PHOTOS. Reims : l'ancienne Poste du Boulingrin démolie au profit d'immeubles haut de gamme

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Écrit par Tristan Vyncke

La démolition de l'ancien bureau postal du centre-ville de Reims est en cours, pour laisser place à deux immeubles derniers cris à l’horizon 2024. La mutation spectaculaire de ce quartier de l’hypercentre, a débuté il y a 10 ans.

Rue Olivier Métra, à deux pas de l’hôtel de ville de Reims, la vieille poste du Boulingrin n’est plus. Le bruit caractéristique de la grignoteuse accompagne les gravats qui s'amoncellent au sol. Nombreux sont les passants qui sortent leur smartphone pour immortaliser le chantier. Une page se tourne. Typique s’il en est, le bâtiment au charme d’après-guerre, avec ses 4 800m2 de béton, est peu à peu réduit en poussière par les engins de chantier. 

La démolition devrait se terminer dès la fin du mois de février 2022, elle sera suivie par les traditionnelles fouilles archéologiques, jusqu’au début de l’été, avant que ne sortent de terre les deux nouveaux venus dans un quartier historique en pleine transformation.  

Car s’il a longtemps été le grand oublié des politiques d’urbanisme, le quartier du Boulingrin est depuis plusieurs années l’objet d’une vaste politique de réhabilitation. Elle a démarré en 2012 avec la rénovation des halles, emblématique vestige de la reconstruction de Reims après la Grande Guerre.

S’en sont suivi la restauration des hautes promenades et le réaménagement de la friche du SERNAM qui a notamment donné vie à un complexe aqualudique et à des forêts urbaines. Naturellement, au fil des aménagements, la vie du quartier s’est redynamisée, et les commerces à proximité du marché historique ont fleuri. En quelques années, les riverains ont vu leur quartier se métamorphoser.

“Ça me fait toujours penser à un avis de décès quand on détruit un immeuble”  

Si tout le monde convient de l’utilité de rénover des bâtiments devenus obsolètes, voire insalubres, la façon dont sont menées ces rénovations déplait à certains. Francis Leroy, président de la Société des Amis du Vieux Reims, association de défense du patrimoine, “regrette qu’une restructuration des bâtis existants n’ait pas été choisie pour l’ancienne poste de Boulingrin”. C’était pourtant la solution initialement proposée par la société en charge du projet, mais après consultation de l’architecte des bâtiments de France, la démolition a été préférée, sans explications publiques.  

"C’est dommage” pour ce passionné qui estime que “le patrimoine architectural champenois, y compris d’après-guerre, mérite plus de respect”. Sans affirmer que l’on avait à faire à une merveille esthétique ou architecturale, le septuagénaire attribue aux constructions une part de l’âme, de l’histoire, de l’identité de la ville, alors leur disparition l’attriste. “ça me fait toujours penser à un avis de décès quand on détruit un immeuble”, résume-t-il. Pourtant il l’assure, il n’a rien contre la rénovation, ni même contre la construction, mais cela “doit se faire en harmonie avec le patrimoine existant, non pas à la place” .

Vers un quartier de luxe ?  

“Signature” c’est le nom du projet porté par Plurial Promotion, le Crédit Agricole Nord Est Aménagement et le Groupe BERDIN, associés pour l’occasion dans une société civile de construction-vente (CCSV). Il comporte deux immeubles de 7 et 4 étages, regroupant 86 logements allant du T1 au T6, ainsi que des locaux professionnels en rez-de-chaussée. Et le promoteur annonce la couleur : il propose des prestations “haut de gamme”.

“Plus de 1 200m2 d’espaces verts d’agrément, 193 places de stationnement sur trois niveaux de sous-sol et des prestations avant-gardistes, comme des boites aux lettres connectées, des bornes de recharge électrique pour les voitures, des planchers chauffants”. Ajoutons que tous les logements disposeront d’une “surface extérieure généreuse”, que les surfaces habitables sont délibérément “plus grandes que d’habitude”, et que les T5 et T6 sur les derniers niveaux auront même vue sur la cathédrale.

Plus de doute, on est sur des biens immobiliers “de luxe”. De plus, à quelques pas de là, la ville de Reims a décidé de revendre le parking du Boulingrin, qui sera quant à lui remplacé par un hôtel “de haut standing”. Mais le luxe un prix ! Alors que la commercialisation a commencé en octobre dernier, les futurs biens du Boulingrin se vendent à environ 5 850€ le m2, soit près du double du prix moyen sur le marché rémois.

De l’aveu de la directrice de l’activité promotion et aménagement, Caroline Loiseleur, le promoteur espère ainsi attirer des familles parisiennes. Mais jusqu’à quel point ? Les salaires Rémois peuvent-ils encore s’aligner ? On assiste peut-être à la gentrification d’un quartier pourtant déjà relativement huppé.