INSOLITE. Germaine, Suzanne... une infographiste édite la carte des communes dont le nom est un prénom

Drôles et chantants, certains noms originaux sont portés par des villages et petites communes aux quatre coins de la France. L'est du pays est plutôt bien représenté, si l'on en croit une carte éditée et diffusée par l'infographiste Clara Dealberto.

L'accroche était idéale. Quand nous avons titré "le terrain de foot de Germaine retourné par des sangliers", on pouvait s'attendre à découvrir qu'une pauvre dame avait vu son arrière-cour retournée par des suidés. Mais il n'en était rien : Germaine, c'est le nom (le prénom?) d'une petite commune de 531 âmes se trouvant dans la Marne.

La situation toponymique de cette ville n'est pas isolée. Rien qu'en Champagne-Ardenne, on peut relever deux autres localités du même acabit. Il s'agit de Hans (Marne), que l'on prononce "An", et de Suzanne (Ardennes). À eux deux, ces deux villages ne cumulent même pas 200 habitantes et habitants. Mention aussi aux villages aux noms rigolos (comme Les Croûtes), familiers (comme Trécon), ou encore scabreux (comme Saint-Amand-sur-Fion), qu'on vous a déjà présentés. 

La responsable infographiste du magazine Le Point, Clara Dealberto, s'est amusée de ces toponymes insolites tirés de prénoms. À titre personnel, elle en a dressé une belle carte qu'elle a partagée sur Twitter (renommé X suite à son rachat par Elon Musk, voir ci-dessous). 

Jointe par France 3 Champagne-Ardenne, elle déclare "adorer tous ces jeux autour de la géographie, de la toponymie. C'est une démarche un peu oulipesque." Du nom de l'Oulipo, ce mouvement de recherche littéraire qui a notamment donné La Disparition, célèbre roman de Georges Perec qui ne comprend pas une seule fois la lettre E, voyelle pourtant la plus utilisée en français. "Se fixer des règles, ça permet de libérer une autre forme de créativité." 

Techniquement, tout le monde peut le faire

"J'ai accès - comme tout le monde d'ailleurs - à la liste de toutes les communes de France." On dit merci à l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). "Ça donne envie de se livrer à des petites analyses."  En une petite heure, elle a croisé la liste avec un jeu de tableurs contenant certaines données : ici, la liste des prénoms donnés à au moins plus de 1 000 bébés français depuis l'année 1900 (on salue à nouveau l'Insee). Les noms en Saint-quelque chose, très usuels, n'ont pas été retenus (il peut aussi y avoir eu quelques trous dans la raquette des données). Heureusement, elle ne s'est pas farcie la lecture des noms des 36 000 communes du pays... 

Ainsi, dans l'est de la France, outre le trio Germaine-Hans-Suzanne, on retrouve Fleury et Lucy en Moselle. Ainsi que Allain, Romain, et évidemment Nancy en Meurthe-et-Moselle. L'Alsace a beau avoir de très jolis (ou très longs) noms, elle n'apparaît pas cette fois-ci (voir la carte ci-dessous). 

De manière amusante, la Picardie présente aussi une autre Germaine, une autre Suzanne, et deux autres Fleury. On a cherché à en savoir plus sur l'étymologie de ces noms, sans succès hélas avant publication de cet article. 

Clara Dealberto n'a pas passé trop de temps là-dessus, et du reste, ne compte pas vraiment les heures dédiées à son passe-temps (son travail pour Le Point est bien plus... académique). "J'ai fait toute une série, avec plein de critères. Par exemple, la carte des villes dont le nom inclut 'sur-Mer', mais qui ne sont pas au bord de la mer. Ou les communes avec des noms d'animaux. Ce genre de choses."

Mention à celle avec les villes dont le nom rapporte le plus au Scrabble. Enfin... rapporterait. Les noms propres sont interdits dans ce célèbre jeu. 

Des cartes et des souvenirs

La grande question : connaissait-elle toutes ces villes ? Elle s'en amuse. "Pas toutes. Ce qui me plaît beaucoup dans ces cartes, et je pense que c'est l'un des facteurs pour lesquels elles plaisent sur les réseaux, c'est que ça met en avant des communes qui, sinon, ne seraient potentiellement jamais placées sur une carte. On voit bien que c'est ce qui fait réagir les gens : 'oh, il y a ma commune'."

De quoi découvrir une véritable "géographie ignorée de la France". Et susciter des souvenirs. Par exemple, chez Vincent Ballester, auteur de cet article (et accessoirement fan de cartographie), la ville de Salomé trouve un écho. C'était le panneau d'une gare qu'il voyait à chacun de ses voyages en TER entre Béthune (Pas-de-Calais) et Lille (Nord), quand il se rendait à l'université dans les années 2010...

Ça fait remonter beaucoup d'affects, de souvenirs chez les gens.

Clara Dealberto, cheffe infographiste

"C'est peut-être gratuit, mais ça fait remonter beaucoup d'affects, de souvenirs chez les gens. Cette créativité qui sort de la contrainte, ça a aussi ça comme intérêt." 

Elle n'est pas la seule à avoir fait des cartes son fonds de commerce sur Twitter. Jules Grandin, qui livre des infographies aux Échos, est particulièrement populaire et reconnu dans ce domaine pour ses cartes aussi loufoques qu'intéressantes, et ses anecdotes innombrables. Et parfois, la cartographie devient même politique, révélant que la région parisienne est le lieu de naissance de la moitié du gouvernement Attal annoncé en janvier... 

Mais pourquoi un tel entrain pour la cartographie, que les gens soient passionnés ou néophytes ? "En fait, la carte, c'est l'ouverture vers l'imaginaire, vers la poésie. On a tous des souvenirs avec des cartes. Moi, c'était les cartes routières en vacances. Pour les plus jeunes générations, je ne sais pas, par contre..." Certes, Google Maps est passé par là. Mais le souvenir qu'on retrouvera chez ces générations-là, c'est probablement leur première découverte de Google Earth. L'accès illimité et instantané à l'ensemble des rues du globe... tout ça pour aller y observer le fronton de sa maison. 

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