La Sarre et l'Allemagne à la recherche d'un nouveau chancelier après le long règne de Merkel

Dimanche 26 septembre, les électeurs allemands vont élire leurs députés au Bundestag. Des élections qui vont permettre de choisir le successeur d'Angela Merkel qui après 16 ans au pouvoir ne se représente pas. Dans les derniers sondages, Olaf Scholz du SPD arrive de peu en tête mais rien n'est joué.

Qui va succéder à Angela Merkel au pouvoir depuis 16 ans et qui achève son quatrième mandat? Olaf Scholz du SPD l'actuel ministre des Finances, Armin Laschet ministre-président CDU de Rhénanie-du-Nord-Westphalie ou Annalena Baerbock la candidate des Verts? A 3 jours du scrutin le dimanche 26 septembre 2021, les deux premiers sont au coude à coude dans les sondages avec un léger avantage pour le candidat du SPD Olaf Scholz, réputé pour son sérieux mais souvent caricaturé pour son style ennuyeux. Daniel Kirch chef du service politique à la Saarbrücker Zeitung qui suit la campagne électorale jour après jour explique pourquoi cette élection trouve un grand écho dans son pays: " Il y a un grand intérêt pour ce scrutin au sein de la population même si la majorité des gens ont trouvé la campagne ennuyeuse. Laschet et Scholz manquent de charisme et même au sein de leurs propres partis n'enthousiasment pas les foules. La faiblesse du candidat de la CDU Armin Laschet donne un espoir de victoire à Olaf Scholz son rival des sociaux-démocrates. 

Les jeunes électeurs n'ont jamais connu un autre dirigeant que Merkel. Daniel Kirch du Saarbrücker Zeitung

Les jeunes électeurs n'ont jamais connu un autre dirigeant que Merkel. Le changement qui se prépare est vraiment énorme." De toute façon, les allemands n'ont pas le choix, ils doivent se prononcer sur l'homme ou la femme qui aura la lourde tâche de succéder à Angela Merkel à la tête du pays depuis 2005. C'est en cela et aussi parce que le résultat est indécis que l'élection de dimanche prochain captive l'Allemagne comme le raconte un autre éminent observateur de la vie politique Michael Thieser de la radio-télévision sarroise: 

C'est l'élection la plus passionnante en Allemagne depuis longtemps. Michael Thieser, de la radio-télévision sarroise

"C'est l'élection la plus passionnante en Allemagne depuis longtemps car après 16 ans d'Angela Merkel, une ère se termine et une nouvelle commence. L'intérêt des citoyens pour cette élection est très élevé mais la discussion porte principalement sur les candidats et moins sur le contenu".

 

Un mode de scrutin complexe

Les électeurs allemands sont appelés aux urnes dimanche 26 septembre pour élire leurs députés au Bundestag l'équivalent de l'assemblée nationale. Mais contrairement à la France, le chancelier allemand n'est pas élu au suffrage universel direct. D'ailleurs dimanche, les électeurs d'Outre-Rhin ne vont pas voter pour Olaf Scholz, Armin Laschet ou Annalena Baerbock mais vont avoir leur disposition deux voix. La première permet d’élire un député de la circonscription où habite l’électeur. La seconde voix est pour le parti politique, c’est d’ailleurs ce vote qui est le plus important. Il détermine la composition finale du Bundestag au scrutin proportionnel. C'est en général le chef de file du parti arrivé en tête qui est chargé de constituer un gouvernement. "Il faudra probablement trois partis pour former une coalition" explique Michael Thieser de la radio- télévision sarroise "c'est nouveau en Allemagne et cela ne facilite pas les choses car une fragmentation du parlement peut rendre de plus en plus difficile la prise de décisions importantes. Ce n'est pas bon pour la politique car le monde change rapidement et le successeur d'Angela Merkel devra relancer l'Europe avec la France le partenaire le plus important. Il y aura un nouveau couple franco-allemand et on ne peut qu'espérer que cela fonctionne". 

 

Une élection scrutée à la loupe en Moselle

De l'autre côté de la frontière en Moselle, les acteurs du transfrontalier suivent avec beaucoup d'attention ce qui se passe en Allemagne comme le président de l'Eurodistrict SaarMoselle Gilbert Schuh. «Dans le gouvernement d’Angela Merkel on avait trois ministres sarrois Annegret-Kramp-Karrenbauer, Peter Altmaier et Heiko Maas.

Je souhaite que les sarrois soient toujours bien représentés à Berlin car c’est plus facile de faire avancer les dossiers transfrontaliers. Gilbert Schuh, président de l'Eurodistrict SaarMoselle

Je souhaite que les sarrois soient toujours bien représentés à Berlin car c’est plus facile de faire avancer les dossiers transfrontaliers. L’après-Merkel est là. Même si je ne connais pas personnellement les deux canddidats qui peuvent devenir chancelier Armin Laschet de la CDU ou Olaf Scholz du SPD je n’ai pas de grandes craintes sur l’avenir des relations franco-allemandes car notre amitié a des racines profondes.» Autre observateur attentif le député de Forbach Christophe Arend (LREM) président de l'assemblée parlementaire franco-allemande: "Evidemment je ne vais pas m'immiscer dans les affaires intérieures allemandes même si j'ai beaucoup d'amis en Sarre à la CDU et beaucoup d'amis également au SPD. Au niveau de l'assemblée parlementaire franco-allemande, les dossiers sont suspendus en attendant le vote allemand et notamment la question de la double imposition du chômage partiel pour les frontaliers. J'observe en tout cas dans cette campagne qu'il y a cette fois-ci davantage de personnalisation des candidats." Autre nouveauté, en raison de la pandémie 50% des électeurs voteront par correspondance. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trois questions à François Laval, politologue et Directeur du campus franco-allemand à Sciences Po Nancy

François Laval, avec un peu de recul que faut-il retenir des 16 années de règne d'Angela Merkel? 

Cette grande longévité, plus grande que les 14 ans du Chancelier Konrad Adenauer mais identique aux 16 ans du Chancelier Kohl, lui aura permis d'être le symbole de la puissance économique retrouvée de l'Allemagne (après avoir digéré le coût de la réunification et de ne plus être traitée "d'Homme malade de l'Europe") et du rôle politique incontournable tant au sein de l'Union européenne où rien ne s'est fait sans son accord. Elle a permis de sortir de l'impasse du non français au traité constitutionnel en 2005 avec la signature du traité de Lisbonne en 2007, elle a fait prévaloir l'intérêt de l'Allemagne tout en préservant l'UE lors de la crise des dettes souveraines en 2009-2010, ou des migrants et réfugiés en 2011 après le Printemps Arabe). Au plan international, elle a été classée durant 14 ans la femme la plus puissante du monde par le magazine Forbes, et les "grands de ce monde" l'appelaient en priorité pour connaître la position de l'UE sur tel ou tel dossier. Une phrase qui résume le mieux son mode de gouvernance est "Wir schaffen das" (nous y arriverons).

Que ce soit Olaf Scholz le candidat du SPD ou Armin Laschet celui de la CDU aucun ne dégage beaucoup de charisme. On a l'impression que les allemands vont choisir un Chancelier par défaut. Est-ce aussi votre point de vue? 

Ce constat est exagéré, car c'est qui se disait en 1998 quand le Ministre Président de Basse Saxe Gerhard Schröder a battu Helmut Kohl aux législatives de 1998... ou lorsque la "gamine" (comme l'appelait Kohl) Angela Merkel a battu Gerhard Schröder en 2005. Le logiciel politique des allemands est différent de celui des français ("monarcho- papistes" avec le symbole de l'élection présidentielle présentée comme la "rencontre" d'un Homme ou d'une Femme avec le Peuple), traumatisés par les 12 ans de nazisme et le charisme du chancelier puis Führer Adolf Hitler. Ce qui plaisaient à une majorité d'allemands en Angela Merkel, c'était son caractère "normal" d'une femme vivant dans son appartement berlinois, faisant ses courses dans le supermarché du coin, fêtant son anniversaire avec ses militants avec bière et saucisse. Ils vont donc choisir un chancelier sérieux qui va continuer à assurer la place de l'Allemagne et qui sera capable de faire face aux dangers de demain (changement climatique, pandémies, vieillissement de la population ....) 

Quel serait le meilleur choix pour la France? Scholz ou Laschet? 

Le meilleur choix serait une Grande Coalition CDU/ SPD, avec un chancelier poursuivant la politique européenne sans être soumis à la pression d'alliés moins pro- européens (comme le FDP ou Die Linke). Un petit avantage dans la relation franco-allemande pour Armin Laschet, né à Aix la Chapelle et Ministre Président de la Rhénanie Nord Westphalie... donc un "ouest- allemand" comme Helmut Kohl (Ministre- Président de Rhénanie- Palatinat)

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