Coronavirus et plan de déconfinement : réactions mitigées des députés en Champagne-Ardenne

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Écrit par Nicole Fachet

Le Premier Ministre a présenté son plan de déconfinement pour le 11 mai, adopté par 368 voix. 100 députés ont voté contre. Seuls 75 députés étaient présents à l'Assemblée Nationale en raison du confinement, mais tous ont pu voter. Voici cinq réactions de députés champardennais.
 

Drôle d'ambiance. Ce sont des députés confinés qui ont voté pour le plan de déconfinement ! Le Premier Ministre a présenté son plan devant un nombre réduit de députés, représentants des différents groupes de l'Assemblée nationale. Cela étant, chaque député avait la possibilité de voter à distance, comme l'explique Jean-Luc Warsmann, député indépendant, du groupe constructif : "Nous avions quatre députés dans l'hémicycle, mais nous pouvions aussi voter individuellement jusqu'à 18 heures. Sur la forme, le Premier Ministre a eu raison de venir s'exprimer devant l'Assemblée nationale. Il faut tenter le déconfinement en fixant les meilleures conditions de sécurité." 


Les propositions du Premier Ministre laissent beaucoup de questions à régler, mais je ne connais pas de plan de déconfinement idéal. Nous aurions eu besoin de vingt-quatre heures pour étudier les propositions du gouvernement. Cela dit, ce n'est pas le moment de se diviser. J'ai voté pour.
- Jean-Luc Warsmann, député des Ardennes

 


La député LREM de Haute-Marne, Bérangère Abba a voté pour le plan de déconfinement, elle aussi. "Le fait d'avoir présenté le plan de déconfinement au Parlement est une marque de respect, explique-t-elle. D'autant qu'il a finalement reporté l'examen du système de tracking StopCovid qui donnera lieu à des discussions et à un vote. Je trouve ce plan très convaincant".
 

Des députés pas convaincus

Le député centriste de la Marne, Charles de Courson, du groupe libertés et territoires, s'insurge: "La façon dont le gouvernement gère le système parlementaire est insupportable. Tout est fait dans le plus grand secret, et c'est Jupiter qui décide de tout. Si le gouvernement voulait vraiment un consensus, il aurait accepté le débat parlementaire comme il l'a fait pour les deux lois de finances rectificatives. Comme mon groupe, je me suis abstenu."

 


Valérie Beauvais, députée LR de la Marne, n'est pas vraiment convaincue. La secrétaire départementale des Républicains dénonce une certaine précipitation : "Je comprends que les députés n'aient pas pu venir à l'Assemblée et soient toujours confinés, car il y a quand même eu 15 % de députés touchés par le virus . Cela dit, ce vote en si peu de temps est incompréhensible. J'ai suivi la majorité de mon groupe et me suis abstenue."

"J'ai voté contre, revendique quant à lui Pierre Cordier, député apparenté LR des Ardennes. Je suis favorable au déconfinement, mais pas tel qu'il a été présenté par le Premier ministre. On a bien senti qu'il était prisonnier de la date imposée par Emmanuel Macron. Le grand fautif, c'est le président de la République qui a donné cette date, on ne sait pas pourquoi!"
 

Le retour à l'école

C'était sur le terrain de la réouverture des écoles que les propositions étaient les plus attendues. Edouard Philippe a confirmé la priorité donnée aux maternelles et aux écoles primaires. Pour Bérangère Abba, rouvrir les écoles, c'est une urgence: "Il y a beaucoup de mômes en difficulté en Haute-Marne, qui sont victimes de violences intra-familiales. On sent la tension qui monte. Il y a la crainte du virus mais pas seulement. Des enfants ne mangent pas correctement. Leur seul repas équilibré était celui de la cantine. Sans compter la fracture numérique."

Sur ce point, l'Ardennais, Pierre Cordier ne cache pas sa colère. "Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement veut faire rentrer en priorité les plus petits, écoles maternelles et élémentaires, alors que c'est très difficile de faire comprendre les gestes barrière à des tout petits. On va faire prendre des risques à tout le personnel municipal et aux enseignants. Il fallait faire rentrer les universitaires, puis les lycées, des jeunes adultes capables de comprendre les règles de sécurité. Bien sûr, il faut relancer l'économie, permettre aux parents de travailler, mais qu'est-ce qui doit passer en premier, l'humain ou l'économie ?"

 


Charles de Courson est lui aussi très critique; "Expliquer qu'on va commencer par les maternelles et les primaires, c'est incompréhensible. Et les cantines?Je ne vois pas comment on peut respecter les gestes barrière. Comment fait-on dans les transports scolaires? Edouard Philippe n'a pas parlé du comité scientifique qui voulait que l'on reprenne l'école en septembre. Des tests et des masques, est-ce qu'on en aura assez? Tout cela est surréaliste."
 

Les aides aux entreprises

Le Premier Ministre a annoncé la reprise d'activité pour les entreprises et les commerces, exceptés les bars, hôtels et restaurants. Il n'a donc pas suivi la demande formulée par une centaine de députés de la majorité de rouvrir progressivement les restaurants après le 15 mai, afin de relancer la filière touristique.

Les Républicains avaient eux aussi défini cinquante propositions pour un déconfinement. Ils proposaient davantage d'aides pour les TPE et PME, annulation des charges sociales et fiscales, doublement des fonds de solidarité et report de la TVA. Pour Valérie Beauvais, le premier ministre n'est pas allé assez loin dans les aides aux entreprises: "Le monde économique sera confronté au problème des gens qui ne vont pas se précipiter dans les commerces, dans les entreprises. Il faut le libérer du carcan financier. Dans la Marne, nous avons beaucoup de retours de petites entreprises et d'artisans, qui ont des difficultés de trésorerie; et les banques sont réticentes à les aider. Certains me demandent d'intervenir pour les aider à obtenir des prêts."

Bérangère Abba rappelle qu'une mesure a été prise pour élargir les aides aux entreprises les plus jeunes, celles qui venaient de se lancer: "cette aide sera votée la semaine prochaine. 1500 euros seront donnés aux chefs d'entreprise qui venaient d'ouvrir".
 

Traiter le déconfinement par département, du rouge au vert

Le Premier Ministre a annoncé un classement des départements en fonction de leur taux de mortalité lié au coronavirus et de leur potentiel en lits de réanimation. Le rouge pour les plus touchés, le vert pour les plus épargnés. Pour Bérangère Abba, "cette carte des départements qui va évoluer tous les jours est susceptible de motiver les gens. Ils vont tout faire pour devenir vert.""Une des grandes qualités du plan est de reconnaître une marge de manoeuvre à chaque département, considère Jean-Luc Warsmann, ancien président de la Commission des lois. Je continuerai donc à mettre toute mon énergie à travailler avec les différents acteurs, l'ARS, le Préfet, le conseil départemental et le conseil régional, un travail qui à ce jour a très largement limité les ravages du virus dans les Ardennes, même si la plus grande humilité s'impose."

Pour Pierre Cordier, cette idée de départements verts et rouges, "c'est peut-être bien, mais il va falloir empêcher les échanges entre les départements.Ce ne sera pas simple." Enfin pour Valérie Beauvais, cette carte replace les élus locaux au centre du jeu. "Je pense qu'il faut faire confiance aux élus locaux. Ce sont eux qui sont les plus proches des populations. Ils sont à la meilleure place pour prendre des décisions. Ils portent la France à bout de bras."
 

Pas de consensus

Les réactions de nos députés sont donc mitigées. Ils auraient souhaité pouvoir échanger sur les mesures les mieux adaptées à un déconfinement. Ils ont participé au vote, certes, mais n'ont pas eu la possibilité de s'exprimer. Il est vrai qu'un plan de déconfinement doit à la fois relancer l'économie et préserver la santé des français. Comment assurer la sécurité sanitaire lorsque le matériel (masques, tests, respirateurs) n'est pas encore arrivé ? Le Premier Ministre ne peut que décliner ses propositions au conditionnel. Il n'exclut pas, en cas de rebond du virus, un report de la date de déconfinement et "en appelle à la responsabilisation de la population".