Affaire Anaïs Guillaume : "L'attachement à mon domaine... on me l'a souvent reproché", raconte Philippe Gillet

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Écrit par Florence Morel

L'audition de l'accusé se poursuit ce lundi après-midi. Après de longs interrogatoires, la présidente a abordé les conditions de détention de l'exploitant ardennais ainsi que son histoire personnelle.

Un moment d'émotion inattendu ce lundi 19 avril à la cour d'appel de Reims. Appelé à parler de ses conditions de détention puis de son histoire personnelle, Philippe Gillet s'est livré de manière pudique devant les jurés en début d'après-midi. Interrogé par la présidente sur l'éducation que lui a donnée son père, l'exploitant ardennais, qui n'a montré que très peu d'émotions jusqu'à présent (hormis l'agacement et l'énervement), a répondu : "C’est-à-dire qu'il talochait ses enfants assez facilement. Aujourd'hui, ses méthodes auraient choqué tout le monde. Pour autant, j'ai jamais tapé une fille. C'était comme ça à ce moment-là, mais les choses évoluent."

"Et votre mère ? Comment était-elle ?", poursuit la présidente, sentant une ouverture. "Elle disait toujours que j'étais le seul qu'elle avait élevé totalement", raconte l'exploitant. "Vous étiez très attaché à votre domaine ? Non ?", demande la présidente. Silence. On entend un reniflement. Gillet fixe le sol, les bras appuyés à la barre. "C'est le grand malheur de ma vie", répond-il dans un hoquet. "Pourquoi monsieur Gillet ?", s'enquiert la magistrate. "On me l'a beaucoup reproché. J'arrivais pas à décrocher, même pour des vacances à la plage... Le boulot, la ferme… c'est une maladie", lâche l'agriculteur. Voici les points à retenir de cette dixième journée d'audience.

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  • "Je n'étais pas destiné à aller dans l'élevage, je ne sais pas pourquoi je me suis mis en tête de reprendre l'exploitation de mes parents." Après des heures d'audition, Philippe Gillet s'est un peu ouvert ce lundi. Il répondait à la question du second conseil de la famille Guillaume, Olivier Menut, qui lui demandait quels étaient ses regrets. "Puis les enfants sont arrivés, les choses ont changé. Au fond de moi, au moment où je suis rentré en prison, je commençais à peine à en être au point où j'avais toujours voulu être", a poursuivi l'agriculteur. "Vous dire le point de départ... c'est cette putain de ferme !" Il marque une pause. "...à laquelle je me suis ataché plus que tout et qui m'a fait prendre des décisions… je me rappelle de la femme de Nicolas Houche qui me disait que je n'avais pas pris le temps de vivre. J'y ai repensé plusieurs fois. C'est un enchaînement de choses sur lesquelles on peut émettre des regrets, mais c'est ainsi." Puis le ton s'est durci. "Qu'avez-vous pensé dans votre cœur, dans votre âme, de la décision d'Anaïs de ne pas garder l'enfant de vous ?", questionne Menut. "Avant d'être sa décision, c'était ma décision", répond l'éleveur. "C'est Anaïs qui a décidé !, rectifie l'avocat d'une voix forte. Elle était seule à l'IVG." Gillet reprend : "J'ai dit d'entrée de jeu que je n'en voulais pas. Rien n'allait dans cette relation. Quand on fait un enfant à deux, il faut que ce soit le bon moment. Et là, ça ne l'était pas." 
  • Plus de deux heures de questions de la partie civile, ce lundi matin. "Quel est l'intérêt de nier que votre relation avec Anaïs Guillaume a commencé avant le décès de votre femme, le 3 janvier 2012 ? Ce n'est ni un crime ni un délit d'avoir des sentiments pour une personne." En face de l'avocat des parties civiles Damien Delavenne, Philippe Gillet n'en démord pas. Malgré les nombreux témoignages indiquant le contraire, l'exploitant ardennais nie toute relation intime avec Anaïs Guillaume avant le décès de son épouse. "Non. Non", répète-t-il invariablement à la barre. Les questions de l'avocat ont duré plus de deux heures.

 

  • L'audition de Philippe Gillet a débuté vendredi. Pendant quatre heures, l'accusé s'est tenu droit à la barre, niant en bloc tous les faits qui lui sont reprochés. Y compris quand il s'agit de ses traits de caractère, décrit à plusieurs reprises comme "violent", "agressif" et "craint", Philippe Gillet a répondu, avec une certaine désinvolture : "Craint, c'est vaste comme mot." "Alors je vais vous donner ses mots : une témoin dit 'j'ai peur de déposer car Philippe Gillet est connu pour sa violence et je le crains'", a repris la présidente du tribunal. Comment expliquez-vous qu'elle vous craint ?" Et Gillet de rétorquer : "Je comprends pas. Vu l'atmosphère du moment, ils y vont tous de leur petit coup de griffe."

 

  • Le verdict attendu cette semaine. Les jurés se réuniront dans la semaine du 19 avril pour rendre leur verdict. Philippe Gillet est poursuivi pour l'assassinat d'Anaïs Guillaume et "violences ayant entraîné la mort" sur son épouse Céline Gillet. À l'issue du procès en première instance en avril 2019, il avait été condamné à une peine illégale de 22 ans de réclusion criminelle pour le meurtre (et non l'assassinat) d'Anaïs et avait été acquitté dans le volet concernant sa femme.