Inondations en Lorraine : assurances ou État, qui va payer ?

Après les inondations qui ont touché le nord de la Lorraine, entre le 14 et le 15 juillet, l'heure est au premier bilan matériel. Les dégâts sont, par endroit, considérables. Qui va payer la facture ?
Au plus fort des intempéries, l'eau est montée jusqu'à 60cm dans le centre-ville.
Au plus fort des intempéries, l'eau est montée jusqu'à 60cm dans le centre-ville. © Crédits : Caroline Percheron

Après les inondations qui ont touché le nord de la Lorraine, entre le 14 et le 15 juillet, l'heure est au premier bilan matériel. Dans de nombreuses communes, comme à Longuyon (54260), les dégâts sont impressionnants. "Après la panique de la montée des eaux, on a découvert des scènes d'apocalypse, je ne reçois que des personnes qui pleurent parce qu'elles ont tout perdu", témoigne Caroline Percheron, première adjointe à la mairie de Longuyon.

Dans cette commune, entre 150 et 200 habitations ont été touchées par les précipitations. Selon Bruno Cunin, directeur interrégional adjoint de météo France Nord-Est, "il est tombé entre 1 mois et 1 mois et demi de précipitations en 24h". Meubles, électroménager, caves, tout a été détruit par la montée brutale des eaux. Certaines habitations sont inhabitables, pour plusieurs mois, et les habitants ont dû être relogés par la ville. Pour l'heure, des collectes de denrées alimentaires, de mobiliers et de vêtements sont organisées, en attendant que les assurances prennent le relais. 

Certaines habitations sont totalement inhabitables.
Certaines habitations sont totalement inhabitables. © Crédits : Caroline Percheron

Il revient justement aux victimes de déclarer leur sinistre, dans les 10 jours. Mais les assurances sont « submergées par les demandes, on doit gérer 80 dossiers d’un coup », relate le cabinet Esprit d’Axa assurances à Longuyon. Les experts, qui doivent venir constater les dégâts sur les lieux au-dessus de 5000€, sont aussi débordés. Pour un sinistre déclaré vendredi, un expert ne viendra que fin juillet. Il faut alors compter plusieurs semaines, plusieurs mois voire plusieurs années pour être indemnisé. Dans ce type de situation, sous réserve de contrats spécifiques, « l’intégralité des dommages sont généralement remboursés ».

Mais certaines limites au système d'assurance apparaissent d'ores-et-déjà. Outre les délais relativement longs. Il est demandé à certains habitants de tout garder en état le temps que les experts passent... et de payer une franchise. "C'est tout un village qui est dévasté et on demande aux gens de laisser leur maison telle quelle alors qu'elle est remplie de boue. Certains ont des rats. Je ne vous parle même pas de la franchise à payer. Quand on a tout perdu, même 300€ c'est énorme", déplore Caroline Percheron. La ville de son côté en est encore au stade de chiffrage des dégâts matériel. "On débloquera une enveloppe en fonction, mais on est une petite commune, on ne pourra pas tout payer et ça va être un coût important pour la ville", abonde la première adjointe.

Les débris sont stockés devant les maisons en attendant le passage des experts.
Les débris sont stockés devant les maisons en attendant le passage des experts. © Caroline Percheron

Longuyon, comme d'autres communes sinistrées, espère une autre alternative, la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour les villes les plus touchées.

Si, pour l'instant, la préfecture n'a pas la capacité de donner une estimation globale des dégâts, une procédure accélérée de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle a été lancée par le ministère de l'Intérieur. L'ensemble des communes dont les administrés ont été touchés par ces inondations ont été invitées à déposer une demande de reconnaissance auprès de la préfecture.

Seul le phénomène météorologique, en fonction du rapport de Météo-France, sera examiné dans un premier temps. En effet, légalement, "l'autorité administrative est tenue de se prononcer sur l'intensité anormale de l'agent naturel à l'origine des dégâts et non sur l'importance des dégâts eux-mêmes"

Contactée, Météo France refuse de commenter la future décision ministérielle mais Bruno Cunin reconnaît "un épisode relativement rare par son intensité. À titre de comparaison, en juin 2016, un épisode météorologique similaire avait eu lieu en Lorraine, et de nombreuses communes avaient obtenu le statut de catastrophe naturelle."

Pour Météo France, aucun doute. Ce type d'évènements climatiques est amené à devenir de plus en plus fréquent dans les années à venir.
Pour Météo France, aucun doute. Ce type d'évènements climatiques est amené à devenir de plus en plus fréquent dans les années à venir. © Caroline Percheron

En cas de reconnaissance de ce statut, l’État complète les contrats d’assurance. Il rembourse les dégâts subis par les victimes, même lorsque ces derniers ne sont pas couverts par les contrats d’assurance. Mais attention, si l'indemnisation serait plus rapide, une franchise de 380 € serait systématiquement appliquée. 

Concernant cette procédure accélérée, la commission interministérielle qui examine les demandes de reconnaissances se réunira exceptionnellement en fin de semaine afin de permettre aux sinistrés d'obtenir au plus vite des dédommagements auprès de leurs compagnies d'assurance. En cas de reconnaissance de ce statut, les administrés disposeront alors de 10 jours à compter de l'arrêté préfectoral pour déclarer leur sinistre. 

Pour l'heure, seule la ville de Piennes a bénéficié de la reconnaissance de cet état. 

Par ailleurs, la préfecture se dit "rester attentive à la situation et (prête) à venir en soutien des sinistrés par le recours aux associations agréées de sécurité civile si nécessaire"

De son côté, Météo France prévient que ce type de phénomènes deviendront de plus en plus fréquents et de plus en plus intenses. Les simulations prévoient une alternance des extrêmes, inondations une année, importante sécheresse une autre. 

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