La télémédecine imaginée comme "une alternative de qualité" face à la pénurie de médecins

Dans le village de Louze (Haute-Marne) et ses 300 habitants, un cabinet de téléconsultation ouvrira ses portes au début du mois de juillet. Une opportunité attendue avec impatience par les habitants confrontés à la pénurie de médecins. Depuis 5 ans, le nombre d'actes de télémédecine ne cessent d'augmenter dans l'agglomération de Saint-Dizier.

A l'entrée de la mairie de ce petit village de Haute-Marne, cinq chaises installées contre le mur font office de salle d'attente. Au fond du couloir à droite, une salle a été entièrement aménagée avec du matériel médical : une table d'auscultation, un point d'eau et surtout une malette informatique de télémédecine. Virginie Arbez, l'infirmière, s'occupe de tout ou presque. C'est ce qu'elle explique à une petite dizaine d'habitants du village de Louze et des environs, venus découvrir ce nouveau cabinet de télémédecine.

"Ce sont des appareils qui sont directement connectés. Par exemple, l'otoscope qui permet d'ausculter les problèmes ORL, je le mets moi-même dans l'oreille du patient, mais c'est le médecin sur son ordinateur qui a le retour image. Ce n'est pas moi qui le vois, c'est le médecin directement. Le stéthoscope, c'est pareil, le médecin reçoit directement les sons des poumons ou du cœur. Il a un casque qui est connecté, c'est lui, en fonction de ce qu'il entend, qui dirige la consultation. Sur une piqure par exemple ou une plaie, j'ai une caméra à main, je la mets à l'endroit où se plaint le patient et c'est le médecin même qui prend l'image en fonction de ce qu'il veut voir plus rapide, plus proche, moins proche et puis moi je lui donne les dimensions par exemple, l'étendue de la rougeur. Et lui, il prend les photos, c'est lui même qu'à la main sur la prise de photos."

La prise de rendez-vous se fait par téléphone au 03 52 86 01 44 ou sur internet. La consultation se passe bien dans les locaux de la mairie de Louze mais le médecin lui se trouve dans l'agglomération troyenne dans le cabinet Omedys, un centre médical spécialisé dans les téléconsultations. Un procédé que Josiane Guilbaud attend d'expérimenter avec impatience. Pour cette habitante de Longeville-sur-la-Laines, à cinq kilomètres de Louze, trouver un médecin près de chez elle devient de plus en plus difficile.

"J'ai 61 ans et je commence à avoir quelques problèmes de santé. Mon médecin est dans l'Aube mais la dernière fois j'ai téléphoné et la secrétaire m'a dit « Madame, on ne prend que les urgences, le rendez-vous ce n'est pas avant 15 jours. » Je dis « Oui, mais moi j'ai mal à la jambe, je ne peux pas mettre ma jambe par terre et tout. ». Aller chez mon médecin à Brienne-le-Château, pour moi, c'est 50 km aller-retour, c'est beaucoup juste pour avoir une ordonnance pour des séances de kiné. Maintenant je viendrai ici à Louze, ce sera parfait."

De moins en moins de médecins

Elle envisage désormais de prendre rendez-vous avec Virginie Arbez dès que nécessaire et l'absence dans ce cabinet d'un médecin en chair et en os ne lui pose aucun problème. "Ça ne me gêne pas. Il y a les appareils, l'infirmière fait une photo avec le téléphone portable, ça va très bien. De toute façon, c'est juste pour les renouvellements d'ordonnance ou ce genre de choses. Parce que ne pas pouvoir voir de médecins rapidement, c'est une inquiétude présente. Mon mari, on vient de lui trouver du diabète aussi. C'est rassurant de pouvoir avoir un médecin, même par téléphone, dans la semaine."

Josiane vit dans le pays de Der depuis une cinquantaine d'années. À l'époque, il y avait cinq médecins rien qu'à Montier-en-Der, la principale ville du secteur. Récemment deux médecins sont partis à la retraite et il n'en reste aujourd'hui plus que deux en activité. Une situation de crise qui a poussé les élus du territoire à se mobiliser.

Il y a quinze mois, Christiane Welti, maire de Rives-Devoises (la commune nouvelle qui a réuni les villages de Louze, Longeville, Puellementier et Droyes) a créé avec d'autres élus et professionnels de santé une association pour trouver des solutions aux patients privés de médecin. Un travail qui a permis l'ouverture de ce premier cabinet de téléconsultation à Louze.

"Ça répond à un besoin rural parce qu'on a des habitants qui n'ont pas de médecin et qui renoncent à se soigner. Donc ce qu'on voulait c'était offrir une opportunité de rencontrer un médecin, même pour des choses bénignes, parce qu'on sait que la prévention compte énormément et que si cette prévention n'est pas faite, les gens ensuite développent des pathologies plus importantes. En fait, en milieu rural, on se rend compte que les gens ont une espérance de vie d'1,4 année inférieure aux urbains parce qu'ils n'ont pas cette qualité de prévention."


Bientôt des visites à domicile

Les élus du territoire se sont appuyés sur la CPTS, la Communauté professionnelle territoriale de santé de Saint-Dizier-Der-et-Blaise, une association de professionnels de santé qui a ouvert ses deux premiers cabinets de téléconsultation dans l'agglomération à Saint-Dizier en 2019. À l'époque, il était urgent d'innover face à une situation très préoccupante.

"Depuis 2017, on a perdu plus d'un tiers de l'effectif des médecins sur l'agglomération, estime Séverine Lagney, directrice de la CPTS. On avait 36 ou 37 médecins, et là, actuellement, on en est à 24 médecins, pas en équivalent temps pour 60 000 habitants. Donc ça fait un médecin pour plus de 2500 patients. C'est énorme !"

Au fil des années, la télémédecine s'est imposée dans le paysage. La pandémie du Covid a aussi, d'une certaine manière, banalisé ces consultations à distance et évacué certains réticences des patients attachés à leur médecin de campagne. Aujourd'hui, l'agglomération compte plusieurs cabinets de télémédecine à Saint-Dizier, Perthes et bientôt Eclaron et Villiers-en-Lieu.

"On va dire qu'à défaut d'installation de médecins, c'est une alternative qu'on veut de qualité, d'où les formules choisies qui sont des téléconsultations assistées. Le patient il n'est jamais tout seul face à la machine, il est accompagné tout au long de la téléconsultation. Surtout, les médecins encore présents sur le territoire sont associés à l'ouverture de ces cabinets de téléconsultation, tout se fait en collaboration. Tout le monde est dans dans le même bateau, il faut qu'on trouve des solutions ensemble et les médecins qui sont en place sont très contents qu'il y ait la télémédecine qui vienne en appui."

Depuis 2019, le volume de patients pris en charge ne cesse d'augmenter. "On était à plus de 5000 l'année dernière, ça fait le plus gros site de téléconsultation de France. Les télémédecins de Troyes avec qui nous travaillons, nous disaient qu'ils réalisaient 20.000 téléconsultations à l'année et il y en a plus de 5 000 qui sont faites chez nous."

Après cette ouverture du cabinet de Louze le 4 juillet prochain, la mairie de Droyes va engager des travaux dans ses locaux pour accueillir cet automne Virginie Arbez et sa malette de télémédecine. Le projet est d'ouvrir une dizaine de salles de consultation où l'infirmière pourra se rendre chaque semaine en fonction des besoins des patients.

Cette mallette portative pourrait également permettre à Virginie Arbez de se rendre au domicile de patients privés de moyens de locomotion et immobilisés par la maladie. Des visites à domicile qui pourraient changer la vie de nombreux habitants de ce désert médical.

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