Incident du Rafale de Saint-Dizier en mars 2019 : par erreur le passager a tiré sur la poignée d’éjection selon le BEA-E

Le casque du passager retrouvé sur la piste et le passager avec son parachute de secours. / © Bureau enquêtes accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État
Le casque du passager retrouvé sur la piste et le passager avec son parachute de secours. / © Bureau enquêtes accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État

C’est bien une erreur du passager qui est à l’origine de son éjection, en mars 2019, lors d’un vol de démonstration à bord d’un Rafale sur la base de Saint-Dizier. Mais le rapport du Bureau enquêtes accidents pointe surtout des erreurs lors de la préparation de ce vol.

Par Charles-Henry Boudet

L’incident aurait pu être fatal. Le 20 mars 2019, lors d’un vol de démonstration, le passager civil d’un avion de chasse Rafale est éjecté pendant la montée de l’avion, quelques secondes après le décollage. L’incident a blessé légèrement ce passager qui a atterri avec le parachute de secours dans l’enceinte de la base tandis que le pilote a pu poser l’avion malgré la verrière éjectée. Le passager, un homme de 64 ans, avait été conduit aux urgences de Saint-Dizier.
 
 
Un avion de type Rafale / © Bureau enquêtes accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État
Un avion de type Rafale / © Bureau enquêtes accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État

Le rapport du Bureau enquêtes accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État, publié lundi 6 avril, pointe du doigt des erreurs lors de la préparation du vol. Le 20 mars 2019, la Base Aérienne de Saint-Dizier reçoit la visite de représentants d’une société d’armement. Il est proposé au directeur de cette compagnie d’effectuer un vol à bord d’un avion Rafale.
 

Une coûteuse erreur

Le matin, cet homme, âgé de 64 ans, passe une visite médicale et reçoit un briefing de sécurité avant de prendre place à bord de l’aéronef en temps que passager. Il est sanglé et porte un casque. Le rapport détaille d’ailleurs que les sangles ne sont pas suffisamment serrées. 

Lors du décollage, qui représente jusqu’à 3g (3 fois son poids), les sangles laissent le passager « flotter » dans son siège. Découvrant cette situation inconfortable, il décide de se tenir au siège et attrape la poignée d’éjection. Il tire sur cette dernière et la verrière de l’avion est éjectée ainsi que lui-même. Le pilote quant à lui déconnecte son éjection automatique et parvient à poser l’avion.
 
Le schéma du décollage et de l'accélération du Rafale / © Bureau enquêtes accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État
Le schéma du décollage et de l'accélération du Rafale / © Bureau enquêtes accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État


Un passager stressé

Les résultats du rapport d’enquête indiquent que le passager n’a pas vraiment été préparé à ce type de vol qui requiert quelques aptitudes physiques. Le document évoque un manque de préparation mentale du passager ainsi qu'un manquement dans les procédures de vérifications (les sangles, correctement serrées auraient pu empêcher l’homme de 64 ans de tirer sur la poignée d’éjection).

De plus, la visite médicale a émis une restriction pour le passager avec l'interdiction pour ce dernier d'effectuer des vols avec des accélérations de plus de 3g. Hors, le décollage a généré 3,7g d’accélération dans la phase de montée. Le passager n’était pas physiquement apte à une telle accélération et son stress a généré un besoin de se tenir avec la main à une partie de l’avion. C’est alors qu’il a saisi la poignée d’éjection située sur son siège.

 
Le siège du passager et la poignée d'éjection retrouvés sur la Base Aérienne de Saint-Dizier / © Bureau enquêtes accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État
Le siège du passager et la poignée d'éjection retrouvés sur la Base Aérienne de Saint-Dizier / © Bureau enquêtes accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État

Le BEA-E a pour mission d'expliquer les causes d'un incident pour éviter des accidents futurs mais ne peut pas prendre de sanctions. Ce premier rapport d'enquête ne formule donc que des préconisations dans le domaine de l'aviation. Concernant les visites médicales notamment, il recommande d'espacer de dix jours l'entretien avec le médecin et le vol. Deux autres enquêtes, judiciaires cette fois, sont encore en cours : l'une menée par le ministère des Armées, l'autre par la justice civile.
 

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