Des enseignants contractuels de Lorraine dénoncent des retards de salaires, "cela peut mener à des situations gravissimes"

Dans l'académie de Nancy-Metz, des enseignants contractuels se plaignent de n'avoir été que partiellement payés ou même de ne pas avoir touché un seul euro en septembre. Le phénomène n'est pas nouveau, mais semble prendre de l'ampleur en ce début d'année scolaire 2023-2024.

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Le SNES-FSU de Lorraine a décidé de monter au créneau sur la problématique des professeurs contractuels qui sont rémunérés de façon irrégulière ou qui pour certains n'ont pas encore perçu de salaire depuis le début de l'année scolaire. Le phénomène n'est pas nouveau, mais tend à prendre de l'ampleur en cette rentrée 2023. Sur les 1500 enseignants contractuels de l'académie, le syndicat estime qu'un grand nombre de ces salariés n'ont pas touché leur rémunération normale, mais une avance de l'ordre de 80% du salaire de base, hors primes et sans prendre en compte les heures supplémentaires.  

Cette année, certains collègues n'ont pas touché un seul centime depuis la rentrée. Au 10 octobre, une dizaine de personnes était dans ce cas

Bruno Henry du SNES-FSU

"Cela vient en partie du fait que le rectorat leur a proposé un nouveau type de contrat ", explique Bruno Henry secrétaire académique du SNES-FSU. "Des contrats pour faire du remplacement et fin septembre, on leur a dit, on ne peut pas vous payer intégralement, on va vous donner une avance sur salaire. D'autre part, cette année, certains collègues n'ont pas touché un seul centime depuis la rentrée. Au 10 octobre, une dizaine de personnes était dans ce cas, il est même déjà trop tard pour toucher un acompte en octobre", explique Bruno Henry.

Colère et incompréhension

Des enseignants contractuels souvent désemparés face à cette situation très inconfortable et comme ils sont souvent isolés dans les établissements où ils travaillent, leurs voix se font rarement entendre.

Depuis trois ans, celui que nous baptiserons Julien est justement enseignant contractuel de l'Éducation nationale dans l'académie de Nancy-Metz. Il travaille dans un collège de Moselle. La première année, tout s'est bien passé, son salaire tombait normalement à la fin du mois, mais depuis deux ans maintenant, c'est un peu la loterie. "Un mois on vous verse 300 euros, le mois d'après 400 euros sous forme d'acompte, puis ensuite on vous régularise avec une grosse somme de 3 000 euros. Sans aucune fiche de paie qui justifie ces sommes, simplement une ligne où c'est marqué "acompte" ou "montant dû", aucun détail, aucune information."

C'est de la colère. Vous vous levez tôt le matin pour aller travailler, vous mettez de l'essence dans votre voiture et vous n'êtes pas payés normalement. Je trouve ça inadmissible. Ce serait une entreprise en redressement judiciaire, je pourrais comprendre mais là c'est l'Éducation nationale."

Julien, enseignant contractuel

Pour ce mois de septembre 2023, Julien nous a confié avoir perçu 70% de son salaire, sans aucune justification. "C'est de la colère. Vous vous levez tôt le matin pour aller travailler, vous mettez de l'essence dans votre voiture et vous n'avez pas votre salaire complet à la fin du mois. Heureusement que moi, j'ai un peu d'épargne pour renflouer mon compte courant lorsque je ne perçois pas grand-chose, mais comment font ceux qui ne sont pas dans ce cas-là, cela peut mener à des situations gravissimes. Je trouve ça inadmissible. Ce serait une entreprise en redressement judiciaire, je pourrais comprendre, mais là, c'est l'Éducation nationale". Et cet enseignant contractuel de rappeler toutes les conséquences que ces dysfonctionnements ont dans la vie quotidienne, que ce soit pour régler les factures ou tout simplement payer son loyer ou son crédit immobilier en temps et en heure. 

Des aides d'urgences réclamées par le SNES-FSU

Le SNES-FSU demande des aides d'urgence. "Que de l'argent soit versé aux collègues qui n'ont rien reçu", s'insurge Bruno Henry "ou pour ceux qui ont perçu des avances très insuffisantes de l'ordre de 350 euros par exemple". 

Les contractuels ayant fait l’objet d’une nouvelle prise en charge financière (nouveau contrat ou changement dans le contrat) ne peuvent techniquement recevoir leur premier traitement que sur la paye d’octobre. Le calendrier académique paye prévoit toutefois des trains d’acompte intermédiaire pour permettre à ces agents de percevoir un acompte dans les meilleurs délais."

Sandra Reimberger, Directrice de la communication du rectorat de Nancy-Metz

Le rectorat, par la voix de sa directrice de la communication Sandra Reimberger, nous a fait savoir que "les contractuels ayant fait l’objet d’une nouvelle prise en charge financière (nouveau contrat ou changement dans le contrat) ne peuvent techniquement recevoir leur premier traitement que sur la paye d’octobre".

Selon les services du rectorat, "le calendrier académique paye prévoit toutefois des trains d’acompte intermédiaire pour permettre à ces agents de percevoir un acompte dans les meilleurs délais. Ainsi, les contractuels recrutés pour l’année 2023-2024 ont fait l’objet d’un acompte minimal de 1444 euros parti le 19 septembre avec une date de versement le 29 septembre. Quelques contractuels ont encore une prise en charge incomplète à ce jour du fait de pièces financières ou du contrat signé en attente".

La directrice de la communication ajoute que dans ce dernier cas de figure, ces contractuels seront accompagnés si besoin par les services des personnels du rectorat, en cas de difficulté financière engendrée par ces retards.