Haute-Marne : une productrice de foie gras à l'arrêt forcé en raison de la grippe aviaire

À Richebourg, près de Chaumont, Florie Devilliers a été frappée de plein fouet par l'épidémie de grippe aviaire. En raison des décrets d'abattage des élevages de volailles dans l'ouest de la France, plus aucun canard ne lui a été livré depuis trois mois. Son activité est au point mort et ça devrait durer.

Elle n'avait pas besoin de ça en ce moment. C'est en béquilles que Florie Devilliers se déplace dans sa ferme de Richebourg, près de Chaumont. La faute à un orteil fracturé le week-end dernier en nettoyant la salle de gavage de son exploitation. "C'est vraiment le pompon", résume-t-elle dans un sourire. Car depuis plusieurs mois, les mauvaises nouvelles ne cessent de s'accumuler pour la productrice de foie gras de canard.

À la fin de l'année dernière, les autorités sanitaires sonnent l'alerte à l'influenza aviaire, plus communément appelée grippe aviaire. Des élevages entiers de volailles doivent être abattus dans l'ouest de la France et notamment dans le secteur des Deux-Sèvres. C'est là que Florie Devilliers se fournit en jeunes canards. "Mon fournisseur travaille avec des éleveurs de canards de l'ouest de la France et il me livre les animaux quand ils ont douze semaines. C'est à partir de ce moment que je m'occupe de leur gavage pour produire mes foies gras. Mais à la fin de février, des mesures d'abattage de ces élevages ont été décidées et mon fournisseur m'a dit qu'il ne pourrait plus me livrer."

Depuis la mi-mars, Florie Devilliers n'a plus reçu le moindre volatile et son activité a donc été mise à l'arrêt. "Je reçois normalement chaque semaine un lot de 32 canards. Depuis mi-mars, j'aurais donc dû en recevoir près de 400 à gaver. C'est un tiers de ce que je reçois dans une année entière habituellement mais là je n'en ai reçu aucun."

Des stocks déjà au plus bas

Aujourd'hui, les stocks de la Ferme d'Orchamps sont au plus bas. "La moitié de ma gamme de produits est déjà en rupture. Il ne me reste qu'environ 15% de mon stock habituel à cette période de l'année. Je vais écouler tout ça petit à petit et après je n'aurai plus rien à vendre." D'ordinaire, la boutique est ouverte tous les mardis et jeudis et sur rendez-vous le samedi. Désormais, elle n'est plus ouverte que sur rendez-vous.


Pour les mêmes raisons, le laboratoire de transformation fonctionne au ralenti. Florie n'a plus fabriqué de boites de foie gras ou de confit depuis la mi-mars. "Je ne fais que plus quelques prestations de transformation dans mon laboratoire pour des éleveurs du secteur. Ça me permet de faire des terrines de porc par exemple". Une activité bien loin de la normale pour la productrice de 38 ans.

Pas de retour à la normale attendu avant plus d'un an

Cette situation est plus d'autant dramatique pour la productrice qu'aucune amélioration n'est envisageable à court terme. "Pour le moment, mon fournisseur m'a proposé un lot de canard cet été et un autre à l'automne. Ce serait des canards de quatre ou cinq semaines, il faudrait donc que je les nourrisse avant de pouvoir les gaver. En plus, les prix ont explosé... J'ai dû refuser. Et d'après lui, la situation ne devrait revenir à la normale qu'en septembre 2023."

Depuis le mois d'avril, Florie Devilliers travaille donc chez un agriculteur voisin dans son exploitation de maraîchage. "Je m'occupe de salades, de concombres... Ça fait du bien de travailler avec des collègues, ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Et puis ça permet de me changer les idées par rapport à ce qui m'arrive. Car pour mon activité, je ne suis pas vraiment optimiste. Si la crise se termine bien en septembre 2023, ça aura fait un an et demi sans activité... C'est vraiment long."


Son travail de maraîchage lui permet pour le moment de rembourser ses emprunts bancaires. À l'automne, elle envisage de trouver un autre travail à plus long terme. Elle attend également des réponses de l'administration pour lui venir en aide. "La Direction départementale des Territoires (DDT) continue d'étudier mon cas mais théoriquement, les indemnités pour la grippe aviaire sont réservées aux éleveurs en zone grippe aviaire, ce qui n'est pas mon cas. On me propose pour le moment un report de prêts bancaires, mais ça ne m'intéresse pas trop. En tout cas, on sent qu'ils sont à l'écoute. Je rencontre la Mutuelle Sociale Agricole cette semaine, le directeur de la Chambre d'Agriculture va venir me rendre visite à la ferme... Je trouve que l'Etat, les services vétérinaires sont bien solidaires, qu'il y a quelqu'un derrière."

Une petite pointe d'espoir dans ce parcours incertain jusqu'en septembre 2023. Florie Devilliers espère reprendre alors une activité qui la passionne ses débuts il y a 11 ans, à moins qu'une autre opportunité ne lui fasse changer de carrière. "On verra bien, en tous cas, il faudra bien tenir. Il n'y a pas le choix."