J'aime les chats mais je suis allergique : les conseils d'un spécialiste

Quand on aime les chats, vouloir en adopter paraît tout à fait logique. Mais parfois l'adoption est remise en question en cas d'allergies. Comment réagir ? Est-il possible de trouver des solutions ? Un allergologue nous donne ses conseils.

Adopter un animal de compagnie est un bonheur qui peut parfois virer au cauchemar en cas de déclenchements de symptômes allergiques. Que l'on souhaite adopter un chat ou que l'animal soit déjà présent dans le foyer, des solutions existent pour se prémunir et atténuer les crises. Entre mise en place de gestes simples et traitements médicaux, Jean-François Fontaine, allergologue à Reims, nous livre ses astuces pour mieux cohabiter avec nos affectueuses boules de poils.

D'où proviennent les allergies au chat ?

Les allergies aux animaux touchent 3 à 4% de la population française. En termes de fréquence, c'est la troisième allergie après les acariens et les pollens.

Chez le chat, l'allergène principal, celui qui pose problème, est une protéine dénommée Fel d 1. Cette protéine est présente dans le sébum et dans la salive. Elle se dépose notamment sur le pelage et les poils lorsque l'animal fait sa toilette. La protéine est véhiculée dans l'atmosphère par des particules très fines (2,5 microns) et très volatiles qui peuvent donc se faufiler partout très facilement, y compris profondément dans les voies respiratoires humaines.

Pourquoi réagit-on ?

Le mécanisme de l'allergie fonctionne en deux temps. Pour commencer, le corps va être confronté une première fois à la substance allergisante, c'est la phase dite de "sensibilisation" encore asymptomatique. À ce moment-là, l'organisme découvre un allergène de l'environnement qu'il considère comme dangereux pour lui. Le système immunitaire va donc déclencher la production d’immunoglobulines (ou IgE), des défenses qui sauront désormais reconnaître et réagir à la substance considérée comme nocive. La fabrication des IgE est progressive, ce qui explique qu'on peut ne pas être allergique au chat à un moment donné et le devenir progressivement plus tard.

Après cette première confrontation vient la seconde phase dite de réaction allergique. L'organisme est désormais sensibilisé à l'allergène. Au moindre contact, les IgE déclenchent la libération par les cellules de l'organisme de l'histamine et de substances inflammatoires au niveau des yeux et du nez notamment. Les symptômes se présentent alors : toux, asthme, rhinite, démangeaisons...

Quelques conseils avant l'adoption d'un chat

Les allergologues sont régulièrement sollicités par les patients pour savoir s'ils peuvent adopter un chat ou pas. Dans tous les cas, une réflexion s'impose. Avant d'adopter un chat, il est important de se questionner sur son propre état de santé. Il existe trois cas de figure : 

  • Vous n'êtes pas allergique et n'avez pas de terrain allergique connu.
    L'adoption ne devrait poser aucune difficulté particulière. Il est toutefois nécessaire de prévoir le cas de figure où une allergie méconnue se déclarerait et qu'aucun traitement ne serait suffisamment efficace pour pallier la gêne. Il faut donc penser à une solution pour replacer le chat. N'oublions pas que s'il est dur pour vous de vous séparer de votre chat, le chat lui aussi souffre de la situation et de l'abandon.

  • Vous avez un terrain allergique.
    Vous n'êtes pas gêné par le chat mais vous présentez une ou plusieurs autres allergies. Il existe donc la possibilité de développer un jour une réaction au félidé. Le risque est à prendre en considération lors de l'adoption. Notre allergologue Jean-François Fontaine conseille de bien réfléchir, le mieux selon lui étant de ne pas adopter l'animal. Néanmoins, si vous avez un terrain allergique, mais que vous n'êtes pas très gêné par le chat, et qu'il y a une vraie nécessité d'adopter (pour des raisons affectives notamment), il est possible d'accueillir un félin, mais il faut que la décision soit bien réfléchie et que des précautions soient prises. Encore une fois, si l'allergie devient trop insupportable, il est impératif de prévoir une solution de replacement du chat.
  • Vous êtes allergique au chat.
    Vous avez déjà développé des défenses contre la protéine Fel d 1 et présentez des symptômes lors de vos contacts avec l'animal. Dans ce cas, le risque est élevé d'éprouver une gêne quotidienne ou à la longue, accompagnée d'une aggravation progressive des symptômes. Si vous êtes allergiques, mais que vous aimez les animaux, il faudra malheureusement se contenter de contacts ponctuels avec les félidés tout en prenant des traitements en prévention des symptômes qui ne manqueront pas de se manifester. Si cette solution ne vous convient pas, il est possible d'envisager une désensibilisation, sans garantie de résultats.

Sachez que contrairement aux idées reçues, il n'existe pas réellement de races de chats totalement hypoallergéniques. Certaines produiraient plus ou moins d'allergènes, mais quoi qu'il en soit toutes fabriquent la protéine Fel d 1. Par ailleurs, le taux de protéines sécrétées varie d'un chat à un autre, quels que soient la race, le sexe ou la castration. Pour Jean-François Fontaine, allergologue à Reims, il n'est donc pas possible d'affirmer qu'une race en particulier permettrait d'éviter les réactions allergiques.

Si l'allergie se déclare alors que l'animal vit déjà chez vous

Le chat est là depuis quelques semaines, quelques mois ou quelques années. Vous l'aimez, vous le chouchoutez et il vous le rend bien. Malheureusement les premiers symptômes se déclarent, alors que faire ? Il existe deux solutions pour traiter vos allergies.

"Allez mes humains, on va trouver une solution pour que je reste avec vous et que vos allergies soient moins pénibles !"

Dans un premier temps, il est possible de traiter les symptômes par la prise de médicaments antihistaminiques et d'inhalations pour les bronches. Ce traitement est prescrit par un médecin. Jean-François Fontaine conseille d'accompagner la médication par des précautions particulières pour réduire la gêne au maximum. Il est donc recommandé d'aérer le logement, de ne pas laisser le chat accéder à la chambre à coucher, d'aspirer régulièrement les surfaces avec un aspirateur comportant un filtre à air contre les particules aériennes (HEPA), et de laver régulièrement les tissus et surfaces. Pensez également à vous laver les mains après avoir touché votre animal et nettoyez régulièrement la litière.

Il est parfois préconisé de laver son chat pour se débarrasser des allergènes. Sur ce point, Jean-François Fontaine reste sceptique. Le lavage diminuerait ponctuellement le taux le Fel d 1 sur le pelage, mais pour une durée maximale de 24 heures. Et pas sûr que le chat apprécie l'opération...

À noter également qu'il arrive parfois que l'organisme s'habitue au chat à force de le côtoyer, les réactions allergiques disparaissent alors en partie ou totalement. Ce phénomène est encore mal connu. Selon Jean-François Fontaine, il pourrait s'agir d'un processus de désensibilisation naturel, mais selon lui "ce n'est pas le cas le plus courant. Souvent, quand on cherche un peu, les personnes disent que ça s'est atténué, mais en fait ce sont des gens qui se sont habitués à leurs symptômes".

Des innovations voient le jour dans le domaine de l'allergie aux chats. Depuis 2020, une nouvelle solution pour améliorer la vie des personnes allergiques a vu le jour. La marque Purina a mis sur le marché les premières croquettes qui réduisent les allergènes du chat. Le principe est simple : les croquettes contiennent des protéines à base de jaune d'œufs qui neutralisent l'allergène Fel d 1.

Par ailleurs, en 2019, des essais de vaccination de chats ont été menés pour diminuer la sécrétion de la protéine Fel d 1 par les animaux. Ce vaccin, nommé Hypocat et créé par des chercheurs suisses, devait être commercialisé en 2022. Son efficacité reste à prouver tandis que la question de l'injection d'un tel produit qui immunise le chat contre lui-même alors qu'il n'est pas malade pose de réelles questions éthiques.

La désensibilisation au chat

Seconde solution pour vous débarrasser de vos allergies : la désensibilisation. Cette option qui table sur le long terme consiste à essayer de réhabituer l'organisme en l'exposant progressivement à des extraits naturels dérivés des allergènes du chat. C'est un processus long qui nécessite trois ans de traitement. Mieux vaut donc être sûr de soi avant d'entreprendre la démarche. La désensibilisation n'est pas conseillée pour les personnes qui ne souffrent que ponctuellement de symptômes gênants.

La désensibilisation au chat par voie injectable, qui était jadis la plus pratiquée, n'existe plus. Notamment suite à des problèmes de production et en raison des effets plus ou moins indésirables qu'elle pouvait provoquer. Désormais, c'est la désensibilisation sublinguale qui est administrée. Des doses de liquide sont mises chaque jour sous la langue. L'efficacité ou l'inefficacité du traitement peuvent être évaluées au bout d'un an. Aucun effet indésirable important n'est à redouter.

Opter pour un autre animal de compagnie ?

Face à une allergie au chat qui pose de nombreux questionnements sur l'adoption, il n'est pas exclu que vous vous tourniez vers un autre animal de compagnie pour plus de simplicité. Sur ce point, Jean-François Fontaine nous rassure : "on peut être allergique au chat mais pas au chien, ce n'est pas forcément lié". Toutefois, la vigilance est de mise puisqu'il existe des allergies croisées, notamment entre le chat et le lapin, car les protéines générées par ces animaux se ressemblent. Sachez également que les rongeurs (rats, souris, hamsters...) sont réputés très allergisants. Rien ne certifie donc qu'aucune allergie ne se déclenchera. Le mieux est d'aller se faire tester chez un allergologue et d'adopter l'animal en toute responsabilité, en prévoyant une solution de secours et en faisant preuve de bon sens.

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