement des viticulteurs alors qu'à Kientzville, c'étaient des ouvriers. On le remarquait lors des élections : Scherwiller votait plutôt à droite, et Kientzville plutôt à gauche. Ce n'est plus tellement vrai aujourd'hui, mais cela a longtemps été le cas." 

Aujourd'hui, le hameau ne compte plus aucun commerce. Et c’est le calme qui attire des habitants. "Il y a beaucoup d’arbres, de belles maisons. Quand on arrive ici, on a l’impression d’être en vacances", sourit Jacky Dickely, l'une des 700 âmes de Kientzville. Il s'y est installé il y a 18 ans, séduit par les grands terrains et les chalets, pour la plupart rénovés mais toujours debout.

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