Une enseignante condamnée pour menace de mort envers le président de la République

Jocelyne Chassard était professeure documentaliste en collège. Ce lundi 28 mars, elle a été condamnée par le tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne (Marne) pour menace de mort envers le Président de la République et outrages envers deux enseignantes.

Mise à jour 28 mars 16h30 : 

L’audience s’est terminée à Châlons-en-Champagne et Jocelyne Chassard a été déclarée coupable d’outrages sur deux enseignantes et menace de mort sur le président de la République. Elle a été condamnée à trois mois de sursis probatoire pendant deux ans. Elle a l'interdiction d’entrer en contact avec les deux enseignantes en question et l’interdiction de paraître auprès de l’école Jules Ferry de Suippes (Marne). La prévenue a dix jours pour contester ce jugement et faire appel éventuellement, précise son avocat, Maître Chaperot. 

Qui est Jocelyne Chassard ?  Professeure-documentaliste en collège, suspendue en 2019 par le rectorat de Reims, elle a ensuite été révoquée par le ministre de l’Education nationale. Dans les courriers qu’elle nous envoie, sa signature est claire : "Professeure certifiée en Documentation, Citoyenne de la République française". Sur son compte Linkedin, on peut aussi y lire : "lanceuse d’alerte contre le harcèlement moral dans l’éducation nationale". De toute évidence, cette habitante de Suippes dans la Marne, est une personne très engagée à la parole totalement libre. Ses quatre vidéos postées sur la chaîne "Odyssée", expliquant pourquoi elle devra répondre de ses actes devant le tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne, le prouvent. Libre de s’exprimer, de rediffuser les propos pour lesquels elle se trouve accusée. Libre de les assumer encore aujourd’hui. Des vidéos enregistrées et mises en ligne ces quatre derniers jours, juste avant son passage au tribunal.

Jocelyne Chassard n’a pas souhaité répondre à nos questions à la veille de son procès. "J'ai une foi absolue dans la Justice, nous répond-elle dans un mail en date du 26 mars 2022, même si je sais que l'institution judiciaire en France (ses moyens financiers et techniques, le nombre de ses personnels, la compétence de ses magistrat.es et l'indépendance de ses procureur.es) n'est plus à la hauteur d'une véritable République démocratique. Aussi, afin de préserver la sérénité des débats dans l'enceinte du tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne, je préfère m'entretenir avec vous après l'audience et en présence de mon avocat". 

Sa « diatribe » contre Emmanuel Macron

Tout commence le 12 septembre 2019, à Paris, lors d’une manifestation des Gilets jaunes. Dans l’épisode 2 mise en ligne par Jocelyne Chassard le 23 mars dernier, elle y explique les circonstances de son passage au tribunal correctionnel concernant la première accusation, celle de menace de mort envers le Président de la République. Elle précise qu’elle "manifestait avec les gilets jaunes depuis janvier 2019 pour trois raisons principales : la destruction du service public, la révolte sur l’inégalité des salaires et les violences policières. J’ai manifesté 25 fois environ avec les gilets jaunes". Ce jour-là, l’enseignante en poste au collège Pasteur de Suippes est hors d’elle. Elle vient d’être stoppée dans sa marche pour rejoindre le cortège par un cordon de policiers. Sa colère dépasse l’entendement. Son attitude est totalement exaltée. Un manifestant enregistre ses propos et la vidéo se retrouve sur les réseaux sociaux. Une vidéo que Jocelyne Chassard diffuse aujourd’hui encore, dans cet épisode 2. "Macron piétine les droits des citoyens depuis trois ans et demi. Réveillez-vous !, peut-on y entendre. Macron destitution, Macron décapitation, Macron explosion. Faut lui exploser sa gueule à ce dictateur".

J’ai d’abord été suspendue. Puis le rectorat a fait un conseil de discipline totalement truffé d’illégalités et Blanquert m’a révoqué. J’ai fait un recours que j’ai gagné. Blanquert m’a réintégré et m’a re-révoqué.

Jocelyne Chassard, ancienne professeure documentaliste

Aujourd’hui pour sa défense, Jocelyne Chassard avance une référence historique. "Le mot décapitation que j'ai employé le 12 septembre 2020 était une référence historique évidente, venant après le mot destitution, au jugement puis à l'exécution, le 21 janvier 1793, de Hugues Capet, ou roi Louis XVI, convaincu de trahison envers la Nation", dit-elle dans un communiqué envoyé aux médias. Lundi 28 mars, son avocat plaidera la relaxe pour ce chef d’accusation.

Anti-vax ?

Ses paroles prononcées ce jour de septembre 2019 lui ont coûté son poste d’enseignante. C’est elle qui le précise dans l’épisode 4 sur la chaîne Odyssée. Mise en "indisponibilité forcée par le rectorat de Reims depuis 2019, j’ai d’abord été suspendue. Puis le rectorat a fait un conseil de discipline totalement truffé d’illégalités et Blanquert m’a révoqué. J’ai fait un recours que j’ai gagné. Blanquert m’a réintégré et m’a re-révoqué. La seule bonne chose pour moi, c’est que je n’ai pas eu à appliquer des mesures de maltraitance aux élèves depuis le printemps 2020".

C’est à ce moment-là que mes propos ont eu un peu plus de virulence. Je leur ai dit que quand elles agissaient de cette façon, elles agissaient comme des fonctionnaires collabos de Vichy.

Jocelyne Chassard, professeure documentaliste révoquée

Anti-vax ? Jocelyne Chassard ne le dit pas clairement. Elle évoque par contre son ralliement au professeur Raoult et à son traitement qui, dit-elle, "a traité presque 20 000 personnes avec succès". Elle parle des laboratoires pharmaceutiques et de "cette pseudo crise sanitaire et de cette vraie crise politique et l’argent que les laboratoires pharmaceutiques ont empoché par millions et milliards d’euros et de dollars" (…) pour produire "des soi-disant vaccins, des produits expérimentaux. Vous avez bien vu que toutes nos libertés ont été petit à petit reniées, celle de circuler, celle de manifester, la liberté d’expression". Jocelyne Chassard va même beaucoup plus loin : elle compare le gouvernement actuel "à la collaboration active du gouvernement de Vichy. Je fais cette comparaison-là, dit-elle encore, parce que je pense (…) qu’il y a une collaboration active de multiple institutions qui auraient dû protéger nos libertés et notamment les médias que j’appelle les merdiacomplices".

Celle qui ne mâche pas ses mots et cite nommément toutes les personnes qu’elle incrimine, parle donc de "dictature. Nous vaincrons cette dictature parce que la résistance est à une puissance mille par rapport à l’occupation de Vichy".

Des enseignantes traitées de "collabos de Vichy"

Si Jocelyne Chassard ne peut en l’état être qualifiée d’anti-vax, elle est assurément anti-masque. Elle les appelle les "bâillons", "un signe de soumission" et évoque une "maltraitance institutionnelle". Le lundi 28 mars prochain, au tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne, elle sera entendue, aussi, suite à la plainte déposée par deux enseignantes de l’école primaire de Suippes. Ces deux fonctionnaires de l’éducation nationale ont croisé la route de l’enseignante mise à pied et révoquée en mars 2021.

C’est une fois encore Jocelyne Chassard qui raconte sa version des faits et dans les moindres détails dans l’épisode 3. Le 19 mars, Mme Chassard fait son jogging dans le parc de Suippes et croise deux enseignantes et leurs élèves. Elle interpelle les deux maîtresses une première fois en leur précisant que le port du masque n’est pas obligatoire lors d’une pratique sportive. "La 2e fois que je les vois, la colère intérieure me prend car je vois que rien n’a changé. Les gosses sont toujours masqués, elles sont toujours masquées. (…) Donc étant donné que la pédagogie c’est aussi la répétition, je leur ai redonné les mêmes informations. C’est à ce moment-là que mes propos ont eu un peu plus de virulence. Je leur ai dit que quand elles agissaient de cette façon, elles agissaient comme des fonctionnaires collabos de Vichy. (…) Lorsqu’elles agissaient comme cela, sans tenir compte de la maltraitance pour les enfants, une partie de leur cerveau, le cerveau droit était débranché. C’est là-dessus qu’elles s’appuient pour dire que je les ai outragées".

Quelques jours plus tard, dans son épisode 4 mis en ligne, Jocelyne Chassard précisait qu’elle "avait l’habitude de dire que 95% des profs aujourd’hui sont des ignorants, des trouillards et des collabos".

Les avocats de Jocelyne Chassard, maitres Alexandre Chaperot et François-Xavier Wein plaideront la relaxe pour ces deux chefs d’accusation, ce lundi 28 mars lors de l'audience du tribunal correctionnel à Châlons-en-Champagne.