Coronavirus : malgré l'épidémie, impossible pour Pôle emploi Grand Est de réduire la cadence pour les 440 000 inscrits

Comme beaucoup d'entreprises, Pôle emploi n'a pas eu le choix, pour mener à bien ses missions, soutenir les demandeurs d'emploi, il faut apprendre à travailler avec les contraintes liées au virus et au confinement. Philippe Siebert, directeur de Pôle Emploi Grand Est nous explique comment. 

Pôle emploi mise sur le télétravail et a dû aussi s'adapter au confinement.
Pôle emploi mise sur le télétravail et a dû aussi s'adapter au confinement. © Rémy PERRIN, MaxPPP

Alors que le confinement lié au Covid-19 atteint bientôt les 15 jours, les demandeurs d'emploi s'interrogent sur leurs droits et leurs devoirs. Comment continuer à signaler leur recherche et maintenir le contact ? Pôle emploi s'est adapté à la situation avec la mise en télétravail de ses salariés après la fermeture des agences. Un effort colossal, selon le directeur régional Grand Est, et une envie forte d'être à la hauteur des attentes. Philippe Siebert, directeur régional de Pôle Emploi Grand-Est, qui s'exprime rarement dans les médias, nous a accordé un entretien ce lundi 30 mars. 
 

En ces circonstances exceptionnelles, avez-vous dû prendre des mesures exceptionnelles, pour assurer la continuité du service ?

Oui, nous nous sommes rapidement réorganisés et la continuité du service est assurée depuis le début de la crise dans le Grand-Est. Etant donné que nos agences ne peuvent plus accueillir de public, du moins provisoirement, nous misons sur le télétravail car l’activité continue. Comme toutes les entreprises nous sommes touchés par le virus, le confinement et la garde des enfants suite à la fermeture des établissements scolaires, mais nos missions au service de la population sont indispensables. Grâce à la mobilisation des équipes et à leur solidarité, le numéro d’appel des demandeurs d’emploi, le 3949, et le numéro dédié aux entreprises, le 3995, répondent parfaitement à tous les appels. La présence sur site est réduite au strict nécessaire afin de garantir aux agents présents des conditions optimales de distanciation sociale et leur permettre de travailler en toute sérénité.  

Dans le Grand-Est, Pôle Emploi compte 4200 salariés. Habituellement, 33% du personnel peut être en télétravail, mais là nous avons massivement investi et renforcé le télétravail et la mise à disposition de matériel pour nos salariés. Résultat : près de 2000 agents sont actuellement en télétravail. Ainsi, malgré la crise, les demandeurs d’emploi sont inscrits, les dossiers d’indemnisation traités, les allocations versées en temps et en heure et les offres d’emploi prioritaires, si importantes pour faire fonctionner l’économie de notre région, sont mises à jour.
 


 
Pôle emploi offre aux demandeurs d'emploi différentes manières d'actualiser leur situation.
Pôle emploi offre aux demandeurs d'emploi différentes manières d'actualiser leur situation. © Pôle emploi
 

Nous sommes en pleine période d’actualisation pour les demandeurs d’emploi du Grand Est. Comment doivent-ils s’y prendre pendant le confinement pour actualiser leur situation ?  

Malgré le confinement, l’actualisation reste une étape essentielle pour maintenir les personnes sur la liste des demandeurs d’emploi, maintenir ainsi leurs droits et leur allocation.

444 000 demandeurs d’emploi sont concernés par cette actualisation et parmi eux 240 000 sont indemnisés. Depuis samedi 28 mars, l’actualisation est ouverte pour l’ensemble des demandeurs d’emploi, y compris ceux arrivant en fin de droits et dont les droits ont été prolongés de la durée de la période de confinement. Ils ont jusqu’au mercredi 15 avril minuit pour le faire. Cette actualisation peut se faire sur internet pole-emploi.fr et via l’appli mobile dans la rubrique mon espace, ou encore par téléphone au 3949 en étant comme d’habitude guidé par un robot. Aucune actualisation ne pourra se faire en agence !

Mais comme une partie des demandeurs d’emploi - 40 000 environ-, a pour habitude de s’actualiser en agence avec l’aide d’un salarié, pour ce public là, pour tous ceux qui ont besoin d’un accompagnement spécifique, nous allons renforcer à partir de ce lundi 30 mars l’accueil téléphonique au 3949. Les demandeurs d’emploi pourront ainsi discuter avec un conseiller et bénéficier de leur appui pour cette campagne.

Pour bien faire, ces demandeurs d’emploi ont été informés dès le 25 mars par SMS et par courrier des différents dispositifs d’actualisation qui leurs étaient offerts. De plus, nous allons rappeler dès aujourd’hui tous ceux qui ne sont pas encore manifestés. L’objectif est de n’oublier personne ! Au niveau national, dimanche 29 mars, deux jours après le début de la campagne, 2 643 000 demandeurs d’emploi, soit 40% des demandeurs d’emploi concernés, étaient actualisés.

 


Qu’allez-vous faire pour le chômage partiel? Quel va être votre rôle ?

Il s’agit en fait d’une activité partielle ! Un dispositif auquel les entreprises ont aujourd’hui  massivement recours. Effectivement, beaucoup de salariés nous questionnent à ce sujet car ils entendent « chômage partiel » et pensent donc Pôle emploi. En fait, c'est vers leur employeur qu’ils doivent se tourner. Car ce sont les chefs d’entreprise qui sont responsables de la mise en place de ce « chômage partiel ».

C’est un défi énorme pour vos équipes. Comment vivent-elles cette crise sans précédent ?

Je suis assez frappé par la réaction, la réactivité de nos agents, leur mobilisation et leur attachement au service public. C’est ancré en eux. C’est dans leur ADN. Ils manifestent chaque jour d’incroyables élans de solidarité. Pour simuler et préparer au mieux les entretiens des demandeurs d’emplois, nous avons du matériel, ce qui permet des mises en situation. Nos agents sont ainsi allés dans nos stocks chercher des lunettes de protection, des gants ou encore des masques qu’ils ont livré à l’ARS (Agence régionale de santé) ou aux hôpitaux.

A Strasbourg par exemple, une équipe de la direction territoriale a ainsi retrouvé 3000 masques qui dataient de la crise H1N1. Nous avons un parc automobile très important, nous allons nous rapprocher de l’ARS afin de mettre ces voitures à disposition des soignants qui en auraient besoin.
 

Cette crise risque d’avoir un impact important et réel sur l’économie. Comment imaginez-vous l’après ? Il y aura sûrement un afflux de demandeurs d’emploi, de nombreux emplois risquent d’être supprimés ? Et pour vous, un surcroît de travail ?

Effectivement, nous sommes déjà en train de travailler sur les scénarios d’après crise, car nous aurons deux défis à relever. Il faudra veiller à ne faire prendre aucun risque à nos agents à la sortie du confinement, et donc mettre en place les mesures sanitaires, et bien évidemment gérer la sortie économique de la crise. Pour cela, nous sommes déjà en train de mobiliser les organismes de formation afin qu’ils puissent dispenser, avant même la fin de la crise, une partie de la formation en télétravail, puis qu’ils puissent rapidement en sortie de confinement reprendre leurs formations dans les meilleures conditions.  Coté entreprises, nous continuerons bien évidement à veiller tout particulièrement à toutes les demandes d’emplois prioritaires dans les secteurs prioritaires que sont la santé, l’agriculture et la grande distribution.




 
 

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