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Environnement: ces fouines qui en veulent à nos voitures

Les fouines sont des carnivores solitaires. Ces prédatrices de basse-cour ne s'attaquent pas qu'aux poules. Vivant à proximité des villes, elles ont la fâcheuse tendance à grignoter fils, câbles et autres durites de voitures. Exaspération des automobilistes et désarroi des garagistes.
"C'est la quatrième attaque en trois ans", vitupère Marie-Béatrice Dourdin. Cette habitante de Strasbourg n'en peut plus des fouine qui semblent se délecter des durites de radiateurs de sa Skoda Fabia. A chaque fois, c'est le même scénario: la voiture ne démarre plus, le dépanneur remorque le véhicule et le garagiste pose son diagnostic: attaque de fouines. A chaque fois, il faut débourser 200 euros en moyenne.

Des fouines ou des martres?

L'erreur est fréquente, mais la réponse de Camille Fahrner, la médiatrice faune sauvage de la Ligue pour la Protection des Oiseaux Alsace est nette: "ce ne peut-être que des fouines". La fouine vit dans les villes et villages, parfois à la campagne et en forêt; la martre, elle, évolue surtout en forêt et fuit les humains. Aucune chance, donc, qu'elles s'en prennent aux câbles des petites citadines. 

Selon la LPO, les fouines sont attirées par les blocs moteur pour l'odeur et pour la chaleur dégagée pendant l'hiver. Elles s'en servent comme gîte temporaire au cours de la nuit. Si elles mâchouillent les câbles, çà n'est pas par gourmandise mais simplement pour marquer son territoire.
  

Des canards WC sous le capot

A problème récurrent, question lancinante: comment faire pour que cela ne se reproduise plus? Chaque garagiste y va de son conseil. L'un ne jure que par les canards WC sous le capot, l'autre vante les mérites du répulsif, à moins que les boîtiers ultrasons ne fonctionnent mieux? Marie-Béatrice Dourdin les a tous testés. Sans succès.

De son côté, la LPO précise qu'il n'y a pas de solutions miracle. Régulièrement contactée pour ces problématique de fouine, elle informe et conseille le grand public via son Pôle Médiation Faune Sauvage de la LPO d'Alsace. Elle suggère notamment quelques méthodes d'effarouchement ou de protection des blocs moteurs. La liste ci-dessous n'est évidemment pas exhaustive...   
Et les pièges? Oui, cela existe. Le piégeage est même autorisé, mais uniquement dans le Bas-Rhin. La LPO déconseille fortement cette méthode, notamment durant le printemps et en été. Si une femelle est capturée, c'est tout une portée qui est condamnée. D'ure part, la fouine étant un animal territorial, si elle disparaît, d'autres en profiteront pour occuper le territoire délaissé. C'est donc peine perdue.

 

Un phénomène bien identifié en Alsace, comme ailleurs


Le problème est connu des services de l'Automobile Club Association. Céline Kastner, la directrice juridique de l'association, en a elle-même fait les frais. 
 

"Il n’y a pas unanimité entre garagistes et constructeurs sur la constitution exacte des câbles et sur le fait que c’est cela qui incite au grignotage", reconnaît Céline Kastner, "les constructeurs soutiennent pour certains qu’un rongeur, ronge…les câbles ou autre chose qui lui tomberait sous la dent".
 

La composition des fils et des câbles varient d'une marque à l'autre. Certains peuvent contenir des produits d'origine agricole et végétale (l'amidon de maïs par exemple). Ses services ont noté que les fouines apprécient particulièrement les faisceaux de bougies de Renault et les durites de VAG.


Mais que font les constructeurs?


L'Automobile Club Association ne dispose pas d'information particulière, quant à la prise en compte (ou non) de ce problème et d'un éventuel changement de matériel sur les lignes de production. Les constructeurs, comme les concessionnaires préconisent l'achat d'un boîtier ultrason dont le prix peut varier de 10 à 65 euros. "Merci, bonjour!" comme diraient les Québécois.


Certains automobilistes, exaspérés, sont allés en justice. En 2013, la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence a reconnu la responsabilité du constructeur au titre des vices cachés.
 


Marie-Béatrice Dourdin a pris sa plume pour faire part de son mécontentement à Skoda France.  La société s'émeut de ces remplacements de durites répétitifs mais botte en touche. "Les rongeurs s'attaquent à tous les flexibles, caoutchouc, durite, faisceau électrique, etc...Ces dommages sont relativement courant et la qualité intrinsèque du produit, non remis en cause." Et de préciser que les dommages étant dus à un élément extérieur, le constructeur considère que cela n'est pas de son ressort.


Reste à écrire une lettre de réclamation aux syndicats des fouines ou à changer de voiture: c'est d'ailleurs ce qu'envisage de faire Marie-Béatrice. "Et cette fois, je demanderai en quoi sont faites les durites!"
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