Face à la baisse des dons de vêtements, cette entreprise solidaire lance l'alerte : "notre modèle économique et social est en danger"

Le boom des plateformes de seconde main et la monétisation des dons par les grandes marques de prêt-à-porter entraînent une baisse des dons de vêtements. Le Relais Est, entreprise solidaire basée dans le Haut-Rhin, tire la sonnette d'alarme.

Pour la première fois, ce 27 mai 2023, le Relais Est organisait une grande collecte de vêtements, linge et chaussures. "Nous fonctionnons en réalité grâce aux dons réalisés tout au long de l'année, soit dans l'une de nos 1.600 bornes de collecte, soit dans nos onze boutiques, explique Anne-Sophie Landie, en charge de la communication de cette entreprise solidaire basée à Wittenheim (Haut-Rhin). Mais cette opération d'un jour, qui n'a pas remporté un grand succès, visait à attirer l'attention sur nous..."

Car la structure, qui emploie 170 salariés, dont 40% en insertion, se sent en danger. "Notre modèle tient essentiellement sur le textile auquel nous pouvons donner une seconde vie, qui est ensuite en grande partie revendu, à bas prix, dans nos magasins. Or, aujourd'hui, les gens préfèrent revendre que donner leurs vêtements en bon état. Je peux les comprendre, car les budgets sont serrés pour tout le monde... Mais c'est tout notre modèle économique qui s'en trouve fragilisé."

Pointées du doigt, les plateformes de vente en ligne de produits de seconde main. Mais aussi les grandes enseignes de prêt-à-porter, "qui incitent à l'achat de vêtements neufs, en cagnottant des bons d'achat lorsque les clients leur ramènent leurs vieux vêtements. Elles s'achètent une image vertueuse en donnant l'impression de privilégier la seconde main. C'est du "greenwashing", et en vérité, elles continuent de favoriser la "fast fashion".

Et de priver des structures comme le Relais Est de dons de textile en bon état.

En 2022, cette antenne d'Emmaüs France, 25 ans d'existence, a collecté 7.000 tonnes de textile, contre 7.300 l'année d'avant. Et voit la qualité des dons baisser également. 

Ce que nous trouvons dans nos bornes, ce n'est pas toujours joli à voir. Nous devenons une vraie poubelle.

Anne-Sophie Landie, Le Relais Est

"Emmaüs estime qu'il y a 20 ans, 60% des vêtements donnés pouvaient être revalorisés. Aujourd'hui, c'est 40%, le reste va directement au recyclage." 

Et c'est donc autant moins de vêtements à revendre à bas prix, pour une clientèle qui en a besoin. Un cycle vertueux sur le plan écologique qui est fragilisé. Et des emplois qui pourraient être à terme menacés. "Nous embauchons plusieurs dizaines de personnes qui étaient longtemps loin de l'emploi, des mères de famille, des jeunes non-diplômés. Un quart de nos 170 salariés ont plus de 50 ans, ce n'est pas négligeable alors que l'âge de la retraite a été repoussé...", plaide la salariée du Relais Est.

Dernier volet sur lequel insister : "une partie de nos vêtements sont aussi expédiés en Afrique. La solidarité envers les pays en développement en prend aussi un coup..."

Autant de raisons qui poussent Le Relais Est, présent en Alsace et en Franche-Comté, à rebondir sur la campagne de communication en forme de cri d'alerte, lancée en mars dernier par Emmaüs France. Son message, né du détournement d'un slogan publicitaire d'une populaire plateforme de seconde main, et que les salariés du Relais Est n'hésitent pas à afficher leurs propres vêtements : "si tu ne le portes pas, donne-le".

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