Féminicides - Sandra, Stéphanie, Céline, Denise : quatre victimes dénombrées en Alsace depuis janvier 2019

Le gouvernement a lancé ce mardi 3 septembre à Matignon un grenelle des violences conjugales. Trois mois de concertations dans un contexte d’urgence. La France dénombre 101 féminicides depuis le début de l’année, dont quatre en Alsace.
 

La France enregistre 101 féminicides depuis le début de l'année
La France enregistre 101 féminicides depuis le début de l'année © Stéphanie Para/MAXPPP/France 3 Alsace
C’est un chiffre noir, édifiant. Depuis le début 2019, 101 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France, soit une victime tous les deux jours et demi. Cela représente 10% de plus que l’année dernière à la même époque.

"On a dépassé la barre des 100 victimes, c’est énorme, c’est 101 victimes de trop" déplore Sabrina Bellucci, présidente de l’association Viaduq67

Une année particulièrement meurtrière avec un décompte macabre qui s’envole, y compris en Alsace où un collectif militant dénombre quatre homicides conjugaux à ce jour, contre 2 en 2018 et 2017. Parmi les victimes, Sandra Baumann, 25 ans, découverte gisante dans la baignoire de son appartement strasbourgeois en avril 2019. Son compagnon, soupçonné du meurtre, a été placé en détention provisoire et mis en examen.
 
En juillet 2019, le corps sans vie de Céline Tanzi est retrouvé dans un champ à Ostwald. Quelques jours plus tard, son ex- compagnon, interpellé dans une autre affaire, avoue l’avoir poignardée. Il ne supportait qu'elle ait mis un terme à leur relation. Lui aussi est mis en examen.
 
Dans le courant du même mois, Stéphanie, mère de famille de 35 ans, résidante à Morschwiller-le-Bas est étranglée par son conjoint alors qu’elle venait de lui annoncer la fin de leur relation. Plus récemment, le 16 août, Denise, une Mulhousienne de 58 ans aurait été tuée par son ex-compagnon. C'est lui qui a appelé les secours; mais il n'a pas avoué le meurtre.


Un Grenelle dans un contexte tendu

Qu’attend-t-on pour enrayer le phénomène ? Une question lancinante, qui tourne en boucle du côté des collectifs militants, des associations et des familles de victimes. Depuis plusieurs mois, des voix s’élèvent pour pointer du doigt l’inaction du gouvernement et son manque de mobilisation sur le sujet. En réaction, s’est ouvert ce mardi 3 septembre le premier grenelle des violences conjugales. Trois mois de concertations et de réflexions autour des ministres concernés, des acteurs de terrain, des policiers et gendarmes, des magistrats et avocats. 80 invités au total et 10 membres du gouvernement réunis à la table des discussions.

Objectif : trouver des solutions concrètes pour mieux protéger les quelques 200.0000 victimes de violences conjugales recensées en France et lutter contre un fléau qui a abouti en 2018 à 149 drames conjugaux. 121 femmes et 28 hommes avaient perdu la vie.
 

Que sait-on de ces homicides ?

Une étude sur les morts violentes au sein des couples, relayée par le ministère de l’Intérieur en 2018, révèle que la dispute est la première cause du passage à l’acte. Viennent ensuite le refus de la séparation, la maladie ou la vieillesse de la victime ou encore la jalousie. Les victimes les plus concernées se situent dans la tranche des 40-49 ans, les – de 25 ans sont les moins concernées.

Cette même étude nous apprend aussi que les auteurs masculins ont utilisé une arme dans 66,1% des cas. Viennent ensuite la strangulation et les coups. Les auteurs féminins ont utilisé une arme dans 80,6 % des cas.

Concernant le profil des auteurs, ils n’exercent pas d’activité professionnelle dans 71,8% des cas. Les victimes sont, elles aussi, majoritairement en inactivité. La présence d’alcool est fréquente au cours des homicides, parfois couplée à d’autres substances licites ou non. Par ailleurs, dans de nombreux cas, la violence était déjà installée au sein du couple.

"D’autres gouvernements ont déjà fait des violences conjugales une grande cause nationale sans que rien ne bouge. Maintenant ça suffit, il faut agir" tempête encore Sabrina Bellucci. Un constat partagé par les familles des victimes. 34 d’entre elles ont cosigné une tribune en juin dernier dans laquelle elles demandaient expressément la mise en place de mesure concrètes et efficaces.
 
Parmi elles, celle de Laëtitia Schmitt assassinée devant son domicile de Schweighouse-sur-Moder en juin 2018. C’est la première femme tuée par son mari malgré la possession d’un téléphone grave danger.
 
"Ils disent que c’est une grande cause nationale, mais depuis un an y a rien qui change. Tous les jours on s’envoie le décompte des dernières victimes avec mes frères et sœurs et mon père. C’est trop" réagit Cédric Schmitt, l'un des frères de Laëtitia.
   

« Le Grenelle on espère qu’il fera avancer les choses »


Le Grenelle est-il réellement source d’espoir ?  "Un Grenelle pourquoi pas. Mais faut voir ce qui va être mis sur la table, il faut que ce soit du concret", reprend Jean-Marc Schmitt. De leur côté, certaines associations n’hésitent pas à évoquer une opération de communication pure et simple.

Cet après-midi, le Premier ministre a tenu une conférence de presse au cours de laquelle de premières annonces ont été faites, dont la création de 1.000 places supplémentaires d'hébergement d'urgence et de logement et la généralisation de la possibilité de déposer plainte à l'hôpital.

Les conclusions de la concertation doivent être annoncées le 25 novembre, à l'occasion de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes.
 
 Le téléphone grave danger,  c’est quoi ?

C’est un petit appareil à l’allure anodine, censé passer inaperçu pour protéger les victimes de violences conjugales.  D’abord expérimenté à Strasbourg en 2011 avant d’être généralisé par la loi du 4 août 2014  sur l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, il est doté d’un bouton d’alerte qui permet de mettre en relation la victime avec un service d’écoute accessible à tout moment. S’il le juge nécessaire, l’opérateur prévient ensuite les forces de l’ordre via un canal prioritaire pour une intervention immédiate. Les forces de l’ordre interviennent en 7 à 10 minutes.

QUI ?

C’est le Procureur de la République qui décide de l’attribution d’un téléphone pour une durée de 6 mois renouvelables. Pour en bénéficier, une victime doit avoir été évaluée comme étant en très grand danger, avoir obtenu une ordonnance de protection, ne pas vivre sous le même toit que son partenaire ou ex-partenaire.

COMBIEN ?

Plus de 840 téléphones graves dangers sont déployés en France, mais seulement un peu plus de la moitié sont réellement attribués. L’Alsace en dénombre 37. 15 dans le Haut-Rhin / 22 dans le Bas-Rhin. 27 sont actuellement en service.

EFFICACE ?

Selon le Ministère de la justice, ces dernières années, 2 femmes auraient été tuées malgré la détention d’un téléphone grave danger. En 2018, + de 12 400 appels d’urgences ont été dénombrés, donnant lieu à 420 interventions des forces de l’ordre. Considéré, malgré tout, comme efficace, dispositif majeur de l’arsenal judiciaire en matière de lutte contre les violences conjugales, le déploiement du TGD est en progression constante. Le gouvernement voudrait en équiper l’ensemble des tribunaux français en 2020.

 
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