Haut-Rhin : les corbeaux provoquent de gros dégâts dans les cultures, la FDSEA évoque "une marée noire"

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Écrit par Marie Coulon
Invasion de corbeaux dans les champs de maïs de Colmar.
Invasion de corbeaux dans les champs de maïs de Colmar. © Yves Jauss

Du Jura alsacien jusqu’au Ried, les agriculteurs s’inquiètent de l’invasion de corbeaux et de corneilles dans les parcelles. Leur surpopulation occasionne d’énormes dégâts dans les cultures. La Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles du Haut-Rhin appelle à la mise en place de mesure de lutte efficaces.

Un ciel qui s’obscurcit d’un coup. Noirci de centaines de corbeaux qui tombent sur la tête et les cultures des agriculteurs. Une scène qui se reproduit chaque jour ou presque dans le Haut-Rhin. Depuis plusieurs années, le département, comme beaucoup d’autres en France, est confronté à une invasion de corvidés, dont la population augmente, occasionnant de gros dégâts.

La Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles du Haut-Rhin, FDSEA, a fait les comptes. Depuis le début de l’année, elle estime à plus d’un million d’euros le montant des dommages provoqués par les oiseaux. Au moins 700 hectares de cultures auraient été touchés.

"On parle carrément de marée noire. Ce qui nous inquiète c’est que le problème risque de se répéter l’an prochain. Et ce qui nous a surpris cette année, c’est la proportion exponentielle des dégâts, du Sud de Mulhouse, jusqu’au Jura alsacien", confie Christelle Jamot, directrice de la FDSEA du Haut-Rhin.

Une situation jugée "très préoccupante", qui s’aggrave, dans un contexte où les dégâts avaient déjà augmenté de 50% entre 2019 et 2020. Un chiffre qui atteindrait 54% entre 2020 et 2021, obligeant certains agriculteurs du secteur, désabusés, à abandonner la partie. "Ce sont autant de céréales et de légumes qui ne seront pas récoltés, ne garniront pas nos assiettes, ni la ration des troupeaux", déplore la fédération.

Au moins 700 hectares de cultures touchés dans le Haut-Rhin

Une marée noire. Le mot n’est pas trop fort pour Yves Jauss. Ce producteur de maïs et de betterave colmarien a le moral en berne. "Dès l’instant où on a semé, les volatiles viennent se servir à loisir. Même avant que les germes ne sortent de terre. Certaines parcelles sont complètement envahies. Il n’y a plus aucunes graines après leur passage. Ça se traduit par des re-semis mais ils reviennent et font la même chose, jusqu’au moment où on laisse tomber", raconte-t-il.

Pour le moment, lui n’a cédé aucun ses 50 ha aux cervidés. Mais les dégâts qu’il constate sont importants et les oiseaux sont devenus sont problème principal, bien avant le risque météorologique. "Malheureusement il n’y a pas d’indemnités en face puisque que ce n’est pas un risque assuré. Pourtant les pertes sont importantes. Ça fait des années qu’on a ce souci, mais chaque année on voit plus de corvidés et de dégâts. Ça touche tout le monde et toutes les cultures. Blé, légumes, maïs, soja. Ils se nourrissent de ce qu’ils peuvent." 

Pour tenter d’agir par eux-mêmes, l’agriculteur et ses collègues ont opté pour "le système D". "On enrobe les graines de produits qui devraient être efficaces mais ils sont tellement nombreux que ça ne sert à rien. On essaye aussi de changer les cultures, de les orienter différemment mais finalement les corbeaux s’adaptent toujours." 

Si à cause du corbeau les cultures ne germent pas, le risque psychologique est lui, bel et bien croissant. "Si cette population double dans les deux trois ans qui viennent, on ne pourra plus rien cultiver du tout. L’impact psychologique est là. Nous avons déjà le stress de la météo, mais nous avons en plus les volatiles qui attaquent et on est impuissants. Il y a une vraie pression pour nous".

Yves Jauss en appelle aux pouvoirs publics pour tenter de stopper les invasions et il prévient. "On va devant des problèmes humains qu’on va devoir gérer après. Quelqu’un qui met la clé sous la porte, par exemple. Et à ce moment-là, on ne pourra pas dire qu’on n’a pas prévenu". 

De son côté, la FDSEA appelle à la prise de mesures efficaces, d’autant qu’à Colmar et agglomération, certaines ont déjà fait leur preuves. "On commence par l’effarouchage pour gêner la colonie notamment quand elle niche, on élague pour essayer d’éviter la concentration et puis dans le pire des cas, et on est dans cette situation, la collectivité peut demander à la DDT le dénichage voire même le tir. Tout ce travail avait permis une amélioration l’an dernier », assure Christelle Jamot.

Recenser pour mieux maîtriser les corvidés

Reste aux plus petites communes de se mobiliser elles aussi. "Or elles ne connaissent pas toutes leurs droits et leurs devoirs. Nous, nous mettons à leurs dispositions pour les aider à monter les demandes, au moins de dénichage".

Selon elle, il y aurait urgence donc, y compris à tester de nouvelles mesures, "comme par exemple la stérilisation des corvidés et de leurs œufs, à l’image de ce qui se pratique pour les goélands", mais qui serait encore difficilement applicable à l’oiseau noir.

En attendant, "toutes les personnes confrontées aux dégâts, y compris en ville", sont à se faire connaître auprès de la fédération ou auprès de leur commune. Un recensement général nécessaire qui permettrait d’avoir à terme une meilleur connaissance de la population des corvidés et des nuisances qu’elle occasionne.  

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