Mulhouse : Radio Art-ena, la web radio du lycée Roosevelt qui voit grand

Au moment où nous fêtons les 100 ans de la radio en France, du 31 mai au 5 juin, des lycéens de Mulhouse (Haut-Rhin) ont organisé un petit événement dans leur établissement pour faire connaitre leur web radio. Une pure coïncidence plutôt bienvenue et symbolique.

 

Les élèves de première bac pro vente en plein enregistrement d'émission pour leur web radio Art'ena.
Les élèves de première bac pro vente en plein enregistrement d'émission pour leur web radio Art'ena. © Florent Potier

En 1921, les premières émissions radiophoniques sont diffusées depuis la tour Eiffel. A l’époque, l’usage de la radio n’est envisagé qu’à des fins militaires. Il faut attendre la victoire de 1918 pour que l’aventure radiophonique démarre réellement.

En 2021, une classe de première bac pro vente du lycée Roosevelt de Mulhouse(Haut-Rhin) créé une web radio en quelque semaines avec peu de moyens. Achat d’enregistreurs numériques et de micros grâce à des fonds de l’Education nationale. Cela suffit à donner vie à leur propre radio, Art-ena. C’est toute la magie de ce média qui en un siècle a su évoluer avec son temps et donne aujourd'hui envie aux jeunes de le faire perdurer.
 

Radio Art-ena, le chef-d’oeuvre

C’est l’histoire d’une classe qui en début d’année scolaire réfléchit au travail inter-disciplinaire qu’elle doit mener et au chef-d’oeuvre qu’il faut réaliser. C’est comme ça, humblement, que se nomme le projet commun des élèves noté pour leur bac pro vente. Avec l’aide du documentaliste du lycée Roosevelt, Cyril Blanc, la classe cherche un projet de mini-entreprise.

Très vite, l’idée d’une web radio émerge. Car pour les élèves, il s’agit non seulement de créer du contenu mais aussi de trouver les financements pour faire fonctionner leur média. "Il me semblait intéressant de reprendre un média au 21e siècle et d’utiliser en plus les réseaux sociaux pour le faire connaitre. Car ce projet de web radio c’est aussi un réseau social à destination d’autres lycéens."

En créant Radio Art-ena, les élèves de bac pro vente doivent répondre à des objectifs en terme de marketing, de démarchage, de communication. Ils recherchent des sponsors pour faire vivre la radio et la développer. Cinq sociétés répondent présent, comme un restaurant ou une entreprise de toilettage canin. Ce qui est moins dans leurs cordes, c’est de mettre en valeur les publications radio ou les playlist musicales auprès de leur public.
 

Ce projet de web radio, c’est aussi un réseau social à destination d’autres lycéens.

Cyril Blanc, documentaliste au lycée Roosevelt de Mulhouse


Josiane Tchoubou fait partie des 24 élèves de la classe de première en bac pro vente au lycée Roosevelt. Elle a énormément appris grâce à cette web radio." On a pris du temps pour trouver le nom de la radio. C’est parti d’un délire sur Athena, la déesse grecque. On voulait un jeu de mot avec Athena. Du coup on a trouvé Art’ena : c’est de l’art, avec une apostrophe pour que ce soit stylé, et Ena signifie Ecoute, Nouveauté et Artiste.

Ça c’est pour le titre. Quant à savoir quel type de contenu créer, la classe a réalisé un sondage auprès des lycéens pour savoir ce qu’ils voulaient entendre. Résultat : d’abord de la musique, avec la découverte de groupes locaux de rap, de rock et de pop. Et puis des reportages sur les animaux et des associations de défense comme Appuis ou Citoyens du monde.
 

Ces élèves ont produit une trentaine de reportages durant leur année scolaire sur leur web radio
Ces élèves ont produit une trentaine de reportages durant leur année scolaire sur leur web radio © Josiane Tchoubou


Un beau challenge à relever, et un vrai travail collaboratif où trois autres classes se sont greffées pour proposer des chroniques, des reportages. Au mois de mars, un journaliste indépendant, Florent Potier, est venu en résidence dans le cadre d’un dispositif porté par le rectorat pour apporter son expérience professionnelle.
 

Art’ena, une mini-entreprise

Depuis mars, une trentaine de reportages aux formats différents ont été enregistrés, soit quatre heures de contenus.  Les deux-tiers des chroniques ont été publiées, le reste est encore au montage.  

Cyril Blanc a accompagné la classe dans le projet, en initiant les élèves à une démarche d’éducation aux médias. Il a trouvé que les jeunes ont très vite intégré les codes de la radio. "Il y a toute une influence des youtubeurs et des instagrammeurs. On le ressent dans la façon dont ils présentent, dont ils travaillent. Ils sont en lycée professionnel et le font avec leur spontanéité, il y a de la fraîcheur, parfois aussi de la maladresse mais ça les met en valeur.

Il y a toute une influence des youtubeurs et des instagrammeurs

Cyril Blanc, documentaliste au lycée Roosevelt de Mulhouse


Pour se répartir la tâche, une méthodologie efficace a été mise en place, nous explique Josiane Tchoubou. "On a fait des groupes de travail avec des thèmes. Un groupe pour les partenariats, un autre pour les financements. Moi je suis dans les groupes financement et interviews. Je suis par exemple allée à la SPA pour un reportage." Vous pouvez écouter des émissions sur la plateforme soundcloud

Après écoute des premiers reportages, les retours des camarades du lycée Roosevelt sont positifs, même si la radio n’en est encore qu’à ses prémices. L’expérience est gratifiante pour toute la classe. Josiane est conquise par ce chef-d’œuvre collectif : "Moi ça m’a beaucoup appris. Ça m’a permis de m’organiser. C'est déjà un pied dans le monde du travail. Faut pas venir à la cool, mais rester bien concentré. Avec cette mini-entreprise, tout le monde est soudé, c’est enrichissant. J’ai appris à démarcher des partenaires. A préparer une argumentation. Il faut préparer à l’avance ce qu’on doit demander et si objections, comment répondre face à ça.

Les élève de bac pro vente ont rempli leur mission : négociation, communication, et fidélisation de la clientèle. Pour le moment les bénéfices sont modestes mais ont permis à la classe de faire un chèque à l’association Citoyens du monde. La radio a rendu les jeunes philanthropes.
 

La découverte du métier de journaliste radio 

Josiane l’avoue, elle aime bien parler, elle aime aussi le contact humain, deux qualités incontournables pour faire de la radio. Un média qu’elle connaît pourtant très peu. "En radio, je ne connais que Skyrock mais sinon je n’écoute pas. Mais maintenant, ça me donne envie d’en écouter. J’ai vu que c’était du boulot, c’est très enrichissant. Ça permet de remettre sur le tapis quelque chose que les jeunes ne connaissent pas trop. Nous on est plus sur des medias d’image, Youtube..."

Et de l’avis du documentaliste qui a suivi les premiers pas des élèves, ou plutôt leurs premiers mots sonores : "On a vu de belles transformations d’élèves qui ont pris confiance en eux, au début ils n’aimaient par leur voix. La radio leur permet de raconter des choses d’une façon qui leur convient bien à l‘adolescence, pour exprimer des choses dans une intimité avec l’auditeur. "
 

Ça permet de remettre sur le tapis quelque chose que les jeunes ne connaissent pas trop.

Josiane Tchoubou, élève au lycée Roosevelt de Mulhouse

Et l’idée, c’est qu’ Art-ena se développe. Disponible sur la plateforme Soundcloud, la radio pourrait migrer vers une autre plus puissante. L’objectif est aussi de démarcher toujours plus de partenaires. Cette année, cing entreprises les ont soutenus. A la rentrée prochaine, il s’agira d’utiliser cette plateforme de web radio pour valoriser le travail des lycéens. La classe qui l’a créée voudrait faire une émission de découverte des jeunes talents musicaux de la région de Mulhouse.

L’objectif, c’est aussi d’augmenter la régie publicitaire pour acheter plus de matériel comme des casques et une table de mixage. Charge aux élèves de définir leurs besoins financiers. Ils sont en autonomie pour mener leur projet.

Art’ena se pérennise donc au lycée Roosevelt de Mulhouse, une démarche rare dans un établissement scolaire. Les élèves ont fêté cet événement cette semaine, au moment où sont célébrés les 100 ans de la radio. Tout un symbole, et ils ne l’ont même pas fait exprès. De ce média, ils ignorent tout ou presque…Savent-ils seulement qu’il y a 40 ans les radios pirates devenaient des radios libres sous la présidence de Mitterrand ? Cette histoire les passionnerait sans doute. En attendant, ces adolescents continuent à écrire l’histoire de ce media centenaire.
 

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