Université de Reims : pas de date pour le retour à la fac, "je passe ma vie sur mon ordinateur"

A partir du 11 janvier, les étudiants les plus fragiles pourront retourner sur les bancs de l'Université de Reims pour bénéficier d'un accompagnement personnalisé. Les autres devront encore faire preuve de patience.

Etudiant et son ordinateur, souvent l'unique lien en distanciel.
Etudiant et son ordinateur, souvent l'unique lien en distanciel. © Alexandre Marchi / MaxPPP

Le retour à la fac n'est pas pour tout de suite. Eloignés de leurs établissements depuis le deuxième confinement fin octobre, les 29.000 étudiants de l'Université de Reims devront continuer à suivre leurs cours en ligne. Comme annoncé par Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, seuls les plus fragiles pourront revenir à l'Université.

Il s'agit des étudiants de première année, ceux en situation de handicap, de précarité numérique, de décrochage, ceux qui sont dans des situations individuelles particulières, ainsi que les étudiants étrangers. "Ceux qui n’ont pas les codes de l’université et qui n'ont pas les réseaux d'entraide entre étudiants pour affronter les difficultés", résume Guillaume Gellé, le président de l'Université de Reims Champagne-Ardenne (Urca).

 

"Du coaching"

Ils ne reviendront pas pour suivre des cours, mais pour bénéficier d'un "accompagnement personnalisé", précise-t-il : "Ce n'est pas de l'enseignement, mais plutôt du coaching, de la méthodologie du travail universitaire. Les étudiants seront encadrés par d'autres étudiants tuteurs qui sont au moins en troisième année de licence, en master ou en doctorat."

Ces "tuteurs" seront formés ces jeudi et vendredi et commenceront à encadrer les étudiants dès le lundi 11 janvier, début du second semestre, par petits groupes de dix maximum. Pour cibler ce public fragile, un questionnaire a été lancé pendant les vacances de Noël. Ce lundi en fin de journée, 140 étudiants ont sollicité ce dispositif d'accompagnement. "'Mais ils ont jusqu'au 6 janvier pour le demander, indique Guillaume Gellé. Beaucoup vont répondre dans les derniers délais."

 

"Que de l'habillage"

Nicolas Etique, enseignant-chercheur en biologie à la fac de sciences de Reims, regrette d'avoir découvert cette mesure dans la presse. "Sur le principe on ne peut que soutenir cette démarche d'aider les étudiants les plus fragiles, mais c'est dommage que nous n'ayons pas été associés, déplore-t-il. Je n'ai reçu aucune demande de la part de la présidence de l'Université pour identifier ce public fragile, et pourtant je suis responsable de la première année de licence de biologie."

Il faut dire que la circulaire qui organise cette reprise partielle n’a été publiée que le 19 décembre, à la veille des vacances de Noël. "La rentrée aurait dû être organisée bien en amont. Cette circulaire, ce n'est que de l'habillage, ça me paraît beaucoup de bruit pour pas grand-chose, regrette Samia Benallah, co-secrétaire de la section Snesup-FSU de l'Urca et maître de conférences en économie. "Et comment identifier ces étudiants en grande fragilité ? Cela ne me paraît pas très efficace de mesurer la précarité numérique des étudiants en leur demandant de répondre à un questionnaire par mail", ironise-t-elle.

Responsable du département Carrières Sociales à l'IUT de Châlons, cette universitaire se dit surtout préoccupée par "l'état général des étudiants""Ils sont très fatigués, très isolés. Nous avons reçu des mails d'alerte de certains." En ce moment, les étudiants planchent sur leurs examens, à distance ou parfois sur site. C'est le cas par exemple des 400 étudiants en première année de biologie. "Comme c'était compliqué d'évaluer ces élèves à distance de façon fiable, on a demandé une dérogation pour faire les examens en présentiel avec un protocole bien particulier", explique Nicolas Etique, le responsable de la L1 de biologie. "Gels et masques sont obligatoires et les étudiants sont bien dispatchés dans les salles."

 

"Des petits robots"

Etudiant en deuxième année de droit, Sacha Delabruyere, lui, a passé son partiel ce lundi après-midi depuis sa résidence universitaire, les yeux rivés à son écran d'ordinateur. Une fois de plus. "Je passe ma vie sur mon ordinateur dans une chambre de 9m2, déplore-t-il. C'est fatigant d'un point de vue physique, mais aussi psychologique, on a besoin de lien social. Là, on a l'impression d'être des petits robots." Président du Corps des juristes champenois, l'association qui représente les étudiants en droit de la fac de Reims, ce jeune homme n'a qu'une hâte : retrouver le chemin des amphis. Même s'il sait que ce n'est pas pour tout de suite.

Cette "impression d'être des machines", la plupart des étudiants la ressentent, confie Matéo Mevizou, le président de la fédération Intercampus : "Les cours à distance ont pas mal d'impact sur les étudiants. La charge de travail est importante. Certains sont en pleine détresse psychologique, d'autres décrochent ou ont des envies de réorientation." Ce retour progressif des étudiants les plus fragiles, il le voit comme "une bonne chose", mais espère surtout un retour en présentiel pour tous.

Sur notre antenne, ce lundi soir, Guillaume Gellé, le président de l'Urca, assurait que, "le 20 janvier, si la situation sanitaire est stabilisée, l'ensemble des premières années pourront reprendre les travaux dirigés". Les travaux pratiques étaient déjà autorisés en présentiel sur dérogation du recteur depuis fin octobre. Pour les autres, la date du 5 février annoncée fin novembre par Emmanuel Macron semble difficile à tenir au vu de la situation sanitaire actuelle. Ce que regrettent de nombreux enseignants.

"Laisser de la liberté à chaque université"

Professeur de droit public à la faculté de droit de Reims, Serge Pugeault déplore que, sur ce sujet, la directive soit nationale. "La mesure est la même qu'on soit à Reims, Lille, Montpellier ou Nantes alors que les effectifs et les locaux ne sont pas les mêmes, on devrait laisser la liberté aux universités de décider."

L'enseignant regrette par exemple de ne pas pouvoir enseigner en présentiel à ses 15 élèves de master 2 en droit public des affaires. "Dans six mois, ils sont censés rentrés dans la vie active et on ne va pas les revoir, c'est dramatique. J'ai du mal à comprendre pourquoi ils ne peuvent pas rentrer. Nous avons pourtant des salles très grandes, modernes et bien aérées, mais ce n'est pas possible alos qu'on permet aux lycées et aux classes prépa de fractionner. Pour nous, c'est difficilement compréhensible."

 

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