Haute-Marne : leur maison risque de s'effondrer, ils sont forcés de partir « On est brisé, notre vie est finie » 

Depuis plusieurs années, Patrick et Nathalie voient leur maison familiale à Saints-Geosmes se couvrir de fissures. Ce lundi 8 juin, ils ont appris qu’ils allaient être expulsés début juillet du domicile, sans avoir de nouveau logement ni avoir fini de rembourser leur crédit. 

Installés depuis longtemps à Saints-Geosmes, Patrick et Nathalie n'ont ni l'envie ni les moyens de quitter leur foyer.
Installés depuis longtemps à Saints-Geosmes, Patrick et Nathalie n'ont ni l'envie ni les moyens de quitter leur foyer. © Document remis

Dans la grande maison familiale des Latouche, l’ambiance est morne. À Saints-Geosmes, au sud de Langres en Haute-Marne, on distingue facilement leur foyer : d’un côté à l’autre, la demeure est lézardée des fissures sur chaque mur. Ici, c’est chez Patrick et Nathalie. La soixantaine chacun, déjà grand-parents. Ce lundi 8 juin, ils apprennent par courrier qu’un arrêté de « péril ordinaire » a été émis par la communauté de communes du Grand Langres. Concrètement, ils devront quitter le logement pour lequel ils payent depuis 21 ans, en trois semaines à peine.

À l’origine, c’était pour leurs quatre enfants qu’ils avaient choisi l’endroit, en 2000. C’était spacieux, proche du travail de Nathalie au Leclerc de Saints-Geosmes. Patrick avait l’espace qu'il fallait pour y installer son atelier de menuiserie. Tout semblait idéal, alors ils achetèrent. Depuis 21 ans, ils remboursent ainsi chaque mois le crédit qu’ils ont contracté. 

En 2013, le tableau s’assombrit. Les premières fissures apparaissent au grand jour. Si elles restent minimes au début, le problème prend rapidement de l’ampleur avec les années. 


« Depuis 2013, on vit dans l’inquiétude »


Malgré l’attachement à leur foyer, les époux Latouche comprennent qu’ils devront partir. Problème : ils sont encore captifs de leur crédit immobilier, 8.200 euros qu’ils n’auront pas fini de payer avant 2022. Une situation impossible, pour Nathalie : « Depuis 2013, on vit dans l’inquiétude. On se renseigne partout, on a fait venir un expert et un avocat, mais on n'a droit à rien. Même pas à l’aide juridictionnelle pour payer l'avocat. »

Sur la façade du bâtiment, des dizaines de fissures sont modestement colmatées.
Sur la façade du bâtiment, des dizaines de fissures sont modestement colmatées. © Document remis


Pour elle et son mari, la nouvelle de l’expulsion imminente a été un choc très violent. « On est brisés, notre vie est finie, lâche-t-elle. On n'a même pas un mois pour vendre les meubles et le matériel de menuiserie de mon mari. » Au téléphone, la voix de Nathalie s’interrompt quand elle parle de Patrick, son époux. Dépassé par la situation, il vit durement les événements, au point de penser à en finir. 

Les perspectives d’avenir sont noires. A partir du 4 juillet, le couple Latouche devra avoir quitté son logement, au risque de payer une amende de 50 € par jour. S’ils préparent déjà leurs cartons, ils ne savent toujours pas où ils iront. Rester n’est pas une option : « La maison part en avant, tout bouge ici, raconte Nathalie. Les fissures sont partout, il y a des fenêtres qu’on ne peut plus ouvrir, le froid s’infiltre. Et puis, je ne suis pas sereine quand je garde mon petit-fils dans la maison. »


« Mes parents ont travaillé toute leur vie, et ils perdent tout »


Autour de leurs parents, la fratrie – trois frères et une sœur - s’est réunie. À 23 ans, Quentin Latouche essaye d’aider au mieux sa famille. « Partout, on se renvoie la faute, mais personne ne nous aide, s’indigne-t-il. Ni le maire de Saints-Geosmes, ni la communauté de commune du Grand Langres. » 
Initialement, la maison avait été construite il y a plus de 40 ans. Lorsque les premières fissures sont apparues, une expertise a été commanditée. C’est en lisant les résultats que la famille apprend que les fondations reposent sur un remblai, profond de quatre mètres, à l’origine des fissures. « Je trouve ça tellement injuste. Mes parents on travaillé toute leur vie pour devenir propriétaires, et ils perdent tout. »

Quentin Latouche, 23 ans, a quitté le domicile familial pour s'installer à Langres.
Quentin Latouche, 23 ans, a quitté le domicile familial pour s'installer à Langres. © Document remis


S’il précise qu’une offre de relogement leur a bien été proposée, à Langres, l’habitation est jugée trop petite pour le couple. «  Surtout, ils n’ont pas assez d’argent pour payer à la fois un loyer et continuer de rembourser leur crédit. Et puis ma mère travaille dans le village et n’a pas de permis, elle aurait dû quitter son emploi. » 

Pour le maire de Saints-Geosmes, la situation a pris des proportions hors normes. « Je me suis assuré les services d’une avocate qui suit ce dossier, très technique. » À l’époque de la vente, assurée par un prédécesseur à la mairie, le terrain était bien conforme estime l'édile. C’est par la suite que la situation s’est aggravée. « Avec l’assurance qui juge qu’elle n’a pas à rembourser, c'est vers la commune que se tourne la famille. Pourtant, c'est un dossier qui est géré par la communauté de commune du Grand Langres, c'est eux qui sont en charge du dossier.»  Il assure par ailleurs avoir été très affecté par la situation : « Je vous assure que prendre une décision pareille n’est pas simple au plan humain. Mais en tant qu’élus, à Saints-Geosmes ou au Grand Langres, c'est nous qui sommes responsables s’il leur arrive quelque chose. »

Pour essayer d'aider leurs parents, les enfants ont depuis quelques jours mis en ligne une cagnotte Leetchi, afin que chacun puisse donner pour aider leurs parents. En date du 11 juin au soir, 3.496 € ont été collectés. 

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