La 34e semaine de la presse et des médias à l’école débute partout en France. Du 27 mars au 1er avril 2023, le CLEMI, Centre pour l’éducation aux médias et à l’information, a pour objectif de "former des citoyens libres et éclairés". Jamais cette mission d’utilité publique n’a semblé aussi fondamentale.

"L’info sur tous les fronts" est la nouvelle thématique de la 34e semaine de la presse et des médias à l’école. Six jours importants, "mais ce sont aussi des projets qui se travaillent au long cours, précise Thierry Adnot, nouveau responsable du CLEMI pour l’académie de Reims qui couvre la Champagne-Ardenne. Nous avons des médias scolaires qui fonctionnent tout au long de l’année et plein de manières d’aborder l’éducation aux médias. Par exemple 30 à 35 web radios existent dans l’académie. Chaque professeur documentaliste dans les lycées est aussi le "référent médias" .

Mais si le CLEMI invite tous les enseignants et les élèves à s’emparer de cette semaine de la presse et à proposer des projets, tout cela reste sur la base du volontariat. "C’est bien installé dans le paysage maintenant parce que cela fait plus de 30 ans. C’est devenu un rendez-vous un peu rituel mais qui je trouve ronronne", explique Alexis Levrier, maitre de conférence à l’université de Reims, historien de la presse et des médias. "Le problème de la semaine à l’école, c’est que, c’est bien joli et puis cela se termine et c’est fini et on repart vers la mécanique des réseaux sociaux, la prolifération des fake news, l’absence de hiérarchisation de l’information. Nos élèves et nos étudiants sont immergés dans un flot d’informations qui n’a rien à voir avec la situation d’il y a simplement 20 ans. Il faut leur donner les outils toute l’année pour réguler cette information et pour comprendre et faire le distinguo entre ce qui est de l’ordre journalistique et ce qui est simplement produit dans l’espace médiatique par telle ou telle personne. Cette hiérarchisation si on ne leur apprend pas à le faire, ils n’auront aucun moyen intellectuel d’y parvenir par eux-mêmes". 

La démocratie en jeu 

Dans l’académie de Reims, 300 établissements scolaires participent, en 2023, à la semaine de la presse. Et l’éducation aux médias fait partie des programme d’histoire-géographie et de lettres. "Nous sommes dans un contexte particulier depuis 2015 (les attentats de Charlie Hebdo, puis du Bataclan), avec le Covid et la guerre en Ukraine, précise encore Thierry Adnot, nouveau responsable du CLEMI. L’éducation aux médias est entrée dans la loi d’orientation. Il y a une prise de conscience. Il y a un référent académique qui coordonne tous les acteurs. Depuis l’année dernière, il y a une vraie structuration pour nous permettre de travailler ensemble".

Mais est-ce suffisant face l’enjeu de la société ? Face aux réseaux sociaux, aux tentatives de falsification de l’histoire, aux tentatives de manipulations venues de l’étranger. Trop d’informations ou plutôt de pseudo informations, à tenter de décrypter. Et une société qui parfois bascule dans l’absurde.

"Le principal enjeu est d’abord de rappeler la différence entre médias et journalisme, reprend Alexis Levrier, historien de la presse et des médias. Les médias auxquels sont confrontés les jeunes ne sont, pour la plupart, pas journalistiques ou peu. Ce qu’il faut apprendre aux jeunes, c’est trier les contenus. Les jeunes aujourd’hui sont acteurs des médias et souvent producteurs et cela en soit peut nourrir leur créativité, tout n’est pas mauvais. Mais il y a aussi des risques. Il s’agit d’éduquer pas d’instruire. Il ne s’agit pas de leur dire quelle est la vérité et que tout ce qui est journalistique est bon et le reste mauvais. Mais il faut leur donner des outils pour penser le monde et penser les médias. Et pour l’instant ils ne les ont pas".

Avoir un regard pointu sur les images pour savoir détecter celles qui sont trompeuses ou sorties de leur contexte. Pouvoir analyser les contenus et prendre le temps pour cela. Repérer ce qu’est un média et ses techniques de diffusion et d’information. Pas simple, dans le flot infernal de ce qui débarque chaque jour sur la planète médias.

"On est dans une période de guerre et on sait bien que toutes les périodes de guerre sont des périodes de propagandes, explique Alexis Levrier. C’est inévitable. Poutine est un redoutable manipulateur médiatique. Les russes sont très doués pour produire des fake news et pour essayer de manipuler l’opinion publique sur le sol des démocraties occidentales. En partant du principe que nous sommes des pays libres et donc fragiles de ce point de vue-là".

Il faut donner aux jeunes des outils pour penser le monde et penser les médias. Et pour l’instant ils ne les ont pas.

Alexis Levrier, historien de la presse et des médias à l'université de Reims

"Il faut donc que nos jeunes exercent leur esprit critique. Mais il y a aussi le lien avec l’Histoire. On a vu récemment dans la campagne présidentielle 2022 un candidat, pourtant juif, qui remettait en question l’innocence de Dreyfus, qui accusait Zola d’être coupable dans un renversement de la vérité que je ne pensais pas voir de mon vivant. Il faut apprendre aux jeunes que l’on ne peut pas tout remettre en cause et ça c’est le rôle des historiens, des littéraires. Alors, on les enseigne déjà, je ne dis pas que les enseignants ne font pas bien leur travail mais ils ne sont pas bien formés et dans les programmes ça n’est pas suffisamment intégrés. Je crois qu’il faut faire beaucoup plus, sinon cette jeunesse risque d’être très sensible à cette manipulation, qu’elle vienne de l’étranger ou de notre propre pays. Les enjeux sont immenses".

L’éducation aux médias ne doit-elle pas être une matière à part entière qui évoluerait du CP en terminale ? Développer son esprit critique vaut pour les plus jeunes aussi confrontés très tôt aux écrans et aux vidéos en tout genre. "Le ministère essaye de mettre en synergie les acteurs du premier degré et les autres, explique Thierry Adnot du CLEMI. Il faudrait plus d’heures pour permettre au référent de pouvoir coordonner davantage. Mais la France est un des pays les mieux dotés avec un référent par lycée".

"La remise en question des faits historiques et la falsification de l’Histoire telle qu’on les a vues au sein du groupe Bolloré pendant la présidentielle, groupe Bolloré qui couvre aujourd’hui télé, radio, presse écrite, c’est effrayant, reprend Alexis Levrier, historien de la presse et des médias à l’université de Reims. Ce projet idéologique a les moyens de toucher tous les publics. Tout cela est un vrai danger démocratique dans la perspective notamment de l’élection présidentielle de 2027".

L'éducation aux médias est une solution indéniable pour donner des outils de compréhension et ainsi lutter à armes égales face aux détracteurs de l'information.

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