Le confinement vu par le judoka Axel Clerget : "Je simule des combats tout seul sur le parking du bowling"

Célébrité ou anonyme, aucun Français n’échappe au confinement lié au coronavirus. Mais comment les personnalités originaires de Champagne-Ardenne vivent-elles cette période particulière ? Ce nouvel épisode (très musclé) vous emmène en confinement chez le judoka haut-marnais Axel Clerget.

Axel Clerget, médaillé de bronze aux Mondiaux 2019 de judo, à Tokyo.
Axel Clerget, médaillé de bronze aux Mondiaux 2019 de judo, à Tokyo. © Kimimasa Mayama / MaxPPP
Tirer parti de la force de son concurrent. Tel est l'un des principes sur lesquels repose le judo. Médaillé de bronze aux Mondiaux 2019 de Tokyo, le Haut-Marnais Axel Clerget en sait quelque chose. Depuis quelques semaines, il affronte un adversaire inédit, un adversaire qui ne porte pas le kimono, mais un adversaire redoutable : le confinement. Pour le judoka originaire de Saint-Dizier, peu importe. Il applique les préceptes de son art martial : il fera de ce confinement "une opportunité". Celle de revenir "plus fort", "plus puissant", "plus endurant", malgré le choc du report des Jeux olympiques, et en dépit d'un matériel très sommaire, loin des conditions d'entraînement de l'Insep. Du parking du bowling au modeste garage du voisin, entre débrouille et abnégation, Axel Clerget, 33 ans, se mue en Rocky bragard. Dans ses mots toujours simples, cela donne ceci : "Je m'adapte."


France 3 Champagne-Ardenne : Où et avec qui êtes-vous confiné?

Axel Clerget : Chez moi, en région parisienne, à Fontenay-sous-Bois. J’habite à côté de l’Insep, ce qui me permet de m’entraîner plus facilement toute l’année. Je suis avec ma femme et mon fils, qui a vingt mois. Ça se passe super bien, cela nous fait du bien. D'habitude, je passe beaucoup de temps en déplacement. En judo, quand on fait partie des trente meilleurs mondiaux, c’est un peu comme pour les tennismen et le circuit ATP : on fait beaucoup de stages, on est toujours à droite, à gauche, on se rencontre toujours à tel ou tel endroit, on est toujours en voyage... Le confinement permet de se poser un peu.

Comment un judoka fait-il pour s’entraîner en confinement ? Contrairement à d’autres sportifs, comme les athlètes, vous avez besoin d’un adversaire pour vous exercer.

C’est compliqué ! Toute la partie liée au combat, on ne peut pas la faire. Toutes les choses qui tournent autour de l’adversité, de la répétition et de l’automatisation des gestes sont impossibles à travailler. Le combat est ce qui nous amuse le plus, donc la notion de plaisir n’est plus là. Malheureusement, je ne fais que du “physique” pour le moment. Avant, chaque semaine, je faisais deux séances de cardio’ et deux séances de muscu’. En confinement, je suis passé à deux séances par jour : une de cardio’, une de muscu’. Parfois même trois séances, pour rééquilibrer mon corps : il faut savoir que je suis aussi kiné et que je reviens de blessure, d'une pubalgie, donc je fais des séances de renforcement très poussées.

Je sens que je suis en train de repousser mes limites. Depuis quelques jours, je me sens plus puissant.


Vous donnez l’impression de travailler encore davantage. Finalement, le confinement semble représenter une opportunité pour vous.

Bien sûr ! C’est le propre du sport de haut niveau : s’adapter, tirer le meilleur de chaque situation. Ce confinement va me permettre de passer un cap physiquement. Le cardio’, c’est important en combat. Si ton coeur explose, tu perds en lucidité et tu prends les mauvaises décisions. En période d’entraînement normale, on manque de temps pour travailler l’endurance. On a des courbatures, des petites lésions, de la fatigue musculaire… Il ne faut pas trop forcer, car le corps peut péter en combat. Là, comme on n’a plus de combat, on a le temps. Je sens que je suis en train de repousser mes limites. Depuis quelques jours, je me sens plus puissant. Lundi matin, par exemple, j’ai passé un test sur mon rameur, et j’ai explosé mon record. C’est vraiment intéressant !
 

Vous êtes l’un des rares sportifs ayant reconnu publiquement que le report des Jeux olympiques vous affectait moralement. Comment avez-vous vécu les jours qui ont suivi l’annonce ?

Ce n’était pas facile. Pendant quatre jours, j’ai tout coupé, je ne me suis pas entraîné, je n’ai rien fait. C’était une grosse déception.  Cela a été difficile à encaisser. Je n’ai pas eu peur de le dire, c’était important. Nous, les sportifs, nous ne sommes pas que des machines, nous sommes des êtres humains. Certes, en compétition, nous évitons de filtrer nos émotions, mais il faut lutter contre cette image de super-héros, contre cette idée selon laquelle nous ne ressentons rien. On nous a créé cette carapace. Beaucoup de sportifs m’ont dit la même chose, mais ils n’osent pas le faire publiquement, pour ne pas dévoiler leurs sentiments. Personnellement, j’étais vraiment prêt pour cet été, je montais en puissance. Un travail énorme avait été accompli par mon staff de quinze personnes dans une seule direction : le 29 juillet 2020 (date de l’épreuve de judo initialement prévue pour les Jeux olympiques ndlr). Cela représente des tas de réunions, des tas de sacrifices. C’est difficile, parce que je ne sais pas quel sera mon état l’année prochaine.

Justement, le grand public a parfois du mal à cerner concrètement ce que représentent ces “sacrifices”. Quels sont-ils?

Cette année, par exemple, j’étais vraiment monté d’un cran dans mon investissement au niveau du sommeil et de l’alimentation. Ce sont des efforts que l’on accepte quand on a un objectif en vue. Repousser la date, c’est dur à accepter. Et surtout, il y a tous les projets personnels. Pour ma femme, c’est difficile à vivre quand je pars quatre à cinq mois dans l’année. D’autant que les deux ans qui précèdent les Jeux olympiques sont d’une très haute intensité. C’est épuisant. On a beaucoup de pression, beaucoup de sollicitations des médias… On n’a plus beaucoup de bulles d’air, on n’a plus de temps à consacrer à la famille. En général, les sportifs prennent ensuite un ou deux ans pour souffler. Mais là, on repart pour une année de sacrifices en plus ! Ma femme ne s’y attendait pas.
 

Vous avez publié quelques vidéos de vos entraînements à domicile. Tout a l’air très rudimentaire, façon “commando” ! Comment vous êtes-vous adapté ?

Lors du premier week-end du confinement, juste avant la fermeture de l’Insep, je me suis dit : “Ouh là là ! Il faut que je récupère du matériel, ça risque de durer !” D’autant qu’à ce moment-là, il y avait encore les Jeux olympiques. J’ai pris ce qu’il y avait à notre disposition : 200 kilos de poids, un banc couché, un banc de tirage, un rameur, etc. Je loue un garage juste en face de chez moi. Il n’y a même pas d’électricité, même pas de lumière (rires) ! C’est le strict minimum. Mes voisins me prennent pour un taré, ils entendent le bruit des poids ! Pour ce qui est du judo pur, je me fais des séances “dans le vide”, je simule des combats tout seul sur le parking du bowling à côté de chez moi ! Les boxeurs appellent cela du “shadow boxing”. En judo, on dit “tandoku-renshu”. Je répète mes gammes. Je reproduis certains mouvements. Je suis dans la visualisation mentale. Les gens me prennent pour un fou (rires) ! C’est intrigant ! Il y a des regards bizarres !

À présent, quels sont vos objectifs ? Comment abordez-vous les prochains mois ?

C'est reparti ! Il m’a fallu quelques jours pour digérer le report des Jeux olympiques, mais il n’y a pas de souci ! Mon staff et moi allons rajuster les curseurs. L’objectif ne se situe plus dans cinq mois, mais dans quinze mois. C’est différent. Il faut se réaxer, s’organiser, se recentrer sur ses motivations. On attend maintenant des nouvelles de la fédération internationale, qui va sortir le planning de l’année.
 

Quelle est la première chose que vous ferez à la fin du confinement?

Un bon restau. C’est ce qui me manque le plus. Aller boire un coup avec des potes, revoir ses amis, discuter, rigoler… Même si l’on s’appelle, ce n’est pas pareil. Ce sont des choses simples. En plus, cela permettra de donner un coup de main aux restaurateurs !
 

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