Assassinat d'Hélène Kahn : “Soit elle me reprenait, soit c'en était fini pour elle”

Dans son box, Yannick Durand se montre très attentif aux débats. / © Thierry Doudoux / France 3 Champagne-Ardenne
Dans son box, Yannick Durand se montre très attentif aux débats. / © Thierry Doudoux / France 3 Champagne-Ardenne

Le procès de Yannick Durand s’est ouvert ce jeudi 14 novembre devant la cour d’assises de la Marne. Il comparaît pendant trois jours pour l’assassinat d’Hélène Kahn le 22 mars 2017 au centre équestre de Trigny, près de Reims.

Par Isabelle Griffon

"J’ai commis les faits, mais pas tels qu’ils me sont reprochés." Debout dans son box, Yannick Durand clarifie sa position. "Est-ce que vous reconnaissez l’assassinat ?", demande la présidente de la cour d’assises, Catherine Morin-Gonzalez. "Non", répond calmement l’accusé. Visage fin, front dégarni, l’homme se rassoit. Cet ouvrier ardennais, âgé de 47 ans, est jugé par la cour d’assises de la Marne pour l’assassinat de son ex compagne Hélène Kahn, 28 ans, par arme blanche.

Premier témoin cité, le palefrenier-soigneur du centre équestre de Trigny s’avance à la barre pour raconter cette terrible matinée du 22 mars 2017. "Il était environ huit heures, je venais d’arriver au centre équestre, Hélène Kahn nourrissait les chevaux, se remémore l’employé. Je garais mon scooter quand j’ai entendu Hélène appeler au secours. Quand je me suis retourné, j’ai vu qu’ils étaient à terre tous les deux, l’accusé était sur elle, il lui donnait des coups, mais je n’ai pas vu le couteau."
 

Deux plaies au niveau du thorax

Le palefrenier court les séparer, doit s’y reprendre à deux fois pour y parvenir. L’accusé s’enfuit. L’employé appelle les secours. A leur arrivée, les pompiers tentent de réanimer la victime. Elle décédera en quelques minutes. "Elle présentait deux plaies localisées au niveau du thorax, très proches l'une de l'autre, souligne le médecin légiste qui a autopsié le corps de la victime. L'une d'elles a atteint le ventricule droit du cœur, ce qui a provoqué une hémorragie puissante." Le médecin confirme que deux coups ont bien été portés par arme blanche.

Les coups ont été portés de façon puissante et volontaire, sachant que le sternum a été traversé, ainsi que deux cartilages costaux.
- Docteur Jacques Frichet, médecin légiste

L'enquête, menée par la brigade de recherches de Reims, confirme que le couteau appartenait bien à la victime. L'homme est interpellé sur le secteur de Rethel où il résidait. "Dès les premières minutes de sa garde à vue, il reconnaît l'agression au couteau, mais n'évoque qu'un seul coup de couteau, précise l'un des enquêteurs. Devant les gendarmes, l'accusé explique son geste par une "jalousie maladive".
 

Chantage au suicide

De leur rencontre en décembre 2013 au centre équestre de Rethel, où Hélène travaillait alors, jusqu'au jour funeste du 22 mars 2017, l'enquêteur décrit une "relation compliquée" entre l'accusé et la victime, ponctuée de va-et-vient. En octobre 2015, Yannick Durand menace de mettre fin à ses jours. Sous les yeux de sa compagne, il commence à s'entailler la gorge. L'ouvrier est alors hospitalisé d'office.

"Hélène Kahn a été extrêmement choquée par sa tentative, affirment trois de ses amies qui défilent à la barre. Il lui fait du chantage au suicide." Elles décrivent la victime comme une jeune femme "très douce, très souriante, qui faisait attention à ne pas faire de mal aux autres"

Elle a peur de rompre avec lui et reste à ses côtés, plus par contrainte que par envie.
- Une amie d'Hélène Kahn

Puis le couple se sépare finalement en février 2016. Hélène rencontre un homme marié avec lequel elle entretient une brève relation. Yannick Durand l'apprend et menace de tout révéler à la femme trompée. Hélène prend peur. "Cette femme qui était connue dans le milieu équestre était aussi une amie de la mère d'Hélène, explique l'une de ses proches. Elle craignait qu'il détruise sa réputation alors qu'elle allait reprendre le centre équestre de Trigny avec sa mère. A partir de là, Hélène n'était plus très souriante." L'enquête évoque des violences, non pas physiques, mais psychologiques.
 

Deux intrusions à domicile

La liaison entre l'accusé et la victime reprend jusqu'en février 2017, où Yannick Durand rompt de sa propre initiative. Selon ses proches, "Hélène est soulagée, il fallait que ce soit lui qui parte pour qu'elle soit tranquille".  Mais il revient à la charge.

Le mercredi 1er mars 2017, il s'introduit dans la maison de la victime située près du centre équestre de Trigny, à l'écart de la commune, par une porte laissée ouverte au sous-sol. "Il a passé la soirée à écouter la conversation qu'Hélène avait avec une amie, détaille l'enquêteur. Une fois cette copine partie, il apparaît, alcoolisé et agressif devant Hélène, et lui demande des comptes. Elle réussit à le calmer." Deux jours plus tard, le vendredi 3 mars, il retourne à Trigny. La jeune femme refuse de lui ouvrir. Il brise une vitre, se glisse à l'intérieur et se précipite sur elle pour lui arracher son téléphone portable et en vérifier son contenu.

 Hélène n'avait jamais peur, elle vivait seule dans les sous-bois, mais depuis le 1er mars, elle avait peur pour sa propre personne. Le 3 mars, sa peur s'est transformée en terreur.
- L'un des enquêteurs de la brigade de recherches de Reims

Ses amis lui conseillent de porter plainte. Ce qu'elle fera le dimanche 5 mars pour violation de domicile. Mais elle ressort de la gendarmerie de Gueux "avec l’impression de ne pas avoir été prise au sérieux", selon plusieurs de ses amies.
 

Une plainte mais aucune mesure de protection

La plainte est transmise au parquet mais débouche sur un simple rappel à la loi pour l’accusé et une obligation de rembourser la fenêtre cassée. Aucune mesure de protection n’est prise. Devant le gendarme qui l'auditionne, la victime évoque pourtant l'état dépressif de Yannick Durand, le fait qu'il prenne des anxiolytiques. Les parents d'Hélène Kahn se déplacent également à la gendarmerie pour évoquer leurs craintes.
 
A la barre, le gendarme qui a reçu la plainte d'Hélène Kahn est sommé de s'expliquer. / © Thierry Doudoux / France 3 Champagne-Ardenne
A la barre, le gendarme qui a reçu la plainte d'Hélène Kahn est sommé de s'expliquer. / © Thierry Doudoux / France 3 Champagne-Ardenne

Dans le compte-rendu de police judiciaire, il est écrit : "N'écoutant que son courage, il se saisit de l'échelle et brise la vitre." "Vous trouvez ça courageux, vous ?", bondit la présidente de la cour d'assises lorsque le gendarme, aujourd'hui retraité, est entendu comme témoin. "C'est un terme pas très approprié, admet l'ancien adjudant-chef. Pour moi, malgré le refus catégorique d'Hélène Kahn, il ne veut pas lâcher." L'avocat général vient à son secours : "Est-ce une forme d'ironie ?" "Oui, c'est plus sous cette forme-là, c'est une façon d'écrire", s'engouffre le gendarme.

"Est-ce que vous avez pris la mesure de la situation ?, insiste la présidente de la cour d’assises. Vous ne vous dites pas que le profil psychologique de M. Durand est fragile, que la situation est tendue, que ça peut dégénérer ?" "Si, mais jamais on n'aurait pu penser qu'on puisse en arriver à cette situation-là", se défend le mis en cause.
 

Surveillée par son ex compagnon

Hélène Kahn se sent épiée par son ex-compagnon. "Il n'a plus du tout confiance en Hélène et va vérifier tout ce qu'elle lui dit, si elle a bien passé la soirée avec des amis et pas avec un autre homme", relate l'enquêtrice qui a auditionné le suspect. Lors de sa garde à vue, il déclare :"Elle est à moi, à personne d'autre."

Soit elle me reprenait, soit c'était fini pour elle.
- Yannick Durand lors de sa garde à vue

Le jour du meurtre, Yannick Durand arrive, d'après les études de la téléphonie, sur le secteur de Trigny à 5h41. Il en repart à 8h03. "Voyant une voiture blanche, garée devant le domicile d'Hélène Kahn, Yannick Durand voit rouge. Pour lui, c'est sûr, elle est avec un autre homme, explique la gendarme. Selon ses propres termes, il est devenu incontrôlable." 

Le procès reprend ce vendredi 15 novembre avec l'audition dans la matinée de nouveaux témoins, amies et parents de la victime. Les jurés devront cerner la personnalité de l'assassin présumé et déterminer s'il y a eu ou non préméditation.  Le verdict est attendu pour le lundi 18 novembre.
 

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