Reims : après le meurtre d'un travesti de 51 ans et l'incendie de son appartement, un suspect est mis en examen

C'était il y a une semaine à Reims, le 7 avril dernier, le corps d’un homme de 51 ans était retrouvé égorgé après l’incendie de son appartement, avenue de Laon. Un suspect a été mis en examen "meurtre aggravé en raison de l’orientation sexuelle de la victime".

Les faits se sont déroulés au 203 avenue de Laon à Reims.
Les faits se sont déroulés au 203 avenue de Laon à Reims. © Google Maps

Le 7 avril dernier, vers 22h30, un homme d'une cinquantaine d'années est retrouvé gisant au sol, après l'incendie de son appartement. Il ne faisait guère de doute qu'il n'avait pas péri accidentellement dans les flammes de sa demeure. Il a été retrouvé égorgé chez lui, avenue de Laon à Reims, au deuxième étage de la résidence située au nº203. L’aspect criminel paraissant établi, le parquet saisissait la DTPJ de Reims des chefs d’incendie volontaire et meurtre.

 

"Meurtre aggravé en raison de l’orientation sexuelle de la victime"

Ces dernières heures, l’enquête menée par les policiers du SRPJ de Reims a avancé à grands pas. Sur place, le soir du drame, ils découvraient le corps d’un homme nu, en arrêt cardio-respiratoire qui devait décéder peu de temps après sur place, tandis que l’incendie, circonscrit, avait détruit la salle de bain de l’appartement. Un homme, placé en garde à vue jeudi matin, soupçonné d’être l’auteur des faits a été arrêté. Il a été présenté ce vendredi 16 avril 2021 au pôle d’instruction de Reims et mis en examen pour "meurtre aggravé en raison de l’orientation sexuelle de la victime".

Selon le procureur Matthieu Bourrette lors de sa conférence de presse ce vendredi après-midi a expliqué que "l’enquête de voisinage permettaient d’établir que le défunt, célibataire de 51 ans, agent intérimaire, était le locataire de l’appartement, qu'il vivait seul, homosexuel, se travestissant uniquement chez lui et qu'il recevait épisodiquement des hommes mais sans qu’il soit établi d’acte de prostitution."

 

Thèse criminelle

Des vêtements de femme ont été retrouvés dans l’appartement dont certains découpés sans doute à l’aide d’une paire de ciseaux (soutien-gorge, guêpière, jupe écossaise). L’autopsie réalisée démontre que le corps du défunt présentait 14 plaies par arme blanche de type canif au niveau du cou et des cervicales, dont 4 étaient profondes et transfixiantes. Il s’agit de la cause du décès.

 

Il est également établi que la victime était décédée avant le démarrage de l’incendie.

Matthieu Bourrette, procureur de la république de Reims

 

A la suite de l’incendie, l'expertise réalisée a confirmé la thèse criminelle, "le fait que le feu a pris dans la salle de bain, et s’est développé grâce à un accélérant", poursuit le procureur.

L’enquête de voisinage a également permis d’établir qu’au moment de l’incendie un voisin a vu sortir de l’appartement du défunt, "un homme d’environ 25 ans, mesurant approximativement 1m85, de couleur noire, type africain" décrit Matthieu Bourrette. "De nombreuses investigations techniques étaient réalisées qui permettaient notamment d’établir que la carte bancaire du défunt était toujours active après son décès".

 

Un suspect identifié

"Ces éléments permettent d’identifier un certain Jean-Paul ISAKI, né en 1994 à Kinshasa (Congo), demeurant à Chalons en champagne, et titulaire d’une carte de séjour de 10 ans depuis 2017, délivrée par la préfecture de l’Essonne, ayant le statut de réfugié" rapporte le procureur. Il apparaissait que son téléphone bornait à proximité de chez la victime le soir des faits.

L’exploitation des données d’utilisation de la carte bancaire du défunt permet de déterminer qu’elle avait été utilisée notamment sur l’application Ubert Eat, en liaison avec son compte utilisateur et des adresses de livraison qui correspondaient à son domicile sur Châlons, à celui de ses parents en région parisienne, à Corbeil-Essonne ainsi qu’à Evry. Il est encore établi que cette carte a également servi à louer une chambre en  R bnb en région parisienne pour la nuit du 14 au 15 avril 2021. C'est là que les enquêteurs de la DTPJ de Reims ont interpellé l'individu le 15 avril à 6 heures du matin.

 

"Une escroquerie" pour se défendre

Lors de sa garde à vue, il a reconnu être l’homme vu par un témoin sortant de l’appartement du défunt, et a indiqué mesurer 1m85. Pour sa défense, "il a expliqué avoir été victime d’une escroquerie au faux chèque" (il aurait accepté d’encaisser un chèque d’un tiers et de se répartir la somme, mais selon lui après retrait de la somme la banque lui aurait demandé le remboursement au motif que le chèque était frauduleux).

L’auteur de l’escroquerie au faux chèque lui aurait donné rendez-vous chez la victime qu’il n’avait jamais rencontrée auparavant et avec qui il n’avait eu aucun contact. "Il évoluait dans ses déclarations, mais sa dernière version pouvait être résumée de la sorte", explique Matthieu Bourrette.

Selon son témoignage, "il est entré de force chez la victime, aurait commencé à fouiller pour retrouver les 500 euros qu’il venait chercher, puis il aurait eu une altercation physique avec la victime qui était habillée en femme, et prenant le dessus, il l’aurait étranglée."

 

Des actes immondes

Les détails sont ensuite tous aussi horribles les uns que les autres : "il aurait poursuivi sa fouille dans l’appartement, et aurait constaté que la victime qui se trouvait au sol se remettait à bouger. Il aurait alors tiré la victime jusque sur son lit, la positionnant sur le ventre, et l’aurait alors violée, par pénétration anale, tout en l’empêchant de crier en lui mettant un coussin sur la tête."

Il a expliqué lors de sa garde à vue "avoir imposé à la victime un acte sexuel complet avec éjaculation, précisant que 'puisque la victime attendait un rendez-vous et qu’elle voulait du sexe' il avait profité d’elle. Et constatant que la victime s’était remise debout en menaçant d’appeler la police, il a décidé de prendre une paire de ciseaux et l’a frappée à de multiples reprises, alors qu’elle était debout, puis au sol."

L'homme a ensuite dévêtu la victime, a découpé les vêtements de femme qu'elle portait, lui a découpé les cheveux, et a trainé le corps encore vivant jusque devant la salle de bain. "C'est là qu'il a mis le feu où il avait entreposé les vêtements découpés, afin d’effacer les traces et indices."

 

Un casier judiciaire vierge

Son casier judiciaire est vierge. Mais il est connu des services de justice. Il a été mis en examen au tribunal d’Evry en novembre 2019 pour des faits de tentative d’homicide en 2017 sur une escort girl qui était un transsexuel, et placé à l’époque sous contrôle judiciaire : cette information judiciaire est toujours en cours.

Le procureur de Matthieu Bourrette a retenu la qualification de "meurtre aggravé en raison de l’orientation ou de l’identité sexuelle de la victime". Et le procureur d'ajouter : "En outre, les faits précédents qui lui sont reprochés permettent de s’interroger sur la volonté réelle de ce monsieur de s’en prendre exclusivement à des travestis ou des transsexuelles dans le cadre de relations intimes ou de rendez-vous."

Matthieu Bourrette a également retenu le crime de viol en raison de l’orientation ou de l’identité sexuelle de la victime pour les mêmes motifs, les conditions du passage à l’acte pouvant de surcroît laisser penser à une sorte d’acte punitif.

"J’ai également retenu les délits de vol, et escroquerie s’agissant du vol et de l’usage frauduleux de la carte bancaire de la victime. J’ai enfin retenu l’incendie volontaire de l’appartement" ajoute-t-il.

L’homme encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il a été déféré ce vendredi après-midi devant un juge d’instruction du tribunal de Reims, pour l’ensemble de ces 5 faits pour lesquels il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il a placé en détention provisoire. 

 

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