Des ruchers en ville: bonne ou fausse bonne idée ?

Les abeilles sont de plus en plus nombreuses à cohabiter avec les humains en ville. Menacées de disparition, est-ce un effet de mode ou un bienfait biologique pour ces butineuses ? France 3 Champagne-Ardenne s’interroge sur les ruchers en ville. Quatre spécialistes apicoles nous répondent.

A la gare de Bezannes TGV, sur les toits des écoles ESAD et Neoma ou encore sur le site de production de champagne Comète VCP. On compte de plus en plus de ruches à Reims et dans son agglomération. Entre 800 et 1.000, c’est l’estimation de Dominique Mareigner, président du syndicat apicole régionale, qui constate un nombre croissant d’adhérents à la Champagne apicole. Tantôt en ville, tantôt à la campagne, quelles différences pour les abeilles et les apiculteurs ?

Là où les fleurs abondent

"C’est plus facile d’installer des ruchers en ville qu’à la campagne", lance sans hésitation Nicolas Noirot, apiculteur pour Api Compagnie à Bezannes. Il a installé vingt ruches à la gare TGV de Bezannes l'été dernier. Pour lui, les bonnes conditions sont réunies pour les abeilles. "En ville, il y a presque constamment des fleurs et on arrose très facilement les espaces verts. Alors pour les abeilles, dans les jardins partagés ou sur des balcons, c’est super !", se réjouit-il.

"On dit que le miel des ruchers de Paris est très bon en raison de la diversité florale, tandis qu’à la campagne où la monoculture est dominante, les essences de fleurs sont moins variées", explique Caroline Porteau, apicultrice et co-gérante au Rucher du Marcassin à Seraincourt (Ardennes). Le nombre d’essences d’arbres est l’un des facteurs essentiels pour les abeilles qui viennent butiner leurs fleurs. Acacias, tilleuls ou érables. Il est important que les abeilles trouvent suffisamment de fleurs et selon ces apiculteurs, elles trouveraient mieux leur bonheur en ville.

Butiner la pollution

"Bien sûr, les espaces pollués sont à éviter pour les abeilles. Je pense notamment aux métaux lourds émis par les pots d’échappement et qui peuvent se retrouver sur les fleurs et dans des flaques d’eau que les abeilles vont boire. Cette pollution, on la retrouve aussi bien en ville qu’à la campagne", relativise Caroline Porteau.

Jean-François Maréchal, apiculteur basé aux alentours de Sainte-Menehould, a installé, il y a environ dix ans, huit ruches sur le toit de l’école de commerce Neoma et huit autres au parc Pierre-Mendès-France à Reims. Il a le même avis que sa consœur ardennaise : il n’y a pas plus de métaux lourds en ville qu’à la campagne. Mais Reims reste un terrain propice pour les abeilles car la ville dispose d’arbres mellifères ou arbres exotiques que l’on ne retrouve pas forcément dans les communes rurales.

Effet de mode ?

"Aujourd’hui, il ne se passe pas un jour sans qu’il y ait un reportage sur les abeilles", constate Nicolas Noirot. Erigées en gardiennes de la biodiversité, ces pollinisatrices occupent beaucoup l’espace médiatique, d’autant plus qu’elles sont reconnues comme espèce en voie de disparition et qu’elles contribuent au bon fonctionnement des écosystèmes. "C’est un effet de mode qui dure depuis une dizaine d’années, l’abeille est devenue quelque chose de magnifique et le métier d’apiculteur a bénéficié d’un coup de projecteur. Les gens ont pris conscience de l’importance de la protection des abeilles et chacun a souhaité installer sa ruche au fond du jardin, complète l’apiculteur de l’Argonne. Aujourd’hui, ça s’est un peu calmé."

On ne s’improvise pas apiculteur

Installer des ruches dans son jardin ou sur son toit demande tout de même un certain encadrement pour Daniel Failly, apiculteur à Witry-lès-Reims. "Tout le monde peut le faire mais c'est mieux de faire un stage pour avoir une meilleure pratique apicole !" Pour Jean-François Maréchal, c’est même nécessaire. "Je pense qu’il faut un minimum de connaissances. La théorie n’est pas suffisante, il faut aussi de la pratique. Apiculteur, c'est un métier donc il faut impérativement faire une formation."

Dans la Marne, les apiculteurs doivent installer leurs ruches à une distance minimum de 5 mètres de la voie publique ou des propriétés voisines par exemple. "Mais dans l’idéal, c’est bien de laisser 8-10 mètres", ajuste Nicolas Noirot. "Il faut aussi s’assurer que les abeilles ont de quoi se nourrir dans un rayon de 3 km, précise Daniel Failly. Car elles peuvent mourir de faim ou de froid." Une ruche a besoin de près de 25 kilos de miel pour passer l’hiver. Mais surtout, un rucher se surveille régulièrement. "C’est bien qu’il y en ait beaucoup mais il ne faut pas que ça devienne n’importe quoi", conclue l’apiculteur de Bezannes qui rappelle que les ruches sont des êtres vivants avant d’être un commerce ou un symbole de biodiversité.

(Avec Prunelle Menu)