Haut-Rhin : des chevaux pour lutter contre le vol de raisins

Les agents des brigades vertes en patrouille aux pieds des vignes. / © Sebastien Bozon/AFP
Les agents des brigades vertes en patrouille aux pieds des vignes. / © Sebastien Bozon/AFP

Début septembre, les vendanges battent leur plein à Soultz-Haut-Rhin. La récolte du crémant d'Alsace est terminée, mais de nombreux cépages attendent leur tour, vulnérables. Pour les protéger d’éventuels chapardeurs, la patrouille à cheval de la brigade verte veille.
 

Par Caroline Moreau

"Le cheval, c'est le meilleur moyen pour aller dans les endroits où les véhicules ne peuvent pas se rendre", assure Nicolas Krust, 52 ans, cavalier de la brigade verte du Haut-Rhin, bombe sur la tête et bottes aux pieds. Monté sur Jason, un Franches-Montagnes marron, il s'apprête à parcourir environ 40 kilomètres de vignobles dans la journée, entre chemins de terre et coteaux pentus, pour dissuader d'éventuels chapardeurs.

Car le raisin mûr qui attend d’être cueilli peut susciter des convoitises. "Ce sont rarement des gros coups, mais des vols de quelques grappes de muscat, ça on nous en signale souvent", explique Daniel Dagon, binôme de Nicolas Krust, qui patrouille depuis bientôt 10 ans sur Seigneur, un trotteur hongre d'1,60 m au garrot. Gewurztraminer, pinot, muscat... Les parcelles défilent sous les sabots des chevaux, qui s'arrêtent parfois pour brouter de l'herbe ou avaler une grappe de raisins. Autour des vignes, des joggeurs, cyclistes ou randonneurs interrompent parfois leur activité pour échanger avec les deux hommes ou caresser leurs montures.

Aiguilles usagées dans les vignes

Dans la journée, un véhicule garé en bout de rangée interrompt la déambulation des brigadiers. Une tête surmontée d'un chapeau de paille sort d'une rangée de muscat rouge à proximité. Véronique Zimpfer est la propriétaire du terrain, mais se prête au jeu du contrôle d'identité. "S'il n'y a pas de contrôle, les gens font n'importe quoi", estime cette exploitante d'une centaine de vignes à flanc de colline à Soultz. Arrachage de feuilles, chapardage de raisins, aiguilles usagées abandonnées aux pieds des vignes : la viticultrice déroule une impressionnante liste d'incivilités commises sur les parcelles environnantes. "On n'est pas toujours là, donc on ne sait pas forcément ce qui se passe dans les vendanges. C'est rassurant de savoir que quelqu'un veille", lance-t-elle aux brigadiers.

Présence dissuasive

"Depuis plusieurs années déjà, on n'a plus trop de problèmes de vol. C'est lié à la présence des brigades vertes", estime Roland Martin, maire de la commune voisine de Wuenheim qui enregistre 66 déclarations de récolte pour 810 habitants. "Elles sont une présence dissuasive pour éviter le vandalisme, les vols et faire de la prévention", ajoute Denis Meyer, édile de Soultz. En août, les deux communes ont pris un arrêté interdisant la circulation et le stationnement sur les chemins ruraux desservant les vignobles, à l'exception des exploitants, jusqu'à la fin des vendanges. "Cela permet aux exploitants d'avoir le champ libre pour travailler et limite le risque de vol effectué à l'aide d'un véhicule", explique Roland Martin.
Pendant leur patrouille, les deux cavaliers s'assurent du respect de cet arrêté municipal, verbalisant les contrevenants stationnés illégalement près des pieds de vignes. "C'est le gros de notre travail pendant les vendanges. Chaque année, on a entre 50 et 100 contraventions pour mauvais stationnement", détaille Nicolas Krust.

Créée en 1989, la brigade verte du Haut-Rhin compte 63 gardes-champêtres, dont 16 cavaliers. Ses activités s'étendent de la lutte contre les dépôts d'immondices à la surveillance des domaines forestiers. Elle agit dans 328 communes, au service des maires en tant que garante du patrimoine naturel et rural.

 

Que risque-t-on pour du vol de raisin ?

Un vol de raisins expose son auteur à une amende pouvant aller jusqu'à 500 euros et la transmission d'un procès-verbal au procureur de la République de Colmar, qui décide des suites de l'enquête. "Encore faut-il être là pour le constater", concèdent les patrouilleurs à cheval, qui procèdent à une ou deux verbalisations de ce genre par an seulement.

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