Coronavirus : pourquoi un bus médicalisé avec huit patients du CHU de Reims en route pour Tours a fait demi-tour ?

Ce bus était parti du CHU de Reims mardi 31 mars avec plusieurs patients malades du covid19 en réanimation. Il se dirigeait vers le CHRU de Tours. / © CH. Boudet - FTV
Ce bus était parti du CHU de Reims mardi 31 mars avec plusieurs patients malades du covid19 en réanimation. Il se dirigeait vers le CHRU de Tours. / © CH. Boudet - FTV

Le professeur Louis Bernard, chef du service d'infectiologie du CHU de Tours s'est ému de cette décision venue de Paris, d'annuler in extremis le transfert de patients atteints du Covid 19 du CHU de Reims vers le CHU de Tours, alors qu'ils étaient en route, mardi 31 mars.

Par Matthieu Mercier, avec AFP

Lors d'une visioconférence avec la presse mardi 31 mars, le professeur Louis Bernard, chef du service d'infectiologie du CHU de Tours s'est ému de cette décision venue de Paris, d'annuler in extremis le transfert de patients atteints du covid19 du CHU de Reims vers le CHU de Tours, alors qu'ils étaient en chemin. Ce bus médicalisé en provenance du CHU de Reims et à destination de celui de Tours, avec huit patients en réanimation atteints du covid19 à bord, a finalement dû rebrousser chemin mardi 31 mars. 

Le bus, qui transportait également trois médecins, était parti du CHU de Reims (Marne) à destination du CHRU de Tours. Il a reçu l'injonction de revenir à son point de départ alors qu'il filait déjà sur l'autoroute A4. Une heure après le départ de Reims, peu avant 10 heures. Ce transfert, organisé dans le cadre de la solidarité entre centres hospitaliers régionaux, était destiné à soulager l'hôpital de Reims, en état de saturation. L'hôpital de Tours s'était dit prêt à recevoir ces patients. Le conducteur du bus, qui avait déjà effectué ce type de transport, n'a pas souhaité s'exprimer et il n'était pas en mesure de nous confirmer pourquoi il a eu ordre de rentrer.

Dans un communiqué, le CHU de Reims avait pourtant fait part très officiellement de ce transfert en bus. "En collaboration avec le CHU de Tours, le CHU de Reims organise, mardi 31 mars, le transfert de patients atteints du coronavirus pour une prise en charge au CHU de Tours. Ce transfert est une mesure d'anticipation dont l'objectif est de permettre au CHU de Reims de continuer à prendre en charge de nouveaux patients Covid dans les prochains jours. Il se déroulera via un bus équipé avec le matériel adapté. Dans le même temps, le CHU de Reims continue d'accroître ses capacités d’accueil en unités de médecines et de réanimation dédiées Covid". 
 
 

"Nous avions tous accepté"

D'où l'incompréhension et la colère du professeur Louis Bernard, chef du service des maladies infectieuses au CHRU de Tours, ce mardi 31 mars après-midi, lors d'une visioconférence avec la presse locale : "Je ne suis peut-être pas autorisé à le dire... s'est insurgé le Louis Bernard, mais nous avions tous accepté, la  direction générale du CHU et nous, médecins, d'accueillir ces patients de Reims, qui étaient dans le couloir de leur hôpital."

On nous a finalement dit non : qui ? Alors que nos collègues médecins de l’Est demandaient de l’aide. Nous réglerons nos comptes après.
- Professeur Louis Bernard, chef du service des maladies infectieuses au CHRU de Tours

Dans ce tweet ci-dessous, posté par un journaliste de France 3 Champagne-Ardenne, les images du bus médicalisé au départ du CHU de Reims. Avec à son bord les huit patients atteints par le covid19. 
 
 

"C'est le PC de crise à Paris qui pilote"

Lors de la même conférence, la directrice générale du CHRU de Tours, Marie-Noëlle Gérain-Breuzard, indiquait : "C'est le PC de crise à Paris, auprès du directeur général de la santé M. Salomon, qui pilote les transferts entre différentes régions, par trains, avions, hélicoptères, ambulances, et tout cela se coordonne. Lundi, il a effectivement été envisagé de faire venir des patients de Reims vers Tours au CHU et dans une clinique de l'agglomération, mais ce transfert a été suspendu car il nécessitait d’être mieux coordonné." 

Cette procédure de transfert nécessite d'être validée par les deux agences régionales de santé (ARS) des régions concernées, ainsi que par la DGS à Paris. L'une des parties a jugé in extremis que le motif ou les conditions d'accueil de ce transfert n'étaient finalement pas impérieux. Le CHRU de Tours, ainsi que la clinique de Tours-Nord - Saint-Cyr (Alliance) ont déjà accueilli douze patients en réanimation, en provenance de l'Ile-de-France depuis samedi 28 mars. Deux autres patients, transférés depuis des centres hospitaliers franciliens, doivent arriver ce mercredi 1er avril à Tours.
 

La CGT du CHU de Reims a fait part de sa colère suite à cette décision centralisée. "Quand la réactivité des professionnels de santé de terrain se heurtent à la bureaucratie parisienne. JUSTE HONTEUX !" De son côté FO CHU Reims a également exprimé son incompréhension. "Incompréhensible, une honte, du grand n'importe quoi." Le maire (LR) de Reims, Arnaud Robinet, président du conseil de surveillance du CHU de Reims, s'est également ému de ce cafouillage. 
 

Invité du 12/13 de France 3 Grand Est, ce mercredi 1er avril, l'élu de Reims, également président de la FHF (fédération hospitalière de France) a dit "contenir sa colère. La région Grand Est est en forte tension. Des transferts de patients sont nécessaires pour nos établissements.Ces transferts sont gérés maintenant au niveau national, espérons qu’une région ne soit pas favorisée au détriment d’autres, je veux ne pas y croire. Je ne souhaite pas qu’on laisse sur le carreau des patients du Grand Est. Ce transfert avait été accordé par ARS. Il a été annulé par la cellule nationale, je suis en colère parce qu'il n'est pas question de jouer avec la vie des patients. Il faut une solidarité inter régionale". 

Ce retour à la case départ suscite une vague d'incompréhension sur les réseaux sociaux, où certains se demandent s'il s'agit d'un poisson d'avril. Il n'en est rien. L'information est bien réelle. D'autres appellent les décisionnaires à rendre des compte sur cet imbroglio pour le moins fâcheux dans cette période critique. 
 

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