Reims : des travailleurs handicapés ouvrent une légumerie pour plus de circuit court dans les cantines

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Écrit par Céline Lang
Deux travailleurs en situation de handicap à la légumerie de l'ESAT de Tinqueux près de Reims.
Deux travailleurs en situation de handicap à la légumerie de l'ESAT de Tinqueux près de Reims. © Teddy Caruel / France télévisions

Ce 16 novembre 2021, une légumerie a été inaugurée près de Reims. Tenue par des travailleurs handicapés, elle a pour objectif de préparer et conditionner des légumes locaux à destination de la restauration collective. Une démarche entièrement tournée vers le développement durable.

Bienvenue aux Ateliers de la forêt, à Tinqueux, près de Reims. Le nom du lieu est poétique, l’activité qui s’y déroule, pleine de sens. C’est en effet au sein de cet établissement ou service d’aide par le travail (ESAT) que Christelle et beaucoup d’autres ont trouvé leur nouvelle source d’épanouissement : les légumes. Ils travaillent ici depuis quelques jours à la préparation de pommes de terre, de carottes ou encore de poireaux à destination de la restauration collective.

Tous sont travailleurs handicapés et présentent une déficience mentale légère ou moyenne, et parfois des troubles psychologiques. Mais cela ne les empêche pas de développer de nouvelles compétences, au sein de cette légumerie flambant neuve. Yannick, moniteur en légumerie, qui accompagne ces travailleurs au quotidien, explique : "Les pommes de terre sortent de la laveuse, et nous, notre boulot, c’est de contrôler que le rinçage est bien effectué, que les buses sont bien alimentées. Une fois propres, les pommes de terre vont être découpées, en rondelles ou en cubes, suivant ce que demandent les clients". Il faut ensuite les peser, les ensacher et les mettre sous vide.

La production est locale, la destination aussi : ces légumes iront remplir les assiettes des cantines des collèges, des lycées ou des établissements médico-sociaux environnants. "On était à la recherche d’une nouvelle activité porteuse de sens, explique Loïc Flamand, directeur du pôle travail et insertion professionnelle au sein de l’association Papillons blancs Champagne, qui porte l’ESAT. Aller vers la transition écologique, c’était un besoin de territoire et c’était conforme aux valeurs portées par notre association."

Développer des compétences pour s’insérer

S’insérer dans la société par le travail, c’est une autre des valeurs portée par l’association des Papillons blancs Champagne. L’ESAT des Ateliers de la forêt s’engage donc à aider une quinzaine de travailleurs en situation de handicap à développer des compétences et à gagner en autonomie.

Les personnes en situation de handicap ont de réelles compétences, qui peuvent être les mêmes que tout travailleur ordinaire. Ils ont en revanche besoin d’être accompagnés de manière spécifique et c’est tout notre travail.

Loïc Flamand, directeur du pôle travail et insertion professionnelle aux Papillons blancs Champagne

Plusieurs activités, en plus de la légumerie, sont donc proposées au sein de l’établissement, comme du conditionnement ou de la sous-traitance industrielle. Chacun travaille environ 35 heures par semaine, et touche à la fois une partie du SMIC et l’allocation pour personnes handicapées. Mais l’objectif final est bien de monter en compétences pour pouvoir, peut-être, viser un emploi en milieu ordinaire. Ces nouvelles compétences peuvent par ailleurs être validées par un diplôme reconnu dans tous les ESAT de France.

"On va également proposer des activités sportives ou culturelles, poursuit Mathilde Nicolas, cheffe de service de l’ESAT des Ateliers de la forêt. Et toutes les activités proposées sont en lien avec une difficulté rencontrée sur le poste de travail. Si par exemple la personne a des difficultés de concentration, on va lui proposer une activité qui va lui permettre de développer ses capacités de concentration".

Le lien social au cœur du projet

Pour le moment, aucun des travailleurs de l’ESAT des Ateliers de la forêt n’a été embauché en milieu ordinaire. Mais l’espoir reste permis, tout comme l’idée de faire des stages dans d’autres établissements spécialisés ou dans des entreprises adaptées. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que travailler de ses mains, gagner sa vie, poursuivre un but, est source d’épanouissement.

Ça m’apporte beaucoup de chance, beaucoup de bonheur. Je suis très heureuse de ce projet de légumerie et de la qualité des légumes qui viennent des producteurs.

Christelle Itan, productrice en légumerie

La jeune femme se réjouit que chacun ait pu trouver sa place au sein de la nouvelle activité de l’ESAT : "Pour les collègues, ça change beaucoup, parce qu’on a chacun un projet, une zone [de travail] à respecter. En fonction de ce que chacun est capable de faire, on va pouvoir aider tout le monde. En plus, les personnes handicapées sont motivées, c’est un bon moment, c’est agréable de travailler dans la légumerie".

La création d’un collectif est donc au cœur du projet de l’établissement. Il est source de joie et d’équilibre pour les travailleurs, qui peuvent alors, par ce biais, sortir de la solitude qui accompagne parfois le handicap. Mais au-delà de cela, y compris en milieu ordinaire, qui n’a jamais pris plaisir à un bon moment partagé entre collègues, lors d’une pause-café ? "On leur permet d’améliorer leur confiance en eux, ils travaillent en équipe, donc ça leur apporte aussi un lien social", conclut Mathilde Nicolas.

En une seule activité, la légumerie de Tinqueux veut donc porter un grand nombre de valeurs liées au développement durable : le fait que chacun puisse trouver sa place, quelle que soit sa différence, que l’activité poursuivie soit utile à la planète comme aux petits producteurs et qu’à terme, les élèves des établissements alentours trouvent dans leur assiette des légumes frais et locaux.

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