Coronavirus : chute des prix du fioul : “du jamais-vu”, selon un distributeur marnais

Dans la Marne et les Ardennes, les commandes de particuliers sont au plus haut chez le distributeur CPE Bardout. Les livreurs sont très sollicités. / © Vincent Thollet/ France Télévisions
Dans la Marne et les Ardennes, les commandes de particuliers sont au plus haut chez le distributeur CPE Bardout. Les livreurs sont très sollicités. / © Vincent Thollet/ France Télévisions

Avec la baisse des cours du pétrole, le prix du fioul a baissé de 30% depuis janvier. C’est le bon moment pour remplir sa cuve et se chauffer à petits prix. Les agriculteurs, qui eux utilisent un dérivé du fioul, en profitent aussi pour faire le plein des tracteurs.
 

Par Vincent Thollet

Il se souviendra de cette facture. Ce mercredi 22 avril, Julien, 28 ans, a rempli la cuve de la maison dans laquelle il vient d’emménager à Juniville dans les Ardennes. "J’ai pris 800 litres de fioul, et cela m’a coûté à peu près autant qu’en janvier, quand j’avais fait une commande de 500 litres !" Et pour cause : le prix a chuté entre temps de 30 %…
Avec la pandémie de covid et le ralentissement de l’économie mondiale, les prix du pétrole se sont effondrés, et avec eux celui de leurs dérivés comme le fioul.
 

Une situation historique

Entamée en janvier avec le début de l’épidémie en Chine, la baisse s’est accélérée en France avec le confinement, "en un mois, la facture s’est allégée de 150 euros pour l’achat de 1000 litres. Comptez 800 euros aujourd’hui, contre 950 euros en mars", confie David Foissy, chef des ventes chez CPE Bardout, un distributeur installé dans la Marne et les Ardennes. C’est une situation historique qu’on avait clairement jamais vu. J’ai vécu la guerre du Golfe, mais je n’ai pas connu de telles chutes. Jusqu’à 80 euros de baisse dans une même journée !"

Forcément, les clients en profitent. D’autant que les commandes ont été peu nombreuses cet hiver du fait des températures clémentes. A Cormontreuil dans l'agglomération rémoise, sur l’un des sites de la société, un chauffeur-livreur fait le plein de sa citerne. "Vingt livraisons aujourd’hui. J’ai plus de clients et plus de route à faire", explique Pascal Tripet. "Le rythme est soutenu pour nos vingt-cinq chauffeurs, nous faisons parfois des extensions d’horaires", confirme le chef des ventes. Consolation pour ces travailleurs très sollicités, les clients confinés sont par définition chez eux, " je suis sûr d’avoir quelqu’un quand j’arrive. C’est agréable, ça évite d’avoir à appeler avant !"

 
David Foissy, chef des ventes chez CPE Bardout n'avait "jamais connu de telles chutes de prix" / © Vincent Thollet / France Télévisions
David Foissy, chef des ventes chez CPE Bardout n'avait "jamais connu de telles chutes de prix" / © Vincent Thollet / France Télévisions


Si les particuliers sont nombreux à passer commandes, les agriculteurs profitent aussi de l’aubaine. Cette fois pour acheter un dérivé du fioul, le GNR (gazole non routier) qui fait rouler leurs tracteurs.  Des tracteurs, Sébastien Mahaut, en compte pas moins de sept. Ce céréalier de 40 ans, basé dans le village ardennais de Pauvres, consomme "entre 80 et 100.000 litres par an" pour cultiver ses 150 hectares et louer ses services sur d’autres exploitations. Aujourd’hui, les 1.000 litres de carburant lui coûtent 480 euros. Encore moins que lors de la crise de 2008.  "J’étais à 780 euros en novembre lors de ma dernière commande. Si vous enlevez 250 à 300 euros de frais tous les 1000 litres, faites le compte!" Lui l’a fait, c’est entre 20.000 et 30.000 euros qu’il pourrait économiser sur l’année.

Alors, il s’est même équipé d’une nouvelle cuve qui sera installée la semaine prochaine. 20.000 litres.  "J’ai franchi le cap de l’acheter pour la remplir et en profiter. C’est 7.000 euros d’investissement. Donc elle est déjà payée."  Elle s’ajoutera à l’existante, plus petite. 

Son espoir : que les prix ne bougent pas avant le prochain remplissage prévu mi-juillet pour la moisson. "Si avec un peu de chance, les prix restent à ce niveau, ce sera un vrai gain d’argent." Déjà, la chute s'est faite au bon moment. En cette fin avril, la période des semis - très consommatrice en carburant - s’achève. 

 
La baisse des prix a poussé Sebastien Mahaut, agriculteur dans les Ardennes, à acheter une nouvelle cuve pour alimenter ses tracteurs / © Vincent Thollet / France Télévisions
La baisse des prix a poussé Sebastien Mahaut, agriculteur dans les Ardennes, à acheter une nouvelle cuve pour alimenter ses tracteurs / © Vincent Thollet / France Télévisions
 

Un avenir incertain

Une euphorie que David Foissy regarde d’un oeil plus circonspect. Certes, les ventes de fioul et de GNR sont au plus haut. Mais l’avenir est incertain. Déjà, les brusques chutes des cours sont difficiles à gérer pour le distributeur, qui doit les répercuter au jour le jour à ses clients. "L’effet peut être mortel pour nous car on achète à un prix et on vend à un autre." En clair, le prix de vente du carburant peut être inférieur au prix d’achat.

Et la conjoncture n’est pas forcément rassurante. Après le pic, les commandes vont forcément diminuer. "Il y aura un creux de la vague, surtout si nos amis des Travaux publics ne reprennent pas." Autre inquiétude : la fragilité financière de certains clients, pénalisés par le confinement. "On va faire face à des entreprises en difficulté. Il y aura donc un allongement des délais de paiement."

Quant au prix du fioul, il pourrait remonter dès le 1er mai. Avec le déconfinement annoncé en Europe, la consommation de pétrole va progressivement reprendre. Un récent accord entre l’Arabie saoudite et la Russie pour limiter la production va aussi entrer en vigueur,  "cela devrait stabiliser les prix". Une affaire qui se joue bien loin de Cormontreuil. Une affaire mondiale. Comme le covid. 
 

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