Mulhouse : un médecin en colère se filme en train de jeter des vaccins AstraZeneca à la poubelle, faute de patients

Le médecin généraliste Patrick Vogt est choqué : après avoir ouvert un flacon de dix doses de vaccin AstraZeneca lundi, il a été contraint de jeter les quatre dernières doses mercredi 21 avril, faute de patients intéressés. La faute à un débat sur les vaccins qui échappe à la raison, selon lui. 

Patrick Vogt, dans son cabinet médical à Mulhouse, le 22 avril 2021
Patrick Vogt, dans son cabinet médical à Mulhouse, le 22 avril 2021 © Patrick Vogt

Le médecin généraliste Patrick Vogt est outré, une fois de plus. Le généraliste est connu pour ses coups de gueule, notamment son cri d'alerte aux autorités, fin février 2020, au tout début de la pandémie.

Cette fois-ci, c'est un tweet qui relaie sa colère : une vidéo de 45 secondes, simple et courte, pour dire que, depuis lundi 19 avril, et après avoir essayé de convaincre ses patients de se faire vacciner, il est obligé de jeter la fin du flacon de vaccins AstraZeneca à la poubelle, parce qu'il est désormais périmé. Quatre doses qui n'iront à personne. "En pleine pandémie je suis obligé de jeter du vaccin Astra à la poubelle car plus personne n'en veut. De désinformation en reculade, l'arme thérapeutique majeure que représente ce vaccin est perçu comme un danger. C'est fou, non ?", écrit-il.

"J'ai réussi pendant mes trois jours de consultation à faire six doses de vaccin. Toutes les autres personnes ont refusé, voilà. [...] J'ai dans la main l'arme sans doute la plus efficace contre le virus. Ce vaccin est maintenant périmé. Je suis donc obligé de le jeter. En pleine pandémie, je vais donc jeter des vaccins à la poubelle parce que plus personne n'en veut", explique-t-il dans cette courte video. Il joint le geste à la parole et rajoute à la fin : "voilà, désolé."

Je suis choqué, outré qu'on prenne le risque de ne pas vacciner pour éviter des complications rarissimes.

Patrick Vogt

Au mois de mars, dès que les généralistes ont pu avoir accès au vaccin AstraZeneca, Patrick Vogt a vacciné 180 patients. Mais en avril, la situation est plus difficile, à la fois pour recevoir des doses, et ensuite pour vacciner les gens, "c'est une négociation à chaque fois, les gens ont peur de faire une thrombose, alors qu'il s'agit d'une complication rarissime induite par ce vaccin. Moi, si j'ai dans mon cabinet un homme obèse et hypertendu de 32 ans, je lui propose le vaccin sans aucune réserve : le risque de complication est minime par rapport au risque de complications s'il attrape le covid. Le risque zéro n'existe pas, et n'a jamais existé. Je suis choqué, outré qu'on prenne le risque de ne pas vacciner pour éviter des complications rarissimes."

Dans un article publié par FranceInfo, le 17 avril 2021, le professeur Mathieu Molimard, chef du service pharmacologie du CHU de Bordeaux, explique : "ce risque [de développer une thrombose après l'injection du vaccin] reste très faible puisque c'est de l'ordre de 1 cas pour 100.000 patients traités. Cela peut sembler beaucoup, mais le risque de se faire foudroyer est aussi un risque, et mourir de la foudre est un risque qui est de cet ordre de grandeur […] On compte d'habitude les risques jusqu'à 1 sur 10 000 avec les médicaments classiques."

Et le médecin généraliste rappelle que le phénomène de thrombose observé dans quelques cas (23 cas, dont 8 mortels, sur les 2,7 millions de Français vaccinés à l'AstraZeneca) est aussi une conséquence rare d'un traitement, l'héparine par exemple. "Avec l'héparine, traitement de prévention des thromboses, on a aussi quelques cas rares de thrombopénie induite par l'héparine. Pourtant, on n'a pas arrêté de prescrire ce médicaments ! Seulement, après 7 jours d'injection, on fait un dosage des plaquettes sanguines du patient, pour prévenir ce risque. On pourrait très bien le faire avec le vaccin !"

"Le problème c'est qu'avec la vaccination contre le covid, depuis le début, on est dans l'émotion, et pas dans la réflexion. Le débat est faussé ! Quand les épidémiologistes et certains médecins ont dit partout dans les médias qu'il fallait arrêter de vacciner avec l'AstraZeneca, le gouvernement aurait dû rectifier. Après, il y a eu la suspension du vaccin, pour moi le produit est mort, on ne remontera plus la pente ! La défiance est trop grande".

Je vais me contenter maintenant de proposer ce vaccin en seconde injection.

Patrick Vogt

Patrick Vogt ne comprend pas non plus le fait de recommander maintenant un vaccin à ARN messager (comme celui de Biontech-Pfizer ou celui de Moderna) en deuxième injection des patients vaccinés avec l'AstraZeneca en première dose. "Il y a encore moins de complication lors de la seconde injection, donc tous ceux qui n'ont pas eu de problèmes après la première, devraient recevoir la deuxième", demande-t-il. "Moi de toute façon, je ne vais plus proposer l'AstraZeneca en première dose, je ne veux pas gaspiller de vaccin. Quand j'aurais un flacon, je vais constituer mes réserves pour les secondes injections, qui interviendront trois mois après la première, à partir de début juin pour mes patients". La semaine prochaine, il devrait recevoir un flacon d'AstraZeneca et peut-être aussi son premier flacon de Johnson and Johnson. "Les centres de vaccination feront les primo-injections, moi j'arrête."

Et il fustige les gens qui, autour de lui, attendent le Spoutnik V avec impatience. "Le spoutnik est fabriqué avec deux adénovirus, contre un seul pour l'AstraZeneca et le Johnson and Johnson. Les effets secondaires doivent être similaires", dit-il. Dans un tweet du 15 avril, il avait déjà exprimé cette idée :

"Les délais de la vaccination ne pourront pas être respectés"

Comme cet autre médecin des Hauts-de-France, le Dr Vogt va désormais se concentrer sur la deuxième injection d'AstraZeneca, pour ses patients qui le souhaitent. Il dit connaître autour de lui des infirmiers et des pharmaciens qui, eux aussi, jettent l'éponge et ne veulent plus vacciner avec l'AstraZeneca.

"Et ça va conduire à une inversion de la stratégie vaccinale : les plus jeunes devaient bientôt commencer à être vaccinés, ça ne va pas être le cas", pointe le Dr Vogt. "Du coup, des tests ont été commandés pour la rentrée dans les écoles, ça coût très cher et ça veut dire qu'on va vacciner les vieux et les personnes à risque, et qu'on va laisser le virus circuler chez les jeunes et les enfants, c'est ça ce qui va se passer ! Les délais de la vaccination pour tous les adultes d'ici la fin de l'été ne pourront pas être tenus ! Il faut en avoir conscience."

 

 

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