Coronavirus : la filière champagne au ralenti

Protection des salariés oblige, la filière champagne tourne au ralenti. La priorité est donnée aux travaux dans les vignes, alors qu'en cave, plusieurs étapes de la chaîne de production sont à l'arrêt dans certaines maisons. Partout, l'accueil au public est fermé.
Le dégorgement, l'étiquetage, le conditionnement des bouteilles ainsi que la facturation sont arrêtés sur certains sites.
Le dégorgement, l'étiquetage, le conditionnement des bouteilles ainsi que la facturation sont arrêtés sur certains sites. © Norbert Fersterling/picture-alliance/ dpa/Newscom/MaxPPP
Au sein de la maison Boizel, située avenue de Champagne à Epernay, la crise sanitaire et les règles de confinement qui ont suivi ont, comme dans toute la filière champagne, perturbé l'organisation du travail. Et c'est d'abord dans les bureaux qu'il a fallu repenser les espaces pour respecter distanciation et gestes-barrière. "Toutes les activités en lien avec le public ont été arrêtées. On a organisé le télétravail au maximum mais on est resté ouverts pour pouvoir livrer nos clients en France ou à l'export avec une petite équipe restreinte. Il n'y a plus qu'une personne par bureau, la désinfection est systématique à l'entrée dans les locaux", explique Florent Roques-Boizel, PDG de la maison de champagne.

Côté caves, le dégorgement (élimination des lies et dépôts) et l'habillage (pose de la capsule et des étiquettes) ont été stoppés. Heureusement, la maison avait déjà effectué ses opérations d'assemblage et de tirage en amont de la crise. "Une seule personne reste en cave pour surveiller les vins. Mais certains confrères doivent être en plein dans cette période, et pour eux, cela doit être compliqué", explique-t-il.

Dans les caves de Champagne en effet, il est très difficile d'organiser ces opérations en respectant les règles de sécurité sanitaires pour les employés, et le cycle de production a parfois dû être stoppé. Le 18 mars dernier, Bruno Paillard, du groupe Lanson annonçait à nos confrères de l'AFP que le dégorgement, l'étiquetage, le conditionnement des bouteilles, ainsi que la facturation étaient arrêtés sur certains sites.
 

Un travail des vignes repensé

Dans le vignoble aussi, il a fallu s'adapter rapidement. Les travaux sur le terrain ont été jugés essentiels et non-reportables puisque la nature, elle, ne s'arrête pas et que la vigne nécessite des soins. "Il y a eu le temps d'arrêt lié aux premiers jours d'incertitude sur la possibilité de continuer à travailler. Ensuite, énormément de restrictions se sont appliquées aux ouvriers viticoles, comme à tout le monde", confie Thierry Le Mailloux, directeur de la communication au Comité Champagne.

Il y a des règles de sécurité concrètes que nous avons mises en place comme par exemple, le fait de placer un ouvrier viticole tous les 4 ou 5 rangs de vignes au lieu d'un par rang, ou encore le fait de ne plus faire de co-voiturage pour se rendre sur place, et bien sûr, enfin, de ne plus avoir de rassemblement en bout de vignes.
- Thierry Le Mailloux, directeur de la communication du Comité Champagne


Le travail est donc très contraint dans les domaines. Certains travaux ont dû être repoussés jusqu'à la fin du mois d'avril, comme le chantier de confusion sexuelle, avec pose de racks de phéromones pour éloigner les insectes ravageurs : cela nécessite énormément de main d'œuvre, c'était donc impossible en période de confinement.

Le Comité Champagne communique régulièrement sur ces règles sanitaires mais informe également les professionnels du champagne des différentes démarches administratives à effectuer. Une plate-forme dédiée à l'information autour du Covid 19 a été mise en place. L'idée étant de garantir la sécurité des travailleurs tout en permettant la continuité de la production : "Le métier du vin est un métier cyclique. Et donc, de la même façon que la vigne ne s'arrête pas de pousser, le cycle de travail en caves ne peut pas s'arrêter. A la prochaine vendange, il faudra rentrer des jus, et pour cela il faut de la place dans les cuves. Il faudrait même idéalement avoir expédié des bouteilles pour avoir de la place de stockage ", rappelle Thierry Le Mailloux

 

Toute la profession se tourne donc vers l'avenir, vers l'après-coronavirus, et tente de préparer au mieux la suite des évenements. "La grande question, c'est la reprise, conclut le PDG de la maison Boizel, Florent Roques-Boizel. On ne sait pas combien de temps cela va durer. C'est un phénomène mondial. Quand le confinement sera fini, la consommation sera-t-elle relancée d'un coup, pourra-t-on rattraper les ventes perdues ? Ou est-ce que ce sera une reprise graduelle sur plusieurs mois ?"

En Champagne, 50% des ventes se réalisent au dernier trimestre de l'année. La saison principale ne semble donc pas être remise en question. Néanmoins, la demande à l'export accuse déjà une baisse certaine.
 
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