Relyfe, ex-InnovHealth : la start-up rémoise mise en liquidation judiciaire

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Créée en mars 2016 par trois co-fondateurs dont Adnan El Bakri, devenu médecin quelques années plus tard, la start-up InnovHealth, devenue Relyfe en 2021, a été mise en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Reims le 22 novembre dernier. La carte de santé connectée partout dans le monde n'ira pas plus loin.

Mars 2016, 22 novembre 2022, après six années s'existence, la start-up InnovHealth devenue Relyfe en 2021 avec l'arrivée de fonds américains, met donc la clé sous la porte.

Le tribunal de commerce de Reims avait déjà prorogé, le 11 octobre dernier, le délai de convocation de l'assemblée générale au 30 novembre. Permettant ainsi au président de Relyfe, Adnan El Bakri, d'avoir deux mois supplémentaires pour présenter les comptes de la société à ses actionnaires. Cela n'aura pas suffi. Le tribunal de commerce a donc prononcé la liquidation judiciaire. L'entreprise n'étant plus en capacité d’honorer ses créances depuis le 25 octobre dernier est dans une situation qui ne permet pas d’espérer un rétablissement.

Une situation pressentie par certains actionnaires joints par téléphone très récemment. Certains d'entre eux, une dizaine, avaient prévu de déposer des recours judiciaires. Mais face au report de l'assemblée générale et la mise sous protection de l'entreprise par le tribunal de commerce, ils ne sont pas allés plus loin. 

Quelques dates et une enquête de France 3

En mars 2016, InnovHealth est créée par trois co-fondateurs dont Adnan El Bakri, actuel président. Le PassCare, une carte de santé connectée partout dans le monde, est l’innovation de l’entreprise.

En 2017, les premiers fonds sont levés avec notamment des aides à l’innovation et des subventions accordées par la BPI (Banque Publique d'investissement).

En 2018, Christophe Lambert, acteur, réalisateur, devient le parrain prestigieux de la start-up rémoise et avec lui débute une communication intensive. Des personnalités comme Anne Lauvergeon rejoignent aussi les actionnaires et de nombreux "petits" apporteurs rémois notamment s'engagent. Certains injectant toutes leurs économies.

Nous n’avons plus les moyens de poursuivre l’activité de l’entreprise malgré la réduction drastique des charges que j’étais obligé de mener en 2022.

Adnan El Bakri, président de la start-up Innovhealth devenue Relyfe

A partir de 2019, France3 Champagne-Ardenne commence un travail d'enquête mettant au jour de nombreux témoignages de salariés licenciés ou encore en grandes difficultés dans l'entreprise. Trois volets d'enquête permettront de comprendre comment l'entreprise a vu ses actions flambées, ses comptes contestés par certains associés, ses levées de fonds annoncées à grands coups de presse nationale et annulées et enfin le désengagement du groupe franco-américain Forepont investisseur en juillet 2021.



"Je me bats depuis plusieurs mois sans salaire"

Le 5 novembre dernier, Adnan El Bakri, président de Relyfe, adressait ce courrier à quelques-uns des actionnaires de l'entreprise. Dans ce document, que nous nous sommes procuré, il évoque les grandes difficultés de son entreprise. 

"Suite à nos multiples échanges individuels ou collectifs et toutes nos réunions hebdomadaires cette année, je vous ai alerté sur une situation critique provoquée par Forepont et je vous ai tout communiqué en détails. Je vous ai demandé à plusieurs reprises de l’aide indispensable pour passer cette étape et éviter la mort délibérée de ce projet. Aujourd’hui, la situation est la suivante : Forepont joue la montre et n’a toujours pas respecté ses engagements contractuels sans aucun argument valable à part leurs défaillances internes incontestables. Cette situation bloque l’entrée de tout nouvel investisseur depuis maintenant plus d’un an malgré toutes mes tentatives. Nous n’avons plus les moyens de poursuivre l’activité de l’entreprise malgré la réduction drastique des charges que j’étais obligé de mener en 2022, en prenant en compte la complexité de tous les paramètres et sans dégâts comme vous pouvez le constater, pour arriver maintenant à seulement 2 salariés et 10 K€ de charges fixes par mois. Toutes les tentatives d’action juridique contre l’entreprise ont été déboutées, le Tribunal nous a donné raison à chaque fois, malgré toute la manipulation de la presse locale. Je me bats depuis plusieurs mois sans salaire. Je me retrouve donc maintenant dans l’obligation de devoir déposer le bilan et de mettre fin à la procédure de conciliation qui nous a permis d’être protégés et de tenir jusqu’à ce jour."

La responsabilité de Forepont sera engagée et je n’hésiterai pas une seule seconde à le faire savoir haut et fort. Nous préparons en parallèle une action collective et médiatique avec plusieurs associés afin de dénoncer les agissements graves de ce fonds d’investissement en cas d’issue défavorable.

Adnan El Bakri, président de Relyfe

Adnan El Bakri jette la pierre au dernier investisseur, Forepont. Le groupe franco-américain a investi 2,5 millions d'euros en juillet 2021 avant de faire marche arrière concernant la suite de l'augmentation du capital prévue. Julien Tizot, le patron France de Forepont, nous expliquant en juin 2022 qu'Adnan El Bakri n'avait pas du tout respecté les clauses du contrat qui le reliait au groupe américain. Quant à "la manipulation de la presse locale", Adnan El Bakri a eu, à plusieurs reprises, la possibilité de s'exprimer. Il a toujours refusé par l'intermédiaire de ses avocats en mettant la pression pour que l'ensemble de l'enquête ne soit pas diffusé.

"5% supplémentaires de parts à celui qui apporte les 50 K€ tout de suite"

Dans ce courrier adressé à certains actionnaires début novembre Adnan El Bakri lançait un dernier appel. Son avocat lui suggérant quelques propositions pour tenter de sauver l'entreprise. Il évoquait ainsi : "un apport immédiat de 50 K€ en compte courant, permettant de poursuivre une activité minimale pendant 3 mois et pouvoir continuer à préserver les intérêts de l’entreprise et vos intérêts. Il (son avocat) est confiant pour obtenir une décision du Tribunal pour une exécution forcée de l’engagement de Forepont, au moins pour les 2.5 millions d’euros qu’ils devaient verser, dans un premier temps, ou bien leur sortie immédiate du capital avec une indemnisation. Je rappelle qu’ils se sont engagés de manière définitive et irréversible sur 40 millions d’euros avec un contrat, des PV (procès verbaux) officiels et des annonces publiques répétées faisant croire qu’ils avaient réalisé l’opération. Sans parler de leurs mensonges, de leur fausse communication financière et de la manipulation de leurs souscripteurs et des chiffres sur un marché régulé. Preuves, pièces, conversations et faits à l’appui. Le tout constaté et horodaté par huissier. 5% supplémentaires de parts à celle ou celui qui apporte les 50 K€ tout de suite, exceptionnellement, avec d’autres avantages ou conditions négociables possibles (débat ouvert). Création ensemble d’un comité stratégique urgent pour négocier la sortie avec Forepont, renégocier avec les nouveaux investisseurs intéressés ou trouver d’autres investisseurs, redresser ou vendre la société".

Et Adnan El Bakri de conclure : "dans tous les cas, la responsabilité de Forepont sera engagée et je n’hésiterai pas une seule seconde à le faire savoir haut et fort. Nous préparons en parallèle une action collective et médiatique avec plusieurs associés afin de dénoncer les agissements graves de ce fonds d’investissement en cas d’issue défavorable".

Depuis 2019-2020, la start-up InnovHealth devenue Relyfe est en mauvaise posture. Son président s'est-il réellement posé les bonnes questions quant à l'avenir de son entreprise ? Ira-t-il en justice contre le groupe franco-américain Forepont ?

En 2020, Adnan El Bakri a vendu au prix, le plus fort, 600 euros, des centaines d'action lors de cash out, totalement légaux. Empochant donc personnellement des centaines de milliers d'euros. Un enrichissement personnel que lui reproche, encore maintenant, de nombreux associés définitivement floués.

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