Confinement : en Haute-Marne, des artisans rejoignent le mouvement #artisanapoil

Plusieurs artisans et commerçants de Haute-Marne se mettent littéralement à nu pour attirer l'attention du gouvernement sur leurs difficultés face au confinement. Avec les mots clés #artisanapoil ou #moncoiffeurapoil, leurs photos commencent à faire le tour des réseaux sociaux.
Cette photographe n'a pas hésité à rejoindre le mouvement "artisans à poil"
Cette photographe n'a pas hésité à rejoindre le mouvement "artisans à poil"
"Je n'ai pas hésité longtemps ..." Charlène Penet est une femme en colère. Photographe à Chalindrey en Haute-Marne, près de Langres, elle a fermé sa boutique. Comme tout ce qui n'est pas essentiel. Mais pourtant, elle veut travailler : "mon entreprise, c'est ma vie. C'est mon gagne-pain. Je ne vais bientôt plus avoir de revenus." Alors elle a décidé de rejoindre le mouvement lancé par StudioArnography - sans hésitation effectivement - mais aussi par solidarité avec ses collègues photographes, artisans et commerçants.

C'est en voyant le mouvement grandir chaque jour un peu sur les réseaux sociaux qu'elle a décidé à son tour de prendre la pause. "Avant d'embarquer dans l'aventure d'autres commerçants du secteur", ajoute-t-elle. Pour le moment, une fleuriste et deux coiffeuses ont "osé" franchir le pas. "Oui, car il faut oser, ce n'est pas facile et tout le monde n'est pas à l'aise avec son image. Mais là, c'est vraiment pour la bonne cause."
 
 

Dénoncer avec humour

Ce n'est pas qu'un cri du coeur. Le message se veut certes percutant mais il y a aussi une grande part d'humour et de second degré. "Il faut bien dédramatiser, rire un peu de la situation car c'est tellement grotesque ! L'humour fait partie de la démarche" explique Charlène. 

Mais ce mouvement est surtout un véritable symbole. "Symbole que nous pouvons être plus forts que ce virus d'une part, mais surtout le symbole de la solidarité qui nous unit" écrit la photographe sur son compte facebook. "Il s'agit d'une campagne pleine de sens que je vous partage. N'hésitez pas à rejoindre le mouvement pour faire un max de bruit ! Je suis artisan, mais pas seule. Tous ensemble, nous vaincrons !"

Au-delà de la plaisanterie, il y a aussi une véritable envie de défendre le commerce local et de peser vraiment sur les décisions du gouvernement. Charlène veut que le message atteigne tous les consommateurs, pas seulement ses propres clients. "Je veux englober tout l'artisanat et tous les commerces. Il y a des milliers d'emploi en jeu." 
 

 

Des décisions qui n'ont pas de sens

Charlène prend son cas en exemple pour illustrer ce qu'elle appelle les incohérences du gouvernement. "Je dois fermer, je ne peux pas accueillir de clients dans mon magasin. Mais en revanche, j'ai le droit de me déplacer dans les entreprises ! J'ai la possibilité de faire des photos pour leur communication ou pour leur magazine d'entreprise. Où est la cohérence ? Et puis, vous savez, celui qui veut une photo d'identité, il peut se rendre dans un photomaton où il touchera la machine, le siège, le rideau, appuiera sur des boutons, le tout sans le moindre geste sanitaire ! Alors que chez moi, à chaque client, le matériel serait nettoyé, désinfecté et les gens pourraient prendre rendez-vous pour éviter tout contact. Vraiment, je ne comprends pas et je suis en colère."

Même chose chez sa collègue la coiffeuse. "Elle a passé tellement de temps à organiser son salon. Elle a acheté des plexiglass sur mesure, du matériel pour désinfecter, elle a tout adapté." C'est ce malaise qu'entendent faire partager Charlène et ses collègues. "On veut que d'autres nous rejoignent. Cela doit faire tache d'huile." Des artisans qui posent nus sur les réseaux sociaux, c'est vraiment la nouvelle tendance pour interpeller le gouvernement et les consommateurs. A travers la France, des dizaines voire des centaines de photographes, coiffeurs ou encore esthéticiennes ont partagé ces photos avec les mots clés #artisanapoil ou encore #moncoiffeurapoil. Une campagne délibérément provocante mais pas dénuée d'humour. 
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société crise économique économie