Lycéens agressés sexuellement : un collectif de parents veut porter plainte contre l'Éducation nationale

Des parents d’élèves de la section Arts du cirque du lycée Pierre-Bayen, à Châlons-en-Champagne (Marne), en manifestation ce mercredi 21 février, ont annoncé vouloir porter plainte contre l’Éducation nationale. Ils dénoncent une mauvaise gestion dans l’affaire Pascal V, enseignant accusé d’agressions sexuelles sur ses élèves.

“Ici, enfants en danger”, “L’institution ne protège pas nos enfants” ou “Touche pas à ma spé' cirque”. Tels étaient les slogans brandis par les parents et les élèves du lycée Pierre-Bayen lors de la manifestation organisée ce mercredi 21 février.

Une centaine de personnes étaient rassemblées pour dénoncer la gestion de l'établissement de Châlons-en-Champagne dans l’affaire Pascal V., ancien enseignant en charge de la spécialité Arts du cirque visé par une enquête pour des faits de harcèlement et agressions sexuelles sur ses élèves. Des charges désormais abandonnées puisque le quinquagénaire s’est donné la mort en décembre 2023. 

L’Éducation nationale tenue responsable

“On sait que les victimes n’auront jamais ce statut aux yeux de la justice, mais nous demandons que l'Éducation nationale reconnaisse ses torts et que ceux qui ont fermé les yeux soient sanctionnés pour non assistance à personne en danger”, avance une maman du collectif de parents d’enfants circassiens qui a annoncé vouloir saisir le tribunal administratif pour déposer plainte contre l’Éducation nationale. 

Malgré des premières alertes en 2021 et l’ouverture d’une enquête de police, le professeur est resté en poste jusqu’en 29 septembre 2023, date de sa mise à pied. Un délai incompréhensible pour le collectif de parents, composé de 30 personnes, à l’origine d’une pétition : 

Depuis un an et demi, le lycée avait connaissance de faits graves et n’a rien fait pour protéger nos enfants. Ils sont partis en voyage scolaire l’année dernière avec un homme qui était dangereux. Ma fille s’est retrouvée avec lui en pleine nuit seule.

Maman d’une élève actuellement scolarisée

Atteintes sexuelles, harcèlement, emprise, comportements déplacés, messages intrusifs… Les premiers faits connus de la part de ce professeur de lettres remontent même à 1997, bien avant la création de la section Arts du cirque, en 2012. 

Le rectorat dément la lenteur du processus

La lanceuse d’alerte Marie-Pierre Jacquard, enseignante actuellement en charge de l’option et ancienne collègue de “Monsieur V”, rapporte avoir reçu des centaines de témoignages : “Je reçois des messages d’élèves que je ne connais pas et qui ont maintenant plus de 35 ans.” Pourtant, elle n’a jamais été entendue par le lycée. 

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De son côté, le rectorat tient à distinguer des faits “caractérisés comme des questions de posture” à ceux qui relèvent de délits et qui “nécessitent des transmissions au parquet”. Le recteur de l’Académie de Reims, Vincent Stanek, précise cette temporalité : “C’est bien en 2023 que nous avons été destinataires d’informations portant sur des faits qui pourraient être qualifiés de façon pénale.” 

Une section et une professeure en danger ? 

Outre le manque d’écoute et le mutisme de l’établissement, le collectif craint désormais pour cette section Arts du cirque en partenariat avec le Centre National des Arts du Cirque (CNAC) et la Comète. Pour en faire partie, les élèves, originaires de toute la France et des DOM, doivent passer par un processus de sélection poussé. 

Ils décrivent toutefois une section en déliquescence, voire “mise en cause” : aucun recrutement prévu pour l’année prochaine, mutation proposée à Marie-Pierre Jacquard, compte-rendu de rapport d’inspection “catastrophique”, diminution des heures de pratique et refus de tous les projets proposés... Jouer leur spectacle sur une scène nationale ? Non. Aller voir le Cirque du Soleil ? Non. “Pour les parents, c’est assez inentendable”, commente l’enseignante. 

Le recteur de l’Académie de Reims, lui, se veut rassurant. Vincent Stanek affirme qu’il n’y a “aucune mesure diligentée contre” l’enseignante et que le but est que la section se poursuive. Il a annoncé avoir diligenté une mission d’inspection générale en janvier. Elle se rendra dans l’établissement au mois de mars pour mettre en place un audit et proposer les “conditions d’un bon fonctionnement de la section.”