Avec le championnat Draft 2021 dans le Grand Est, le foot virtuel continue de gagner en légitimité

La phase régionale de la Draft 2021, compétition de eFoot organisée par la Fédération Française de Football, commence lundi 16 novembre. Si le foot virutel n'est parfois pas considéré comme un sport à part entière, les ligues régionales dont celle du Grand Est veulent l'intégrer à leur club. 

Un joueur jouant au jeu vidéo FIFA lors d'une compétition en Suisse, en novembre 2018.
Un joueur jouant au jeu vidéo FIFA lors d'une compétition en Suisse, en novembre 2018. © ADRIEN PERRITAZ/EPA/Newscom/MaxPPP
Enfilez votre maillot, chaussez vos crampons et installez vous confortablement devant votre ordinateur. Le coup d'envoi (virtuel) de la finale régionale de la Draft eFoot est donné ce lundi 16 novembre. Jusqu'au samedi 21, les seize meilleurs joueurs du Grand Est s'affrontent sur le jeu de simulation de football FIFA 21 sur Playstation 4. Confinement oblige, le tournoi se fera complètement en ligne mais sera retransmis en direct sur les pages Facebook de la Ligue Grand Est de Football Champagne/Ardenne.

Comme une vraie coupe de France de football (le championnat est d'ailleurs sous l'égide de la Fédération Française de Football, FFF), les joueurs ont été sélectionnés après des tournois départementaux. Après la phase régionale, le gagnant participera à la finale nationale le 12 novembre. Celui qui remportera la Draft pourra alors participer au camp de sélection de l'équipe de France eFoot pour pouvoir représenter le pays à l'étranger.
 

🎮 Draft efoot - phase régionale, c'est parti ! La phase régionale Grand Est de la Draft efoot édition 2020/2021 débute...

Publiée par Ligue Grand Est de Football Champagne/Ardenne sur Vendredi 13 novembre 2020


"Une autre manière de jouer au foot"

Quant aux mauvaises langues qui diraient que l'eFoot n'est pas un vrai sport, Samir Sebaï leur rétorque : "C'est vrai qu'on en rit souvent parce que les joueurs ne bougent pas de leur chaise. Pourtant FIFA est un jeu très mental qui demande de la lucidité et du sang-froid, comme dans un sport classique. La fatigue n'est pas physique, mais mentale." Le joueur, sélectionné pour la Draft après avoir remporté le tournoi d'Alsace, ajoute : "Il y a beaucoup de tactique, il faut savoir adapter son jeu face à son adversaire en fonction du score et de la physiologie du match." 

"L'image de l'eSport a changé : on est moins dans quelque chose d'ésotérique, qui serait pratiqué que par des adolescents boutonneux sur leur canapé",
indique Stéphane Heili, directeur de la communication de la Ligue Grand Est de Football (LGEF), "c'est vraiment devenu une autre manière de jouer au foot"

"Ce sont les bases que j'ai acquises dans le foot qui me servent dans l'eSport : tout ce que j'apprends sur le terrain, je l'applique en ligne", assure d'ailleurs Clément Sauvage, licencié du club Douzy Qui Vive, de la ville de Douzy dans les Ardennes. Il est l'un des seize joueurs sélectionnés pour la phase régionale de la Draft et fait de la compétition depuis trois ans. Il s'entraîne sur FIFA une heure par jour avec ses collègues de son niveau pour s'améliorer. 
 

Un sport virtuel qui gagne en notoriété

Car le niveau est haut dans la compétition. "Il y a de très très bons joueurs, concède Maxime Avelange. Je vais essayer de remporter la finale, mais ça va être compliqué". S'il joue au eFoot "plus pour le plaisir", le licencié du club de Fismes (Marne) fait de la compétition depuis quatre ans. L'année dernière, lors de la première édition de la Draft, il a réussi à participer à la finale nationale mais a perdu face au vainqueur du championnat, Ilias El Rhazzaz de la ligue Auvergne Rhône-Alpes.

Alors que son pendant physique souffrait de la crise du Covid-19, le foot virtuel a connu "un véritable boost" affirme Stéphane Heili. "Avec le confinement, puisqu'on ne peut pas pratiquer de sport, les jeunes vont encore plus jouer ou regarder des jeux vidéo de sport", note Maxime Avelange qui remarque une augmentation de l'audience sur les plateformes de streaming. Clément Sauvage confirme cette tendance : "l'eSport est en train de prendre un tournant, avec une croissance de dingue. Il y a de plus en plus de compétition, d'argent en jeu et d'équipes". Un essor et un enthousiasme qui ont contribué à légitimer la présence de l'eSport au sein des ligues, malgré quelques réticences initiales. "Le confinement a définitivement fait pencher la balance du bon côté", ajoute Stéphane Heili. 

Une étude de marché réalisée en 2018 par le consultant NewZoo – qui ne prend donc pas en compte les effets de la crise du Covid-19  – prévoyait déjà que l'audience totale des Esports pourrait atteindre 557 millions de personnes dans le monde en 2021.
 

Développer l'eFoot au sein des fédérations

Déjà, il y a deux ans, le président de l'UEFA Aleksander Ceferin insistait sur l'importance de l'eSport dans l'écosystème footballistique : "Le monde dans lequel vivent nos jeunes est aussi bien virtuel que global. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser passer le train". Paroles qui n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd puisqu'un mois plus tard, en avril, la fédération française créait son équipe de France de eFoot. 

La Draft eSport s'inscrit donc dans cette démarche de promotion du foot virtuel tout en le professionnalisant. "Depuis deux ans et demi, la FFF nous incite à lancer des compétitions au niveau départemental pour nos licenciés. On sent qu'il y a quelque chose à faire, qui pourrait demain constituer une corde de plus aux arcs de nos clubs", explique Stéphane Heili.

Alors que l'eSport prend de l'ampleur et intéresse de plus en plus de sponsors, l'enjeu financier que pourrait rapporter l'eFoot à la FFF n'est pas à négliger. D'autant plus que "le côté institutionnel du football, encadré par la fédération nationale, pourrait rassurer les investisseurs" avance Stéphane Heili, qui concède néanmoins que les revenus ne sont pas encore très importants pour la ligue. Du côté des licenciés, Clément Sauvage qui représente une structure d'eSport reçoit chaque mois 200€, avec des primes possibles suivant ses résultats lors des compétitions. "Pas assez pour en vivre", glisse-t-il.  

L'eFoot permet surtout d'animer le réseau des licenciés de la FFF selon Stéphane Heili. "On veut créer un lieu de vie dans nos clubs, indique-t-il. Et pour nous, même s'il ne doit pas remplacer la vraie pratique du football, l'eSport rentre dans cet aspect social et peut le consolider"
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