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Charlotte Abécassis est-elle la future J.K. Rowling alsacienne? Sa saga fantasy autoéditée connaît un succès grandissant

Pour faire la promotion de ses livres, Charlotte Abécassis se rend dans des salons et conventions. / © S. Abécassis
Pour faire la promotion de ses livres, Charlotte Abécassis se rend dans des salons et conventions. / © S. Abécassis

Charlotte Abécassis, graphiste de profession, sort le troisième tome des "Prélats de Faneas", une saga fantasy qui connaît un succès grandissant. Ses livres sont auoédités grâce à des campagnes de financement participatif. Sa dernière lui a rapporté plus de 20.000 euros. 

Par ML

Astéria et Cléora ont été forcées à l'exil, loin du royaume magique dont elles sont originaires. Leur quête pour rejoindre leur terre natale constitue le point de départ des Prélats de Faneas, une saga de fantasy écrite par Charlotte Abécassis, une graphiste alsacienne. Ecriture, mise en page, diffusion : depuis trois ans, elle s'est lancée dans l'élaboration de ces romans sans avoir recours à une maison d'édition, grâce à des campagnes de financement participatif. En 2017, 17% des livres déposés en France étaient autoédités, selon l'Observatoire du dépôt légal de la BNF.

Sa dernière campagne en date a récolté 20.076 € soit quatre fois le montant espéré (5000 €, atteints au bout de 19h seulement), et lui a permis de sortir le troisième tome du cycle, dont la soirée de lancement se tiendra ce vendredi 21 juin au DooZ Escape Game de Strasbourg. Ses livres sont maintenant distribués via des canaux traditionnels : la FNAC, Amazon et certaines librairies.


Vous avez entamé la rédaction des Prélats de Faneas il y a une dizaine d’années. Comment êtes-vous venue à l’écriture ?

Je lisais Harry Potter. […] Il fallait attendre un an pour avoir la suite et là je me suis mise à chercher sur Internet un peu tout et n'importe quoi. Je suis tombée sur des histoires écrites par des fans, des fanfictions. Ça m'a bien plu. J'ai trouvé des choses qui étaient moins bonnes aussi et c'est ça qui m'a donné envie, parce que je me suis dit : "Tiens, là il y a des trucs qui sont peut-être moins bons mais tout le monde est super positif."
 

Les gens s'entraidaient, disaient :"Ah, tiens, je trouve ça dommage, tu pourrais peut-être faire ça pour que ce soit mieux, corriger un peu plus tes fautes..." Je trouvais ça tellement positif que ça a désacralisé l'écriture et j'ai essayé. […] Pour moi, l'écriture c'était réservé à une élite. Je ne m'étais vraiment jamais posé la question. A la base, j'étais plus matheuse que littéraire, ça n'était pas mon truc. En tout cas, je croyais que ça n'était pas mon truc. 


Depuis 2017, chaque sortie d’un nouveau tome a été accompagnée d’une campagne de financement participatif. Pourquoi avoir fait le choix de l’autoédition ?

Quand j'ai terminé d'écrire cette histoire, je ne me voyais pas forcément passer par une maison d'édition. C'était tout nouveau, ça me faisait un peu peur. On me disait qu'il y avait beaucoup de non, qu'on me ferait peut-être retravailler mon histoire si jamais ça passait. Je n'ai pas vérifié ce qui était vrai, ce qui n'était pas vrai, mais en tout cas je me suis dit que je pouvais dessiner mes couvertures si je le faisais toute seule. J'avais plus de liberté. Et il y avait plus de risque, aussi, si jamais ça ne marchais pas...
 

C'est pour ça qu'on a lancé le Ulule [du nom de la plateforme de financement participatif, NDLR]. Je me suis dit : "On va tester, on va regarder si, en pré-commande, il part un petit peu. » L'objectif c'était d'en faire précommander 50 et d'en faire fabriquer, au final, 250, pour partager avec la famille et les amis sur ce que je faisais de mon temps. […] Finalement on a vendu 250 livres en prévente, 1000 fabriqué. Et c'était parti.

 
Comment passe-t-on d’un récit sur Internet à une série de quatre tomes ?

J'ai fait assez peu de choix dans le sens où les choses ont coulé de source. L'histoire, elle était de plus en plus intéressante et les gens l'aimaient de plus en plus sur le net. Ceux qui me suivaient le plus me disaient "J'adorerais l'avoir en livre, j'adorerais avoir cet objet-là". Je racontais à mon mari, en rigolant : "Tu ne sais pas ce qu'on m'a dit ? C'est super sympa." Et lui me dit : "Bah pourquoi pas ?" Je voyais mille raisons, pourquoi pas. Mais des raisons qui sont finalement plus dues à la peur et au fait qu'on ne s'est jamais projeté là-dedans.

C'est vraiment ma communauté qui a fabriqué Les Prélats de Faneas et qui le porte. J'ai beau avoir beaucoup de rêves et beaucoup d'imagination, je n'avais pas la confiance pour le faire. 


C'est pareil pour le fait d'être corrigé : quand j'en était encore au début, sur ce site de fanfictions, une fille m'a contactée. Elle m'a dit : "J'adore ce que tu fais et je trouve ça dommage, il y a des moments où je sens que tu es peut-être un petit peu moins motivée. On pourrait travailler ensemble si tu veux. Moi je suis prof de français." Elle m'a fait prendre conscience de certaines choses et relever le niveau.


Le texte a été beaucoup modifié avant de passer à l’impression ?

Entre le roman et la fanfiction, il y a une grosse question de niveau et de retravailler.... C'était dur. Elle prenait des chapitres, elle les corrigeait et je les retravaillais. C'était beaucoup, beaucoup de boulot. […] Sur [le tome 3], il y a quatre personnes qui relisent, dont une professionnelle qui passe à la toute fin et corrige les fautes. Les trois autres sont des proches et eux, leur rôle, c'est beaucoup plus de donner leur avis sur de potentielles longueurs ou des choses qu'ils n'auraient pas comprises.[...] Et il y a le graphisme, la mise en page, la communication, la pub, les visuels qui vont avec [assurés par l’auteure et son époux, NDLR].
 


Vos livres sont à présent distribués via des canaux traditionnels : la FNAC, Amazon, certains libraires… Est-ce que ça pourrait devenir un travail à part entière ?

Un auteur a sûrement besoin de capitaliser sur plusieurs livres pour pouvoir en vivre. Moi je pourrais en vivre mais je ne vivrais pas beaucoup! Après le but n'a jamais été, réellement... Je ne me suis jamais posé la question d'en vivre. Si un jour ça arrive, je serais contente mais je crois que, si j'avais complètement le choix, je ne choisirais pas d'arrêter mon métier de graphiste pour autant. Je l'aime vraiment. Je suis déjà en mesure de plus ou moins adapter mon temps. Ça demande beaucoup de travail et maintenant, avec la communauté qu'il y a derrière, je n'ai pas trop le choix. Ça reste à côté, même si c'est un à-côté qui prend beaucoup de temps. 
 


Vous prévoyez de sortir le quatrième et dernier volume dans un an… Et ensuite ?

Ensuite pause. Je ne doute pas que j'aurai de nouveau l'envie d'écrire mais il y aura vraiment une pause, j'en aurai besoin. 
 

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