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Reims: Ils sont vegan et témoignent de leur engagement à ne plus consommer aucune protéine animale

Ces marnais regrettent que l'offre en restauration vegan à Reims soit limitée. / © Juliette Poirier. France 3 Champagne-Ardenne
Ces marnais regrettent que l'offre en restauration vegan à Reims soit limitée. / © Juliette Poirier. France 3 Champagne-Ardenne

En marge d'une campagne de l'association L214 en faveur de la cause animale à Reims, des marnais ont accepté ce samedi 18 mai, de raconter pourquoi ils étaient devenus vegan. Depuis plusieurs années, ils ne consomment plus aucune protéine animale. Un changement d'alimentation et de mode de vie.

Par Juliette Poirier

L'association de protection animale L214 a des référents locaux à Reims depuis deux ans.
En 2017, l'association lançait une campagne "Veggie Challenge", ou comment se nourrir sans aucune protéine animale durant 21 jours.
Depuis, les relais d'action à l'échelle locale se multiplient. A une semaine d'une nouvelle campagne L214 qui met en relation l'élevage et le réchauffement climatique, cette question : être vegan aujourd'hui, qu'est-ce que cela signifie?

Des jeunes marnais vegan -et fiers de l'être- ont accepté de nous expliquer pourquoi ils ont fait ce choix.

Sans viande, sans poisson, sans concession

Le rendez-vous est donné dans un pub rémois. Au menu : bières, fish and chips et planchas de charcuterie!
Un comble pour des vegan, non? Sourires et rires. Autour de la table ils sont une petite dizaine à siroter jus de fruit et thé. Et ils ont des arguments.
"A Reims, l'offre vegan est très limitée. Si l'on compte trois adresses de restaurants et bars qui proposent des plats ou des produits vegan c'est bien le grand maximum", explique Charlotte Cottrez, vegan depuis 4 ans.
© L'association L214 donne 21 recettes différentes pour apprendre à se nourrir sans protéines animales.
© L'association L214 donne 21 recettes différentes pour apprendre à se nourrir sans protéines animales.

Charlotte a 30 ans. Elle est consultante en insertion professionnelle à Reims et se définit comme une "vegan à 90%".
A cause de déjeuners extérieurs liés à son travail, elle ne peut pas toujours manger comme elle le souhaite. Des contraintes liées également à son emploi du temps. A l'extérieur, elle se considère donc comme une végétarienne.
Car avant d'être vegan, on est végétarien ou végétalien.

  • Un végétarien par définition ne mange ni viande ni poisson. Aucune chair animale.

  • Un végétalien lui, exclut également les produits laitiers, les œufs, et d'autres produits d'origine animale.

Mais chez elle, la jeune rémoise est une vegan à part entière. Son compagnon a également adopté le véganisme.

Je ne porte plus de laine, plus de cuir, plus de cosmétiques testés sur les animaux.
- Charlotte Cottrez, vegan depuis 4 ans

"Je ne fréquente pas les zoos, les cirques ou les corridas. Etre vegan, c'est une conviction idéologique forte", précise la jeune femme. Car au-delà de faire attention à ce que l'on met dans son assiette, être vegan, c'est adopter un nouveau mode de vie et de consommation qui respecte l'animal.

Un changement de vie

Autour de la table, tous sont unanimes. Devenir vegan a changé leur vie.

Leur recette préférée vegan? Le houmous- falafel ou les spaghettis bolognaises vegan à base de protéines de soja.

Une recette plébiscitée par les vegans. / © France 3 Champagne-Ardennes
Une recette plébiscitée par les vegans. / © France 3 Champagne-Ardennes

Pour Charlotte, issue d'une "famille viandarde" comme elle s'amuse à la décrire, son changement d'alimentation a étonné.
S'intéressant à la nutrition elle avait déjà choisi de diminuer sa consommation de viande pour "faire attention à sa santé", précise -t-elle.  Son déclic a été la lecture d'un ouvrage,"Faut-il manger les animaux?" de Johnatan Safran Foer.
"J'ai pris conscience des conditions d'élevage atroces de certains animaux. J'ai eu un choc", précise la rémoise.

Au quotidien c'est une nouvelle organisation. Il faut apprendre à cuisiner autrement.
"J'ai fait des économies en remplaçant la viande par des céréales et des légumineuses. Mais ces économies, je les ai réinvesties dans du bio. En fait, j'ai surtout gagné en qualité de nourriture. Je cuisine plus et mes repas sont plus diversifiés. Je prends simplement en complément alimentaire de la vitamine B12 et je fais des prises de sang tous les deux ans. Avec ce nouveau régime alimentaire j'ai même beaucoup moins de carences en fer qu'avant", précise Charlotte.

Pour Angélique, 36 ans, végétarienne depuis 3 ans, en transition vegan, "le plus difficile est d'arriver à se passer de fromage. La tentation est grande."

Clivage familial

Ce changement alimentaire n'est pas toujours bien accepté dans l'entourage familial ou dans le cercle social.
Pour Ruddy, 29 ans, vegan depuis 2 ans, le devenir a créé un véritable conflit avec ses proches.

Mon père prend un malin plaisir à manger un énorme fromage coulant sous mes yeux, comme pour me narguer.
- Ruddy, vegan depuis 2 ans

"C'est lourd et parfois méchant", explique le jeune homme. "D'autant que dès que je vois un morceau de viande ou de fromage, cela m'écoeure. Ou plutôt, c'est ce que représente ce morceau de viande ou de fromage qui me dérange et me soulève le cœur."

Pour ces jeunes, être vegan est un choix de vie. / © Juliette Poirier. France 3 Champagne-Ardenne
Pour ces jeunes, être vegan est un choix de vie. / © Juliette Poirier. France 3 Champagne-Ardenne

Conséquence, cela l'a poussé –comme beaucoup de jeunes vegan- à être hyper-documenté.
"Comme on suscite la curiosité, on doit à la fois être anthropologue, sociologue, économiste, écologiste pour pouvoir répondre de manière précise à toutes les critiques ou incompréhensions", précise Ruddy.

Pour Baptiste et Ségolène, en couple, vegan depuis 3 ans, et référents rémois de L214, les vegan militants sont plutôt des femmes entre 25 et 35 ans.
"Les clichés ont la vie dure. Pour les hommes c'est plus difficile de s'affirmer ou de devenir vegan, car c'est ancré dans les mentalités: un homme qui mange de la viande c'est viril. La viande, c'est bon pour faire du muscle", explique Baptiste, vegan depuis 3 ans et membre de l'association L214.

Vegan et militants

Pour se sentir moins seuls et compris, et parce que c'est le mode de vie qu'ils ont choisi, ils se sont retrouvés au sein de l'association de protection animale L214. Le militantisme aussi a changé leur vie. Les termes de la discussion deviennent plus techniques.
"Je suis antispéciste, donc je suis vegan. Si le véganisme est un mode de vie individuel, personnel, être antispéciste est un acte militant, idéologique", explique Ruddy.

L'antispécisme est un courant philosophique né dans les années 70 qui considère que l'être humain ne prime pas sur les autres espèces. L'important est l'individu et non l'espèce ou la race à laquelle il appartient.
Dès lors, hommes et animaux sont égaux. Tous ont une conscience. Pour les antispécistes, les animaux comme les humains peuvent souffrir physiquement et moralement.
C'est notamment un courant de pensée auquel adhère le journaliste et écrivain Aymeric Caron.

"Veggie challenge"

Il y a deux ans, l'association L214 a donc lancé un défi avec mode d'emploi pour se passer de protéine animale durant 21 jours.

21 jours pour changer ses habitudes alimentaires avec des conseils pratiques, des astuces, des recettes, et un suivi via un groupe Facebook pour les personnes qui s'inscrivent au challenge via internet.
"Le veggie challenge est destiné aux curieux, à ceux qui veulent une transition vers le véganisme ou le végétarisme/ végétalisme, ceux qui souhaitent trouver un nouvel équilibre dans leur alimentation quitte même à ne manger vegan qu'une seule fois par semaine", précise Baptiste.
Le combat va même plus loin.

La prochaine campagne pour ces jeunes rémois vegan sera d'informer et d'expliquer le lien entre l'élevage et le réchauffement climatique.

Qu'est-ce qui consomme le plus d'eau entre manger de la viande et prendre 730 bains? Manger de la viande!
- Baptiste, vegan depuis 3 ans et membre de l'association L214

Et le jeune homme d'ajouter, "le méthane produit par les bovins est un gaz vingt-cinq fois plus polluant que le CO2, et c'est une source qui provient d'un rapport de la FAO".

Baptiste, Ségolène, Angélique, Charlotte, Ruddy et les autres sont contre l'élevage intensif, qu'il soit bio ou non. Contre les souffrances physiques et morales imposées aux animaux.
"Il a été prouvé que la séparation à la naissance d'un veau de sa mère parce qu'il va à l'abattoir est un déchirement pour les deux, une réelle source de souffrance et de stress pour ces animaux", explique Ségolène, en caressant Igloo son chien.

Autour de la table, l'ambiance devient studieuse.
Les amis vegan travaillent leur prochaine action pour l'association L214 à Reims.
Samedi 25 mai à 14h, ils seront place d'Erlon à la fontaine des solidarités pour sensibiliser les passants à la cause animale et au réchauffement climatique, avant de rejoindre la marche pour le climat qui défilera dans les rues de Reims à partir de 15 heures.
 

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