Harcèlement scolaire : « j’ai vu mon enfant sombrer sans pouvoir rien faire »

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Un élève de cinquième scolarisé au collège de l’Ill, à Illfurth (Haut-Rhin), est victime de harcèlement scolaire. Sa maman décrit l’escalade des événements et exprime son impuissance. Elle appelle à une manifestation devant l’établissement le 17 décembre 2020.

« C’était quelques jours après la rentrée de Bryan* en sixième. Il était dans la cour quand Kevin* a taillé un bâton puis l’a pointé sous la gorge de mon fils en disant qu’il allait le tuer. Là j’ai compris qu’il ne s’agissait plus de chamailleries d’enfants ».

C’est avec la gorge serrée et parfois des larmes étouffées que Stéphanie* nous raconte le calvaire que subit son fils depuis plusieurs années. Les deux garçons se connaissent depuis la maternelle. Déjà en grande section, Bryan subissait parfois des brimades de Kevin. Mais rien de méchant, des jeux d’enfants au regard de Stéphanie.

C’est quand les garçons se retrouvent au collège que la situation dégénère. Les insultes envers Bryan sont quotidiennes. « Ca commençait dès la montée dans le bus scolaire de 8h07 et ça s’arrêtait au retour du bus à 16h23 », déplore Stéphanie. Arrivés en cinquième, les coups s’ajoutent aux insultes. « Là j’ai vu mon fils commencer à sombrer », confesse-t-elle. Après plusieurs jours de coups subis, la famille de Bryan décide de porter plainte pour coups et blessures auprès de la gendarmerie. Une plainte qui, faute de preuves et d’éléments matériels, est classée sans suite.

Dis-lui d'arrêter Maman, je ne vais pas pouvoir tenir

Bryan*, 12 ans, victime de harcèlement scolaire

Les faits se répètent. Tous les jours. Chaque soir, Bryan rentre du collège en larmes.  Les cauchemars se multiplient la nuit. Et puis arrivent les idées noires. « J’ai entendu mon fils parler à son petit frère de 8 mois en lui disant : « heureusement que tu es là, sinon j’aurais déjà une bêtise depuis longtemps ». Ce n’est pas possible pour une maman d’entendre cela », confesse Stéphanie.  

Son état de santé général se dégrade. « Une neuropsychiatre nous a dit, se souvient Stéphanie, qu’il était en danger, qu’il ne fallait pas qu’il retourne à l’école » Après consultation, une incapacité temporaire de travail de 4 jours est établie. Elle sera suivie par un arrêt-maladie de six semaines. D’ici quelques jours, le jeune adolescent est sensé retourner au collège. « Il n’ira pas » a décidé Stéphanie en accord avec son fils. Il devrait intégrer un autre établissement scolaire en début d’année prochaine.

« Tant qu’il n’y a pas de drame, il ne passe rien »

Stéphanie a décidé de raconter son histoire personnelle parce qu’elle s’est retrouvée totalement démunie face à la situation et au désarroi de son fils. « Tant qu’il n’y a pas de drames, il ne se passe rien » constate-t-elle amèrement. Elle veut témoigner de son expérience, alerter les autres parents, les rendre vigilants aux signes avant-coureurs. « Les coups commencent souvent par des jeux, avec des coups dans le dos, sur les bras. Et puis ça devient systématique », alerte-t-elle. Les résultats scolaires aussi sont un indicateur. Son fils a toujours un bon niveau jusqu’en cinquième. Il a maintenant 4 de moyenne générale.

Elle veut aussi exprimer la solitude qu’elle ressent. Elle est toujours en contact avec le collège – espérant que celui-ci renvoie l’enfant prétendu "fauteur de troubles" -, elle s’est tournée vers la plateforme gouvernementale "non au harcelement", elle a aussi été entendue avec Bryan par une équipe mobile de sécurité du rectorat, chargée de faire de la médiation dans ce genre de situation.  Des soutiens. Mais qui ne règlent pas la peur de son fils au quotidien. « Un enfant ne se lève pas le matin en se disant qu’il va être méchant, explique Stéphanie. Ce sont peut-être les parents des harceleurs qui doivent être sanctionnés, peut-être que leur enfant a aussi besoin d’être aidé ».

A la lecture de ces propos, le père de l'enfant mis en cause par Stéphanie a souhaité réagir et démentir les faits reprochés à son fils, niant catégoriquement les prétendus "coups" portés. "Certes, mon fils n’est pas le plus sage de la classe, mais il ne fait rien de plus que d’autres camarades de son école. Ce sont des chamailleries comme il peut y en avoir au collège. Ces accusations injustes vont trop loin", avance-t-il. Selon lui, le principal de l'établissement aurait adressé une lettre aux parents d'élèves ce mardi 15 décembre, dans laquelle il affirmerait que l'évaluation approfondie mené par les professionnels de la plateforme "Non au harcèlement" ne concluerait pas à une situation de harcèlement scolaire, évoquant également un conflit entre familles. Lettre à laquelle nous n'avons pas eu accès.

Le rectorat assure prendre ce cas "très au sérieux"

Contactée, Lucie Pitiot, référente académique de la lutte contre le harcèlement scolaire au rectorat de Strasbourg explique que "le cas de l'enfant est connu" et "il est clair que se manifeste là une souffrance, à laquelle nous sommes sensibles. Et même si la maman du petit garçon croit que tout n'a pas été fait, cet enfant est très entouré, notamment de personnels qualifiés. Notre objectif est de reconstruire la confiance entre la famille et l'établissement, pour retrouver une vie scolaire sereine et permettre à cet enfant de progresser dans les meilleures conditions."

Des motards en soutien

Les parents de Bryan adeptes de la moto comptent sur le soutien de leurs amis motards. L’association les 2 roues de l’espoir, touchée par le sort de leur fils participera à une manifestation organisée par Stéphanie devant le collège le jeudi 17 décembre prochain.

* Les prénoms ont été changés