Nuit des cathédrales : pourquoi Notre-Dame de Reims est toujours en travaux

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Écrit par Matti Faye avec Juliette Vincent-Seignet et Baptiste Galmiche

Elle donne à certains l'impression d'être perpétuellement en travaux. Notre-Dame de Reims enchaîne les chantiers pour assumer son âge. Nous sommes montés jusqu'à la toiture du monument pour vous montrer ce qu'il se passe derrière les échafaudages.

Avec sa grande rosace et ses 2 300 sculptures, la cathédrale Notre-Dame de Reims est l'une des plus grandes icônes de l’architecture gothique au monde. Mais à y observer de plus près, on se rend bien compte que le monument se dégrade.

Pour le constater, il faut s'élever à plus de quarante mètres de hauteur, sur les toitures du chevet actuellement en plein chantier. "C'est des endroits où il y a peu de soleil et beaucoup de précipitations. C’est pour ça que le plomb est parfois en mauvais état de nos jours", indique Jean-Pierre Riocreux, ingénieur du patrimoine à la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) du Grand Est.

La cathédrale est fragilisée en plusieurs endroits. Les sculptures, par exemple, sont rongées par la pollution et par les années. "On a un ange qui ne ressemble plus tellement à un ange. Il a perdu beaucoup de pierre. Même les parties métalliques se délitent. Il va être complètement remplacé par une sculpture réalisée à partir de relevés et de photos anciennes", complète-t-il. "On a des vitraux du XIIIe siècle qui sont très altérés, avec une alvéolisation des verres. Ce qui est important c'est de les protéger pour les léguer aux générations futures. Ce sont des vitraux qui ont un intérêt historique et artistique."

"La cathédrale est toujours en travaux"

Depuis sa construction, débutée en 1211, la cathédrale a toujours eu besoin d'être choyée. Car l'Histoire ne l'a pas épargnée. "La cathédrale est toujours en travaux. Elle a été édifiée essentiellement autour du XIIIe siècle. Mais dès la fin du XVe, il y a eu un drame en 1481 avec un incendie qui  a détruit la toiture et fait de gros dégâts", raconte Patrick Demouy, historien spécialiste des cathédrales. "L'importance des sommes à mettre en jeu et les délais de restauration expliquent qu'on n'ait pas fini la cathédrale telle qu'elle était prévue. Il lui manque les flèches dont avaient rêvé les bâtisseurs."

"Il y a eu au XVIIIe siècle, des travaux importants entrepris par les chanoines qui ont cassé la clôture du chœur, les vitraux des fenêtres basses parce qu'ils voulaient dégager les perspectives. Ils voulaient faire une cathédrale moderne. La Révolution n'a pas fait trop de ravages ici, mais il y a eu bien sûr la guerre de 1914 qui a été un véritable drame, puisque la charpente a brûlé à nouveau. Et pendant quatre ans, près de 300 obus ont touché le monument."

En ce moment, il y a du travail notamment au niveau du grand orgue. "Après lavage de la tuyauterie, l'instrument a été dépoussiéré sur place. Maintenant, il convient de régler tous les tuyaux pour faire en sorte qu'ils aient une bonne harmonie et qu'ils soient accordés correctement", détaille Stéphane Dumesnil, facteur d'orgue.

Il faut dire que l'instrument n'avait pas été dépoussiéré depuis 1962. "Il y avait une couche très importante de poussière et beaucoup de dysfonctionnements. Ça permet de remettre l'instrument en état de bon fonctionnement et de gagner un peu en fiabilité", ajoute le professionnel.

On est dans un environnement qui est assez exceptionnel dans lequel on ne travaille pas forcément tous les jours. C'est très agréable, ça amène une dimension supplémentaire.

Stéphane Dumesnil, facteur d'orgue

Pour se refaire une beauté, le monument peut compter sur un budget de trois millions d’euros, en partie financé par l'État dans le cadre du plan de relance. Les travaux du chevet vont s’étendre sur deux ans.

La cathédrale "a besoin d'être terminée"

Les pouvoirs publics ne sont pas les seuls à financer les travaux de la cathédrale. Cela passe aussi par de l'argent privé, apporté par les Amis de la cathédrale de Reims.

"Notre association a été créée en 1917, pendant la guerre, par deux notables rémois. Un architecte et un directeur de maison de champagne, précise Bernard Poret, le président de l'association. L'objet de cette association, c'était de participer avec l'État à la restauration de cette cathédrale une fois la guerre terminée. Mais on continue toujours car la cathédrale a besoin d'être entretenue. Et les Amis de la cathédrale apportent toujours des fonds sur un certain nombre de chantiers."

Il y a toujours des travaux à faire. Le plan de relance a permis de déclencher un certain nombre de travaux.

Bernard Poret, président des Amis de la cathédrale

"Elle a besoin d'être entretenue comme toutes les cathédrales. Mais elle a également besoin d'être terminée, d'une certaine façon, ajoute-t-il. Parce qu'elle a été restaurée en 1938, mais il y avait un tas de travaux à l'extérieur de la cathédrale qui n'avaient pas été faits. Le portail sud, le portail nord et le portail central ont été faits très récemment dans les quinze ans qui nous précèdent."

La nuit des cathédrales, organisée samedi 14 mai 2022, sera l'occasion de mettre à l'honneur le monument emblématique de Reims, mais aussi d'autres partout en France. La Champagne-Ardenne compte quatre cathédrales : Notre-Dame de Reims donc, mais aussi la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes, la cathédrale Saint-Étienne de Châlons et la cathédrale Saint-Mammès de Langres.