Champagne : dernière ligne droite avant l’enterrement de l’année 2020

A quelques jours du Clap de fin de l’année 2020, les camionnettes des vignerons de Champagne sillonnent les routes de France pour aller livrer et approvisionner leur clientèle privée ou les cavistes. En dépit de la morosité, le champagne sera présent sur les tables de fin d’année.

En dépit de la morosité, le champagne sera présent sur les tables de fin d’année
En dépit de la morosité, le champagne sera présent sur les tables de fin d’année © PHOTOPQR/LE COURRIER PICARD/MAXPPP

Bien sûr, c’est un coup dur que cette annonce du gouvernement d’annuler les festivités du 31 décembre, "mais c’est la vie !" répond le président du Syndicat Général des Vignerons Maxime Toubart. L’enjeu est de sauver des vies, alors ça vaut la peine de faire le dos rond et d’accuser le coup avec cette baisse inédite de 25% du chiffre d’affaire en 2020.

Un modèle qui fait face à la pandémie mondiale

Fabrice et Bénédicte Pouillon, à Mareuil-sur-Ay reviennent de Bourgogne où ils ont livré du champagne à leur réseau de distribution des cavistes, des bars et des restaurants. Chaque année, le domaine élabore entre 50 000 et 55 000 bouteilles. La moitié des volumes part à l’export en Italie et aux Etats-Unis. Les autres bouteilles sont vendues sous le système d’allocation, d’une année à l’autre, le nombre de caisse que le vigneron consent à réserver à ses différents clients peut varier en fonction de la récolte. Avec ce modèle leur production est entièrement vendue. En 20 ans, Fabrice s’est forgé une belle réputation, lié à son engagement dans le travail des sols et le parcellaire sur lequel les cépages s’expriment et se révèlent.

Des commandes décalées de 3 mois

Le couple est heureux en cette fin d’année : « Malgré le contexte pandémique, les ventes se sont bien passées et nous allons réaliser le même chiffre d’affaire que l’année passée, ou presque. C’est vrai qu’au printemps, j’ai eu quelques sueurs froides devant l’absence de commande à l’export." Explique Fabrice Pouillon. Et puis les commandes se sont débloquées avec la réouverture des marchés à l’international. Singapour et la Corée du sud en premiers puis l’Europe et les Etats-Unis. "Fin juillet nous enregistrions une baisse de 7% et en octobre nous inscrivions +5% au carnet de ventes." Les commandes du grand export sont arrivées après les vendanges.

Le vigneron explique ce succès grâce aux liens affectifs qu’il entretient avec son réseau de distribution. Pour preuve les restaurateurs fermés n’ont pas renoncé à leurs commandes. Ainsi ils gardent leurs bouteilles allouées en cave pour les jours meilleurs ! Ces derniers devraient finir par arriver.

Développer d’avantage le digital

Fabrice et Bénédicte Pouillon, vignerons à Mareuil-sur-Ay, veulent dévelloper la digitalisation pour faire face à la crise.
Fabrice et Bénédicte Pouillon, vignerons à Mareuil-sur-Ay, veulent dévelloper la digitalisation pour faire face à la crise. © Fabrice et Bénédicte Pouillon

L’autre succès des ventes est lié au digital. L’Italie et les Etats-Unis sont très forts. Ils ont un beau maillage et se sont constitués des sites marchands très professionnels ! Poursuit Fabrice Pouillon. Ils savent faire et lorsque les distributeurs savent faire, les gens consomment. D’ailleurs les cavistes constatent que le panier moyen a augmenté par rapport au premier confinement.

Ce que nous montre cette crise sanitaire, c’est qu’il faut renforcer et développer la digitalisation. Il ne s’agit pas que chaque vigneron créé sa boutique en ligne, car vendre sur Internet c’est un vrai travail. Mais il faut travailler avec des distributeurs qui vont pratiquer les mêmes prix de vente en ligne que chez le caviste.

Combien de bouchons sauteront de joie en fin d’année ?

Tous les vignerons de champagne ne sont pas logés à la même enseigne. Des promotions il y en aura certainement comme d’habitude. Cela agacera la filière. « Mais en ces temps de crise, il n’y a aucun intérêt à dévaluer son stock ! », martèle le président du Syndicat Général des Vignerons. «70 millions de bouteilles qui n’auront pas été vendues en 2020, c’est une estimation qui reste à affiner. Cela représente quand même 1 milliard 250 millions d’euros de pertes pour le champagne, c’est énorme », renchérit Jean-Marie Barillère le président de l’Union des Maisons de Champagne et co-président de l’interprofession.

Dans ce climat morose, il faut redonner de l'espoir au gens. Il y aura du champagne sur les tables de fin d’année, c’est sûr !  Des cuvées peut-être un peu plus haut de gamme que d'habitude car les consommateurs privilégieront la qualité plus que la quantité. Trois tables de six personnes consomment moins qu’une table de vingt. Ce sont les statistiques qui le disent.

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