Biodiversité : le programme de réintroduction du grand hamster d'Alsace se poursuit avec un lâcher organisé à Entzheim

61 grands hamsters d'Alsace, une espèce menacée de disparition et officiellement protégée depuis 1993, ont été relâchés en pleine nature. C'est la quatrième opération de ce type organisée ce printemps, dans le cadre d'un programme de réintroduction entamé en 2003.
Le grand hamster, né en élevage, mais prêt à retrouver la nature : 61 d'entre eux ont été relâchés aujourd'hui dans un champ, à Entzheim.
Le grand hamster, né en élevage, mais prêt à retrouver la nature : 61 d'entre eux ont été relâchés aujourd'hui dans un champ, à Entzheim. © Jean-Marc Loos/MaxPPP et Naturoparc Hunawihr

Les hamsters d'Europe relâchés ce jeudi 11 juin, couramment appelés grands hamsters d'Alsace, sont nés et ont grandi dans un élevage. Ils ont été libérés sur la commune d'Entzheim (Bas-Rhin), dans un champ déterminé, où l'agriculteur a accepté de planter du blé qu'il ne récoltera pas cette année : cette espèce de céréales est bien recouvrante et offre donc un abri aux rongeurs, de façon à ce qu'ils soient plus difficilement repérables par leurs prédateurs.

Les agriculteurs acceptent de laisser pousser, sans récolter, des cultures recouvrantes, pour offrir un abri aux grands hamsters. Ici, un champ de blé, à Entzheim.
Les agriculteurs acceptent de laisser pousser, sans récolter, des cultures recouvrantes, pour offrir un abri aux grands hamsters. Ici, un champ de blé, à Entzheim. © Naturoparc

C'est chaque année à cette époque, juste avant leur période de reproduction, que ces petits animaux protégés, en voie de disparition depuis les années 80, en raison de l'urbanisation galopante et la multiplication des monocultures de maïs, sont relâchés. "Ils peuvent ensuite très bien se reproduire avec des hamsters sauvages, ou d'autres relâchés précédemment, dans la même zone, explique Marie Froliger, du Naturoparc d'Hunawihr, qui travaille pour la biodiversité en Alsace et la sensibilisation du public aux questions du patrimoine environnemental de la région. Et c'est bien le but."

Cinq opérations de relâcher de grands hamsters sont programmées en 2020. Elles réunissent, sous l'égide de la Dreal, différents partenaires : les défenseurs de la biodiversité, comme le Naturoparc d'Hunawihr, l'office français pour la biodiversité et l'association Sauvegarde Faune Sauvage, travaillent avec la chambre d'agriculture.
Cinq opérations de relâcher de grands hamsters sont programmées en 2020. Elles réunissent, sous l'égide de la Dreal, différents partenaires : les défenseurs de la biodiversité, comme le Naturoparc d'Hunawihr, l'office français pour la biodiversité et l'association Sauvegarde Faune Sauvage, travaillent avec la chambre d'agriculture. © Naturoparc

800 grands hamsters relâchés en 2020

Cinq opérations de ce type sont prévues cette année, pour un lâcher de quelque 800 grands hamsters, dans trois zones prioritaires de réintroduction, au nord ouest de Strasbourg, près d'Offenheim et Stutzheim, entre les communes de Geispolsheim et Obernai, et dans le Haut-Rhin, autour de Jebsheim, Grussenheim et Helsenheim. Au total, un peu plus de deux hectares de terres consacrés à la protection de l'espèce. 

Carte des zones prioritaires de protection du grand hamster d'Alsace : attention, les zones sont données à titre indicatif, elles ne sont pas précisément tracées.

 

"Sur ces zones, le comptage officiel fait état de 740 terriers, détaille Anthony Chuet, qui pilotait le lâcher de ce 11 juin pour Naturoparc. Ce qui nous donne une idée au moins approximative du nombre de hamsters présents dans la nature en Alsace : chaque hamster fait son terrier, certains peuvent en creuser deux, et sans doute ne pouvons nous pas compter exactement tous les terriers, mais en gros, il doit y avoir environ 700 hamsters dans la région." En 1979, il y en avait plus de 4.000.

 

Grand hamster, mais aussi perdix, faisans, alouettes...

Et pour que la sauvegarde de l'espèce soit assurée, il en faudrait 1.500 au moins, sur chacune des zones, et avec possibilité pour eux de circuler en sécurité de l'une à l'autre. Autant dire que le programme de réintroduction, entamé en 2003 sous l'égide de la Dreal (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement), n'a pas encore atteint son objectif. Mais il y a de plus en plus de terriers chaque année, et c'est cette évolution positive qui est importante.

"Sauver le grand hamster n'est pas une fin en soi, ça n'aurait pas de sens, précise Anthony Chuet. Mais ce rongeur est le plus fragile, alors si on arrive à mettre en place les conditions de sa survie à lui, ce sera le cas aussi pour tout un tas d'autres espèces qui sont en difficulté, comme le lièvre, le lapin, les perdrix, faisains, alouettes...C'est tout un milieu à reconstruire".

 

La monoculture de maïs en cause

En cause, la monoculture de maïs donc. Et c'est donc toute une politique agricole qu'il faut pouvoir changer, insistent ces spécialistes de la biodiversité. La chambre d'agriculture est donc elle aussi partenaire de ce programme, longtemps mené par l'office français pour la biodiversité et qui est désormais directement piloté par Naturoparc. "Notre objectif est de monter à 1.000 hamsters relâchés chaque année, expose Jean-Paul Burget, grand défenseur de la biodiversité, avec son association Sauvegarde Faune Sauvage, l'un des trois organismes à s'occuper de l'élevage des grands hamsters, avec le CNRS et Naturoparc. Mais pour cela, nous avons besoin du concours des agriculteurs, qu'ils nous laissent des parcelles. Dans le Bas-Rhin, des efforts sont faits, mais dans le Haut-Rhin, la monoculture de maïs fait vraiment des dégâts."

Pour le moment, quelque 200 agriculteurs jouent le jeu dans la région. Un dernier lâcher de hamsters sera organisé pour cette campagne 2020 dans les tout prochains jours, en espérant donc qu'un maximum d'entre eux parviennent à survivre et se reproduire. Le grand hamster est l'unique spécimen de hamster à vivre encore à l'état sauvage en Europe.

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