TEMOIGNAGES : confinement, un an après, comment leur travail a changé

Il y a un an, la France entrait dans son premier confinement. La vie professionnelle de millions de travailleurs a été bouleversée. Entre adaptation forcée et remise en question, femme de ménage, coach, ou prêtre, ils nous racontent leur métier à l'ère du Covid. 

Noémy Mazingue, femme de ménage, a vécu la crise sanitaire en première ligne
Noémy Mazingue, femme de ménage, a vécu la crise sanitaire en première ligne © Leïla Salhi / FTV

Il est 14 heures à Reims, leur deuxième journée commence. Louis Ablessard et Élise Faltot viennent tout juste de terminer la distribution des commandes du midi qu'ils s'activent déjà pour préparer les plats du lendemain dans leur cuisine. Au menu : crumble de potimarron aux noix. Les jeunes trentenaires sont à la tête du restaurant Les Petits Rémois dans le centre-ville de Reims. L'été dernier, ils ouvrent leur établissement en pleine crise sanitaire. Nous n'avions pas le choix, tout était lancé, nous ne pouvions plus faire marche arrière.  Evidemment, nous n'avions pas prévu ce scénario mais il a fallu faire avec, constate Élise Faltot, gérante du restaurant "Les Petits Rémois".

Depuis, leur vie n'est qu'une succession d'adaptations. "On a ouvert, puis fermé pendant le second confinement. On a pu ouvrir à nouveau mais il a fallu se soumettre au couvre-feu, à 20 heures d'abord et à 18 heures ensuite. C'est très anxiogène", confie la gérante. 

 

Innover pour survivre


S'adapter. Un mot qui s'est aussi imposé dans la vie professionnelle d'Aymeric Zwisler, coach sportif à Charleville-Mézières. En mars 2020, le gouvernement ordonne la fermeture des salles de sport. Il ne peut plus travailler. "Cette période a été très compliquée. Financièrement bien sûr mais aussi moralement". Il se retrouve du jour au lendemain enfermé chez lui. À l'annulation des cours qu'il dispense s'ajoute la frustration de ne pas pouvoir s'entraîner. Le sportif de 28 ans est un habitué des compétitions de musculation. Elles sont toutes annulées.

"Impossible pour moi de rester inactif ! C'est à cette période que j'ai décidé de me lancer dans des cours virtuels. J'ai aussi beaucoup développé mes réseaux sociaux pour me faire connaître", se remémore Aymeric. 

 

Depuis, sa formule a bien évolué. Il a transformé son garage en salle de sport, s'est équipé en matériel vidéo et régulièrement, il dispense des cours en direct sur internet. Même s'il a pu reprendre le coaching individuel en novembre 2020, cette option de cours en ligne lui offre une nouvelle visibilité : "Il a fallu que je me forme aux réseaux sociaux mais c'est un outil de communication qui est devenu indispensable pour moi désormais."

Même bilan pour Elise Faltot et Louis Ablessard, les jeunes restaurateurs rémois. Leur établissement tourne grâce aux commandes à emporter. Beaucoup sont passées via les réseaux sociaux. "Toutes les semaines, on poste notre menu sur Facebook et Instagram. C'est aussi une manière de montrer que l'on se renouvelle culinairement. S'adapter, innover, c'est une question de survie." 

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Le terme n'est pas choisi par hasard. Les difficultés financières ont marqué leur année. Pour l'instant, ils limitent la casse. Ils arrivent tout juste à payer leurs charges. Mais ils savent qu'ils ne vont pas pouvoir vivre encore longtemps sur le fil du rasoir. Et ils ne sont pas les seuls

 

Les montagnes russes


Son sourire et sa joie de vivre s'effacent lorsqu'elle évoque ce mois de mars 2020. Caroline Horn est propriétaire d'un centre équestre à Planrupt, en Haute-Marne. "Pendant le premier confinement, on a dû fermer totalement. Et ça a été une période très dure pour nous. On n'avait plus aucune source de revenus."


Cette passionnée d'équitation a réalisé son rêve d'enfant en ouvrant il y a deux ans son centre de randonnées équestres. Le cadre est idéal : le lac du Der et ses paysages sauvages sont tout proches. Mais avec l'épidémie de Covid, les touristes se font rares et l'aventure prend des airs de cauchemar. 

À cause de la crise sanitaire, Caroline Horn a décidé de se séparer d'une partie de ses chevaux et de diversifier son activité.
À cause de la crise sanitaire, Caroline Horn a décidé de se séparer d'une partie de ses chevaux et de diversifier son activité. © Leïla Salhi / FTV


C'est la solidarité de ses voisins qui la sauve. "Nous n'avions plus d'argent pour nourrir nos chevaux. Heureusement, les gens du secteur nous ont proposé des terrains pour les laisser pâturer de temps en temps. C'est ça qui nous a permis de tenir le cap et de continuer à y croire, raconte Caroline Horn. Cette année, j'ai vécu les montagnes russes." 


Des moments éprouvants, Don Antonin en a vu et vécu beaucoup lui aussi cette année. Ce prêtre châlonnais a dû repenser le lien qui l'unit aux fidèles de sa paroisse. Et pour lui, le plus difficile a été les enterrements.

 

Lors du premier confinement, les funérailles ne pouvaient se faire qu'en très petits comités. Les gens ne pouvaient pas dire adieu à leurs proches. Je me suis senti impuissant.

Don Antonin Dichamp, prêtre à Châlons-en-Champagne


Autre défi : conserver l'unité de la paroisse. "Ne pas pouvoir célébrer la messe a été une épreuve pour les catholiques. Et il y a eu un sentiment d'incompréhension, notamment sur les mesures prises par le gouvernement."

 

Ne garder que le positif

En réponse à la fermeture imposée des lieux de culte, l'évêque de Châlons organise en mai dernier une messe en drive-in. 500 fidèles répartis dans 200 véhicules sur un parking. Une première en France. "Cela a été un très beau moment. Je me souviens d'une femme qui n'avait pas communié depuis longtemps et qui pleurait au volant de sa voiture", raconte Don Antonin, encore ému. Un événement qui illustre ce qu'il souhaite garder de cette année de crise sanitaire. "Cela se résume en un mot du pape François : chaque crise apporte un nouvel équilibre."

 

Pour Noémy Mazingue, femme de ménage à Reims, cette année a donné une nouvelle dimension à son métier. En première ligne pendant les confinements, elle n'a jamais cessé de travailler. Sur ses épaules, la responsabilité de désinfecter les habitations de ses clients.

Au début de l'épidémie, on ne connaissait pas bien le virus, j'allais travailler en ayant peur. Mais je n'avais pas le choix.

Noémy Mazingue, femme de ménage à Reims

 

Elle fait partie de ceux que l'on a appelés les travailleurs invisibles. Pour elle, ni chômage partiel, ni télétravail. Des métiers, souvent mal considérés. "Avec l'épidémie, j'ai l'impression que le regard des gens a changé. Ils se sont rendu compte de l'intérêt de notre travail. On est sortis de l'ombre. Et c'est vraiment cela que je veux retenir de cette année", conclut-elle avec philosophie. 

 

Soignants, malades, commerçants, employés de supermarché, artistes, élus ou encore parents : nous les avions rencontrés il y a un an. Aujourd’hui ils nous racontent leur année Covid. Pour les découvrir, cliquez sur un point, zoomez sur le territoire qui vous intéresse ou chercher la commune de votre choix avec la petite loupe. 

 

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