Cinq tonnes et des dizaines de milliers de litres de capacité : un foudre géant de retour en Champagne

Après plus de sept mois de rénovation, le foudre de Chigny-les-Roses (Marne), un tonneau géant du 19e siècle, est revenu sur la commune. De l'héritage surprise à sa future exposition, retour sur une épopée patrimoniale exceptionnelle.

"Personne ne s'attendait, lorsque les deux demoiselles sont décédées, à découvrir un tel trésor derrière les murs de cette maison de champagne". Le trésor dont parle cette habitante de Chigny-les-Roses, c'est un foudre, un tonneau gigantesque, impressionnant. Et si le petit village de Chigny-les-Roses dans la Marne est en effervescence, en ce mardi un peu triste de mai, c'est parce que le foudre est de retour au village après sept mois de rénovation. La riveraine poursuit : "Le foudre, c'est quand même le patrimoine du village. Moi, je suis native d'ici, je suis contente qu'il puisse être entreposé aux yeux de tous !"

Et c'est vrai qu'il sera difficile de le louper, ce foudre de trois mètres de haut, un joli tonneau de cinq tonnes à vide, qui a pu contenir jusqu'à 208 hectolitres de champagne. "Il faut dire qu'à l'époque, la maison qui en était propriétaire exportait partout dans le monde. Elle faisait la renommée du village !" commente Benoît Tixier, 3e adjoint au maire de Chigny-les-Roses, en charge de l'embellissement, et qui s'est pris de passion pour ce contenant géant.

Un foudre au service d'une renommée internationale 

Remontons donc deux siècles en arrière. A l'époque, à Chigny-les-Roses, la maison Legros-Pagnon fait la pluie et le beau temps sur les vignobles alentours. Tous ceux qui travaillent le raisin lui livrent de quoi fabriquer du champagne en quantité pour des livraisons à l'international. Sur l'étiquette, le nom du petit village marnais est bien présent. Il n'est donc pas étonnant que la maison ait été en possession de ce foudre, qui "devait servir à l'assemblage ou tirage" du precieux nectar, selon Benoît Tixier. 

Mais trois guerres successives sonnent le coup d'arrêt de cette histoire champenosie florissante. Petit à petit, la maison Legros-Pagnon périclite, puis tombe peut à peu dans l'oubli. En 2020, suite au décès d'une des dernières descendantes, les héritiers proposent à la mairie ce foudre caché dans un cellier parmi d'autres tonneaux en assez mauvais état. 

En plus de ce don, nous avons pu aussi récupérer quelques registres de vente de la maison de champagne, qui nous permettent d’affirmer aujourd'hui que cette maison avait un rayonnement planétaire.

Benoît Tixier, 3e adjoint de Chigny-les-Roses

Un foudre, surtout de 1850, c'est rare en Champagne, alors l'affaire est conclue. Il faudra néanmoins trouver de l'argent pour redonner au tonneau géant sa superbe d'antan. Car même s'il semble simple de facture, son bouchon en laiton, ses pièces de ferronnerie délicates en forme de grappes de raisin lui confère un charme qui pousse à l'attachement et à l'envie de bien faire.

"Pour que chaque touriste qui passe sur la route du champagne puisse le voir"

C'est donc un artisan foudrier normand qui lui redonnera son éclat simple et discret. "Il a été démonté entièrement puis envoyé en atelier de manière à être reconstitué, puis nettoyé au fur et à mesure", explique encore l'élu. Durant sept mois, l'objet sera donc bichonné, rénové, remonté sans pour autant effacer les traces des siècles écoulés. 50 000 euros auront été nécéssaires pour arriver à ce résultat, une somme conséquente pour cette commune de 535 habitants. Alors les élus se mobilisent, font appel à la Fondation du patrimoine, au Club des mécènes de la Marne, aux maisons de champagne pour du mécénat. Une cagnotte est lancée sur internet. Aujourd'hui, elle a permis de récolter 23 600 euros, de la part de 42 donateurs. Il manque donc encore un peu d'argent pour boucler le budget. "L’idée, c’est de pouvoir remercier toutes les personnes qui nous auront aidés, avec un panneau, gravant à jamais leurs noms dans l’histoire de la commune", affirme Benoît Tixier.

D'autant que si le foudre de Chigny-les-Roses est temporairement installé sur le parking de la salle des fêtes, en contrebas de l'église, ses protecteurs ont d'autres projets en tête pour le mettre en valeur. "Nous le placerons juste à côté de l'espace Jean Guy, dans le prolongement, au bord de la route touristique du champagne qui traverse le village. Il faut que les touristes puissent le voir en clin d'oeil", précise encore l'adjoint. Et Patrice Derue, 1er adjoint au maire, de renchérir : "Nous lui construirons un abri, une belle mise en lumière. Il faudra juste espérer que chacun respectera le foudre, et qu'il ne sera victime d'aucune dégradation". 

En attendant que les travaux ne soient réalisés à l'endroit prévu, le foudre restera donc encore un peu sur le parking, devant les terrains de basket et de tennis, pudiquement caché par une bâche verte. Dans quelques mois, il pourra enfin raconter son histoire séculaire aux yeux des champenois et des touristes qui passeront par là. 

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