Législatives 2024 : le casse-tête de l'organisation des débats sur France 3, face aux refus de nombreux candidats

Dans cette campagne éclair des élections législatives, l'organisation des débats de l'entre-deux-tours sur France 3 a viré au casse-tête. De nombreux refus, en particulier du RN, ont privé de paroles certains candidats.

Organiser des débats en vue du second tour des élections législatives du dimanche 7 juillet 2024. Tel était l'objectif des stations de France 3 dans les 24 antennes du réseau. Mais la mise en place de ces échanges télévisés en un temps très court, diffusés ce mercredi 3 juillet à 19h40, a viré au casse-tête, voire à la fable politique.

En Champagne-Ardenne, tout a commencé lundi. La candidate RN des Ardennes, Pauline Mester, a refusé poliment. "Je n'ai pas le temps, je fais du boîtage, je suis sur les marchés". Malgré la proposition qui lui est faite de venir sur place sur sa circonscription, enregistrer le débat. "Non, je ne pourrai pas, désolé". Face à elle, un candidat LR, Pierre Cordier, a été privé de débat.

Une soixantaine de refus au total

Même chose dans l'Aube, un refus. En Haute-Marne, refus ou non réponse. Dans l'Aube non plus, la candidate RN Angélique Ranc, n'avait pas le temps de venir de Troyes à Reims pour débattre avec son adversaire Nouveau Front populaire. Une candidate LR de l'Aube n'a pas répondu favorablement. Résultat, pas de débat autour des circonscriptions de l'Aube sur France 3.

Dans toutes les antennes du réseau France 3, même constat. Sur 55 débats initialement prévus aujourd'hui sur nos antennes, nous avons essuyé une soixantaine de refus de la part de candidats du Rassemblement national et Les Républicains affiliés au RN. Et ce malgré des invitations envoyées dès la fin du premier tour. Déjà, lors des débats organisés le 19 juin entre le premier et le second scrutin, 13 refus de candidats RN avaient été comptabilisés.

En Alsace, le RN est le grand absent des débats du second tour, malgré cinq circonscriptions. Deux "ne peuvent pas venir", deux "n’ont jamais répondu" et la cinquième évoque des "engagements professionnels". Face à ces refus, le député sortant de la 4e circonscription du Haut-Rhin, Raphaël Schellenberger (LR), qui n’a pas pu débattre face à Marion Wilhelm (RN), déplore la situation : "On ne peut pas se dire démocrate et refuser de participer à un débat. C’est biaiser la démocratie. Cela cache la médiocrité des candidats. Je pense que les Français ne veulent pas être représentés par des gens qui ne savent pas défendre leurs idées sur un plateau."

Des raisons... diverses et variées

Qu'il s'agisse d'un refus clair et net dès le début ou d'une annulation plus ou moins au dernier moment, jusqu'à deux heures avant l'enregistrement pour six candidats, diverses raisons ont été évoquées : "Pas de possibilité de garde de mon bébé", "Mon suppléant est chez l'ophtalmologue".

Ou encore la députée Marie-Claude Voinçon (2e circonscription de Moselle) qui a décliné le matin même, via son suppléant, l'invitation de France 3 Lorraine, expliquant qu’elle était souffrante. "La veille au soir elle débattait avec son adversaire sur Moselle TV", note Céline Tognazzi, rédactrice en chef. Certains s'en sont même expliqués sur les réseaux sociaux.

Il y a également le candidat de la 5e circonscription des Côtes-d'Armor, Jean-Yves Le Boulanger, qui a transmis à France 3 Bretagne un communiqué expliquant avoir été convoqué par la commission de discipline du RN suite à ses propos sur Bretagne 5.

Épidémie de refus

D'autant que ces refus ont eu pour conséquence d'entraîner des annulations en cascade de la part d'autres candidats. “C’était assez surprenant de passer autant d’appels et d’envoyer autant de messages. Je n’avais jamais fait ça. On a bouclé notre casting à 14 heures pour 21 heures”, explique le rédacteur en chef de Paris Île-de-France, Bruno Massonnet.

Des réactions en chaîne qui n'ont pas facilité la tenue de ces débats ayant vocation à "éclairer les citoyens sur les enjeux de leur circonscription et les choix qu'ils souhaitent faire", selon les mots du directeur de l'information des régions de France Télévisions, Erik Berg.

Aussi, nous regrettons cette situation préjudiciable à la qualité de la confrontation des idées, plus que jamais nécessaire en période électorale.

Erik Berg, directeur de l'information des régions de France Télévisions

Afin de prouver sa bonne foi concernant le respect des règles de l'Arcom sur les temps de parole, les rédactions confrontées à l'impossibilité d'un débat en bonne et due forme ont décidé d'expliquer la situation à l'antenne. Lors du premier tour, il pouvait être demandé aux candidats de signer un document afin d'avoir une trace écrite de renoncement. Un courrier était également envoyé aux absents.

"Aucune consigne de vote" du RN

Selon le politologue Olivier Dupéron, il est "difficile de savoir si ces refus de débattre correspondent à des directives nationales ou à des initiatives personnelles. Mais ce qui est certain, c’est que dans beaucoup de circonscriptions, le RN arrive en tête avec une dynamique très positive, sans même avoir besoin de faire campagne localement. La campagne est incarnée par Jordan Bardella et Marine Le Pen, il suffit de regarder les affiches. Or quand on manque de connaissance du terrain et des circonscriptions, on risque de mettre en avant des faiblesses.”

De son côté, la communication du Rassemblement national a affirmé auprès de France Télévisions n’avoir donné “aucune consigne de désistement aux candidats dans les circonscriptions”.

Reste que cette situation pourrait mettre en difficulté le Rassemblement national, comme le met en avant le politologue : "Dans la perspective d’élargissement de la base électorale pour obtenir une majorité absolue et non relative et dans cette dynamique de désistements qu’on connaît depuis le premier tour, pour une partie des électeurs encore indécis, le fait d’être privé de débat peut faire naître un doute et donc faire basculer les choses. Donc, sur les indécis, sur ceux qui peuvent encore hésiter, ça peut avoir un effet négatif pour le RN”.

Dans certaines antennes, cette tradition démocratique a toutefois pu être maintenue, comme à France 3 Poitou-Charentes qui a pu enregistrer ses trois débats et à France 3 Centre-Val de Loire“tous les débatteurs invités sont venus”, s’est réjoui le rédacteur en chef Antoine Denéchère. Y compris les trois candidats du Rassemblement national. Certains candidats des autres partis ont également refusé de débattre, mais dans une proportion toute autre.

Tous les débats qui ont été organisés sont à retrouver sur la plateforme france.tv.

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