Grève du 5 décembre : "on a l'impression d'avoir été floués" explique un enseignant de la Marne

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Écrit par Florence Morel
Yohan Odivart, secrétaire départemental du syndicat national des enseignements du second degré de la Marne, nous explique les raisons de sa mobilisation pour la grève de jeudi 5 décembre / Reims, le 4 décembre 2019
Yohan Odivart, secrétaire départemental du syndicat national des enseignements du second degré de la Marne, nous explique les raisons de sa mobilisation pour la grève de jeudi 5 décembre / Reims, le 4 décembre 2019 © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne

Yohan Odivart enseigne l'histoire-géographie au collège Robert Schuman à Reims. Egalement secrétaire départemental du syndicat national des enseignements du second degré, il nous livre ses impressions sur son métier, ses évolutions et la grève à venir ce jeudi 5 décembre.

Yohan Odivart a trois casquettes. La première, celle du secrétaire départemental du syndicat national des enseignements du second degré (SNES) de la Marne. La seconde, celle du professeur d'histoire-géographie au collège Robert Schuman. Et enfin, la troisième, celle qu'il ne quitte jamais sans toutefois l'exposer franchement : celle du citoyen qui a un jour décidé d'embrasser la carrière de professeur dans l'éducation nationale.

Ce mercredi 4 décembre, à la veille d'un mouvement de grève nationale d'ampleur, le secrétaire départemental marnais est confiant. L'engagement sera conséquent estime-t-il. "Certains collègues nous demandent beaucoup de renseignements sur cette grève, y compris ceux qui n'ont encore jamais manifesté." Derrière lui, sa collègue, syndiquée également, abonde :

En quinze ans, on n'a jamais vu ça. Je pense que beaucoup d'établissements secondaires ne seront pas opérationnels ce jeudi.
-Elodie Geas, enseignante et syndiquée au Snes.


Et Yohan Odivart de souligner, visiblement étonné : "Les gens nous demandent même si ça va continuer après le 5 décembre." 


De 275 à 525 euros net en moins à la retraite

Les raisons d'une telle colère ? La réforme des retraites à venir, et avec elle, l'impression de flou et de manque d'écoute que ressentent les enseignants. Selon le rapport du haut commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye, qui pose les jalons de la réforme à venir, les retraites des enseignants ne seront plus calculées à partir des traitements des six derniers mois, mais de l'ensemble de leur carrière. Or un enseignant commence aux alentours de 1.500 euros net mensuels. Traitement qui évolue lentement au cours de la carrière. Au bout de presque 20 ans d'ancienneté, Yohann en est à 2.100 euros net. "On a un système de retraite qui nous assure 75% de notre salaire des six derniers mois de notre carrière, notre échelon le plus élevé, ce qui nous assure une retraite confortable." 

Car Yohan Odivart, comme beaucoup de ses collègues, a accepté un contrat tacite en rejoignant l'éducation nationale : un enseignant gagne moins qu'une personne à niveau de diplôme équivalent dans le privé, mais touchera une retraite confortable. Du moins, c'est ce qui était convenu avant le rapport Delevoye. Le Rémois revêt sa casquette de citoyen : "Ce n'est pas ce pour quoi j'ai signé. J'ai l'impression d'avoir été floué."

Ce n'est pas faute de la part du ministre de l'éducation nationale de vouloir temporiser. Jean-Michel Blanquer a envoyé deux courriers ces derniers jours afin d'apaiser les tensions. Le premier aux organisations syndicales, dans lequel il a tenté d'apaiser le débat. Dans le second, il s'est cette fois adressé à tous les professeurs, s'engageant à un minimum retraite de 1.000 euros. Avec une pension moyenne de 2.700 euros brut, les enseignants estiment qu'ils perdront de 275 à 525 euros net par mois.
 


"Cela fait dix ans qu'on nous fait des promesses"

"Les promesses n'engagent que ceux qui les croient, lance Yohan d'un ton las, reprenant une formule bien connue. Cela fait dix ans que nos points d'indice sont gelés, qu'on nous promet beaucoup de choses, mais qu'on ne voit rien changer." C'est à nouveau le syndicaliste qui s'exprime. Selon lui, cette communication est "floue" et traduit une certaine peur de la part du gouvernement. Seulement, après dix ans de revendications sans réponse positive de la part des gouvernements qui se sont succédés, Yohan, le citoyen, professeur d'histoire-géo et syndiqué, n'y croit plus.

Tout à coup, parce qu'on sent qu'il va y avoir une mobilisation forte, on nous promet que les salaires vont augmenter.
-Yohan Odivart, enseignant dans le secondaire et secrétaire départemental SNES.  

Autre point de crispation : si la réforme venait à passer, elle impliquerait un allongement de la durée de cotisation. Avec au minimum cinq années d'études et l'obtention du concours de la fonction publique du premier coup, un enseignant débute sa carrière au plus tôt à 24 ans. "Avec 42, 43 ans de cotisations, cela implique un départ à la retraite à 67 ans. Et encore, pour ceux qui ont le concours de suite. J'ai beaucoup de collègues qui ont dû s'y reprendre à quatre voire cinq fois avant de l'obtenir !"

Cette fois, c'est le professeur et Yohan qui s'inquiètent. Le professeur de 38 ans, qui se dit encore assez en forme pour tenir une classe de 30 adolescents. C'est aussi Yohan qui voit ses collègues proches de la retraite et qui se demande chaque jour comment il sera à leur âge. "J'ai beaucoup de respect pour eux, mais je vois bien qu'à l'approche de la retraite, on commence à avoir moins de patience, à avoir hâte de passer à une autre étape de sa vie." Ce jeudi 5 décembre, il défilera dans les rues de Reims, "pour défendre non pas ses "privilèges", mais ses "droits". Cette fois, c'est le professeur d'éducation civique qui a parlé.

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