TEMOIGNAGE - Harcèlement scolaire à Mulhouse : “Maman, j'en ai marre de ma vie, je veux mourir”

La mère d'Eloah aux urgences pédiatriques de Mulhouse où sa fille est hospitalisée après avoir tenté de mettre fin à ses jours / © Vincent Lemiesle, France 3 Alsace
La mère d'Eloah aux urgences pédiatriques de Mulhouse où sa fille est hospitalisée après avoir tenté de mettre fin à ses jours / © Vincent Lemiesle, France 3 Alsace

Une enfant de 11 ans, scolarisée au collège Bel Air de Mulhouse, a tenté de se suicider en avalant des médicaments, jeudi 21 novembre. Trois garçons du collège l'auraient harcelée depuis la rentrée en l'insultant et la frappant. La mère d'Eloah, qui a décidé de porter plainte, raconte son calvaire.

Par vincent.lemiesle

Cela dure, apparemment, depuis la rentrée. Mais Mirna, la maman d'Eloah, n'a rien vu venir. Et puis un jour, le jeudi 21 novembre, elle reçoit un coup de téléphone d'une collègue lui disant qu'il fallait qu'elle rappelle urgemment le collège Bel Air où sa fille, Eloah, est scolarisée : "On m'a passée l'infirmière du collège qui me dit qu'il y a eu une altercation et que ma fille aurait pris des médicaments. L'infirmère a fait appel au Samu".

Sa fille est transportée aux urgences pédiatriques de Mulhouse, où sa mère la retrouve rapidement. "Quand je la vois aux urgences, je lui demande pourquoi elle a pris ces médicaments. Elle m'explique qu'il y a trois garçons qui la frappaient, l'insultaient et qui se moquaient d'elle sans arrêt. Ils la frappaient au niveau du bras, là où elle a cette malformation et elle me dit : maman, j'en ai marre de ma vie, je veux mourir. C'est pour ça que j'ai pris ces médicaments".
 

Mirna dit avoir été reçue, ce jeudi 28 novembre, une semaine après l'hospitalisation de sa fille, par une référente du rectorat qui se serait elle-même, ensuite entretenue avec la principale du collège. "On m'a rappelée pour me dire quelle mesures avaient été prises. Les trois garçons ont été déscolarisés deux jours, lundi et mardi de la semaine prochaine. Ma fille sera suivie par une assistante sociale". 

Mais Eloah n'imagine pas retourner à l'école, sa mère la sent paniquée rien qu'à cette idée : "Elle est traumatisée. Physiquement, elle va bien, mais moralement, c'est pire que l'angoisse, elle a peur, elle est paniquée". Mirna pense que ce genre d'affaire devrait être plus médiatisée. Elle aimerait faire passer un message auprès de tous les parents : "Moi en tant que mère, j'éduque mes enfants, en les sensibilisant aux différences qu'on peut avoir les uns par rapport aux autres. J'aimerais que les parents apprennent à leurs enfants à respecter la différence des autres".

Mirna aimerait aussi sensibiliser les parents aux alertes plus ou moins exprimées de leurs enfants en cas de harcèlement à l'école : "Ma fille est un enfant renfermé, elle m'a alertée mais je n'ai pas pris à temps la juste mesure de son calvaire. Elle me disait juste que des enfants l'embêtaient. Elle ne voulait pas que j'en informe le collège, j'ai respecté le choix de ma fille". Mirna, la mère d'Eloah, a décidé de porter plainte contre les trois enfants soupçonnés d'avoir harcelé sa fille.


Sanctions

Du côté du rectorat, Lucie Pitiot, la référente départementale en matière de harcèlement explique que tout sera fait pour un retour d'Eloah au sein du collège et que des sanctions seront prises après enquête : "Nous ferons absolument tout ce qui est nécessaire pour assurer un retour serein à l’intérieur de l’établissement. L’établissement aussi de la réalité, de la situation qui l’a touchée, déterminer quels en sont les auteurs et prendre des décisions adéquates de sanctions s’agissant de ces auteurs. Il ne m’appartient pas évidemment d’anticiper sur ce qui sera pris comme décision à l’intérieur du collège."

"Les deux jours en question d'exclusion dont parle la maman devaient permettre à sa fille de revenir lundi, ce que nous pensions souhaitable. Pour que cette jeune fille ne soit pas mise en contact avec ces élèves-là, le temps que nous ayons pu recevoir son témoignage à elle, puis ces élèves-là, leurs familles, séparément, sans jamais les confronter et déterminer les responsabilités de ces jeunes, prendre les mesures adéquates. Donc il s’agissait d’une précaution, pour éviter que cette jeune fille ne se retrouve dans la classe, en présence de l’un ou l’autre de ses harceleurs et dans la cours en présence de ces mêmes personnes. Ça n’est pas évidemment la nature  de la sanction, que je ne peux pas commenter à ce stade-là, puisque le protocole est en cours."

 

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