Reims : des catholiques appellent à se rassembler devant la cathédrale pour demander le retour de la messe

Malgré le rejet par le Conseil d’Etat de laisser les catholiques mener des offices religieux en ce confinement, des pratiquants appellent à se rassembler dimanche à Reims. Ce mouvement local ‘’pour la messe’’ fait suite à d'autres prières devant des églises en France.
 

La cathédrale de Reims. Une manifestation de catholiques demandant le retour de la messe est prévu ce dimanche 15 novembre.
La cathédrale de Reims. Une manifestation de catholiques demandant le retour de la messe est prévu ce dimanche 15 novembre. © FTV
Après Nantes et Versailles dimanche dernier, il y aura des catholiques Rémois devant la cathédrale ce dimanche 15 novembre pour réclamer le retour de la messe. ''Pour certains, l’heure de jogging est indispensable et elle est autorisée. Il faut que le gouvernement comprenne que les offices liturgiques une fois par semaine, c’est aussi vital pour nous. C’est une façon de se nourrir, de communier et de se témoigner de la solidarité'' précise Emmanuelle.

Emmanuelle est une toute jeune femme de 27 ans mais déjà très engagée. C'est l’une des deux catholiques de Reims à l’origine du rassemblement de prière prévu entre 16h30 et 17h30 ce dimanche 15 novembre. Mère au foyer de deux petits-enfants, animatrice d’un groupe d’éveil à la foi, Emmanuelle a lancé localement le mouvement avec son amie Clothilde, sage-femme.

''Nous sommes loin d’être des illuminées ! s’exclame Emmanuelle. La liberté de culte est l’une des plus importantes que la République doit garantir, autant que la liberté d’expression ou  d’enseigner, des libertés qui toutes ont été bafouées récemment par les attentats’’ ajoute-t-elle avant d’expliquer qu’elle a mûrement réfléchi à cet appel avec ses amis et sa famille.

Auparavant elle a signé la pétition lancée sur le site pourlamesse.fr. Et malgré le rejet le 7 novembre dernier par le Conseil d’Etat des démarches faites par l’archevêque de Reims Mgr Eric De Moulins Beaufort (également président de la Conférence des Evêques), elle y croit encore.
 

 ''Nous avons déjà été privés pendant le premier confinement alors là ce n’est plus possible, en particulier au moment où l’on va entrer dans la période de Noël.''

Emmanuelle Villedey membre de la Paroisse Catholique de Reims


Cet appel a été relayé sur les réseaux sociaux par l’Association des Familles Catholiques et d’autres membres de la paroisse de Reims dont Marie C. ‘’Moi j’ai la chance d’être en famille'' répond elle ''mais pour les personnes isolées, c’est vraiment dur d’être derrière son écran. Et notre religion a ceci de particulier que l’Incarnation est très importante. ’’
  


De l’incompréhension face aux propos du Ministre de l’Intérieur

Dans ce contexte, Emmanuelle et Marie C. ont été particulièrement surprises d’entendre les propos du ministre de l’Intérieur ce vendredi 13 novembre sur Franceinfo. Interrogé  sur ces manifestations, Gérald Darmanin a affirmé qu’il était prêt dès ce week-end à envoyer des policiers ''verbaliser des croyants devant des églises ’’ s’il le fallait.

Il a rappelé que les lieux de culte restaient ouverts : "Un ministre des cultes peut continuer à faire son office et filmer son office" pour que ''pendant le confinement, on puisse avoir un lien avec sa religion", a-t-il affirmé. Mais "il ne peut pas y avoir d'office religieux, vu la gravité de la situation sanitaire".

Dans un tweet publié ce vendredi 13 novembre, le ministre a annoncé qu'il allait recevoir les représentants des cultes. "Comme je m’y étais engagé dès notre rencontre au début du confinement, je recevrai de nouveau les représentants des cultes lundi matin afin d’évoquer avec eux les modalités d’organisation dans la période actuelle".
   

Un protocole sanitaire très strict

Qu’il soit risqué de pratiquer comme d’habitude, Emmanuelle ne le pense pas dans la mesure où d’énormes efforts de protocole sanitaire ont été consentis : espacements d’une chaise sur deux sauf famille déjà constituée, espacement d’un banc sur deux, gel hydro-alcoolique obligatoire à l’entrée des églises et avant la communion, port du masque. La réflexion est similaire pour Marie C : ''Si l’on compare à d’autres activités autorisées comme le déplacement  en tramway, la fréquentation du marché du Boulingrin ou d’une supérette peu aérée, les conditions sanitaires me semblent moins sûres. Du reste, il n’y a aucune étude prouvant que des foyers de contamination sont nés dans des églises à ma connaissance…''

Du côté du diocèse de Reims, on explique que ce mouvement émane de la paroisse cathédrale de Reims, l’archevêque n’est donc pas impliqué. "Les rassemblement sont interdits, mais là c’est légitime,  car ce n'est pas interdit par le confinement. Il n’est pas prévu qu’ils se déplacent. On n’encourage pas forcément la manifestation, mais on n’empêche pas les chrétiens de prier. Prier pour exprimer sa foi, c’est très bien. Si c’est dans une logique contestataire, cela ne rejoint pas la position de l’archevêque. En revanche si les catholiques veulent venir prier dans la cathédrale ce n’est pas interdit".

Le diocèse évoque par ailleurs des initiatives qui surgissent pour distribuer la communion après la messe. A l'église Saint Zndré par exemple, où la communion est distribuée après la messe en vidéo. "C’est une initiative qui est positive, souligne le diocèse, car les gestes barrières sont respectés.  C’est reconnaître le besoin des chrétiens".
 

135 euros d’amende ?

Quant à la sanction qui menace les croyants s’ils se déplacent dimanche, Emmanuelle ne la craint pas non plus et ne comprend pas l’annonce du Ministre. ''Nous avons déclaré ce rassemblement pour une centaine de personnes en préfecture et nous avons obtenu l’autorisation. Nos démarches ont respecté la légalité et les propos du Ministre risquent de faire perdre de la légitimité au gouvernement.''

Jusqu’où ces catholiques sont-elles prêtes à aller ? Emmanuelle attend de voir comment va se passer ce dimanche. ''Ce qui est sûr, c’est que nous ne voulons pas être en colère, mais en prière'' conclut-elle. Elle serait prête à rééditer l’appel la semaine suivante, dans le respect des gestes barrières, bien entendu.


 
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